La France perd son triple A, l'Allemagne épargnée

le 13 janvier 2012 à 20h03 , mis à jour le 14 janvier 2012 à 03h39

Dossiers : Crise financière, Dossier Euro

Les rumeurs ont couru toute la journée de vendredi avant une officialisation par François Baroin. Standard & poor's a confirmé dans la soirée la dégradation de la note financière de la France qui passe de AAA à AA+. L'Allemagne conserve son triple A.

Siège de l'agence de notation Standard & Poor's (S&P) à New YorkSiège de l'agence de notation Standard & Poor's (S&P) à New York © ABACAPress

Jusqu'ici, la rumeur courait sur les marchés. Finalement, elle a refait surface vendredi, en étant petit à petit confirmée par plusieurs sources européennes haut placées. Puis le ministre de l'Economie, François Baroin, l'a officiellement annoncé sur France 2 : la France a perdu son triple A. Une annonce confirmée dans la soirée par l'agence de notation Standard & Poor's. La France voit sa note  triple A dégradée d'un cran, à AA+ avec perspective négative. François Fillon doit s'exprimer samedi matin, vers 10 heures. François Hollande doit être sur le pont plus tôt puisqu'il est supposé faire une communication sur cette dégradation vers 8h30.
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Plus d'infos

Vendredi, au 20 heures de France 2, François Baroin a précisé qu'il n'y aurait pas de nouveau plan de rigueur. A noter par ailleurs que les deux autres agences de notation, Fitch et Moody's, maintiennent pour l'heure la France à la plus haute note. Cette semaine, l'agence de notation Fitch avait annoncé ne pas envisager de dégrader la France cette année. Moody's, qui s'était laissé trois mois pour réflechir, doit cependant annoncer si elle dégrade la note de la dette française d'ici au 18 janvier...

L'Allemagne en perspective stable

Par contre, de l'autre côté du Rhin, tout va bien. Première puissance économique de la zone euro, l'Allemagne conserve son triple A avec perspective stable. Une décision qui creuse encore plus évidemment l'écart entre les situations économiques de la France et de l'Allemagne, dont les indicateurs macroéconomiques divergent de plus en plus (croissance, taux de chômage et dette publique). Autres pays à conserver leur triple A : les Pays-Bas, le Luxembourg et La Finlande. A noter que l'Estonie, la Belgique et l'Irlande ne sont pas dégradées non plus.

Quoiqu'il en soit, la France n'est pas la seule dans la zone euro à se voir rétrogradée : la Slovaquie (actuellement notée A+)  perd également un cran mais reste en perspective stable. L'Autriche (notée AAA) est également sanctionnée : elle passe de "AAA" à "AA+". Et il y a d'autres perdants du soir, et pas des moindres : à commencer par l'Italie qui chute de deux crans, passant de A à BBB+. L'Espagne perd aussi deux crans passant de AA- à A, avec perspective négative. Le Portugal voit de son côté sa note reléguée en catégorie spéculative, passant de BBB- à BB. Même sort pour Chypre qui voit sa note abaissée de deux crans à BB+.

Détail de taille, hormis l'Allemagne et la Slovaquie, l'agence de notation financière Standard and Poor's a placé sous perspective négative tous les pays de la zone euro. "Les perspectives sur les notes long terme de l'Autriche, la Belgique, Chypre, l'Estonie, la Finlande, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, la Slovénie et l'Espagne, sont négatives", selon un communiqué de l'agence qui estime à une sur trois les chances d'un nouvel abaissement en 2012 ou 2013.

"Décision aberrante"

L'Europe se prend donc une grande claque vendredi soir. Dans un communiqué, le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn cache difficilement son agacement : "Après avoir vérifié que le moment n'a pas été choisi au hasard, je regrette la décision aberrante prise aujourd'hui par Standard and Poor's concernant la note de plusieurs pays de la zone euro, au moment où celle-ci agit de manière décisive sur tous les fronts pour répondre à la crise", écrit-il. Olli Rehn fait allusion a la tentative européenne de mettre en place un pacte budgétaire négocié lors du sommet du 9 décembre qui vise à éviter un nouveau dérapage de la zone euro. Mais pour l'agence de notation américaine, le projet européenne qui intègre une règle d'or "ne constitue pas une avancée d'envergure suffisante pour pouvoir répondre pleinement aux problèmes financiers de la zone euro". Du côté de Berlin, souvent critiqué pour refuser de lâcher du lest sur la BCE en l'autorisant à financer clairement la dette européenne, on tente de calmer le jeu : Le ministère allemand des Finances a assuré que la zone euro allait "stabiliser" ses finances et "rétablir la confiance des marchés". On attend les mesures...

"Un atout à préserver à tout prix"

Au-delà de la question de la zone euro, la France se trouve désormais face à un nouveau défi : digérer la perte de son triple A. Tant économiquement que politiquement. Dès décembre, après s'être posé en garant du triple A -"un atout à préserver à tout prix"-, le gouvernement préparait l'opinion publique à la perte du "AAA". Nicolas Sarkozy avait ainsi assuré, dans un entretien au Monde mi-décembre, qu'une dégradation "serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable". Deux jours plus tard, c'était au tour d'Alain Juppé de se montrer rassurant dans un entretien aux Echos : "ce ne serait pas une bonne nouvelle bien sûr, mais ce ne serait pas non plus un cataclysme". Vendredi, Valérie Pecresse, porte-parole du gouvernement assurait de son coté sur BFM TV que la "France est une valeur sûre".

Pour les marchés, la France avait déjà perdu son triple A

Les marchés, eux, ont depuis longtemps pris les devants. Selon les dirigeants de Standard & Poor's à Paris, interrogés le 6 janvier par le Parisien, la France ne valait plus qu'un triple B sur les marchés. Par ailleurs, les rumeurs d'une dégradation avaient parcouru les Bourses à plusieurs reprises avant Noël. "Le problème est avant tout le fonctionnement de la zone euro qui laisse à désirer", expliquait Jean-Michel Six, chef économiste de S&P pour l'Europe. Les taux auxquels les pays de la zone empruntent se sont tendus la première semaine de janvier.

Vendredi après-midi, la Bourse de Paris tombait brusquement dans le rouge avant de remonter pour terminer à -0,11%. L'euro repassait tout aussi brutalement sous les 1,27 dollar pour atteindre 1,2638 dollar à 16h20.

Selon Patrick Artus, l'économiste de Natixis, la dégradation de la France peut soulever d'autres questions : "est ce que Standard & Poor's ne sera pas obligé de dégrader les entreprises proches de l'Etat, ou celles qui se portent bien mais dont on aurait du mal à accepter qu'elles soient mieux notées que l'Etat ? Il pourrait y avoir plus d'effets collatéraux que d'effets directs".

 

le 13 janvier 2012 à 20:03
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90 Commentaires

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  • carte2, le 14/01/2012 à 11h17

    Je trouve ça bizarre quand même..., il y a une semaine l'agence FITCH laissait le tripe AAA à la France pour 2012, et maintenant une autre dit le contraire, ce serait voulu que ça ne m'étonnerai pas !!!!

  • paqueu, le 14/01/2012 à 11h12

    Cela fait bien longtemps que la gauche dirigeante ne vit plus comme à l'époque de Zola (cf les dernières vacances de monsieur Lang à l'ïle Maurice) et se résigne aussi à accepter, bien qu'elle s'en défende, la mise en oeuvre de réformes comme celles des retraites ou des universités. En revanche NS a été beaucoup trop lent pour revenir sur le bouclier fiscal, pour supprimer les niches fiscales ou arrêter l'exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires. Autant de décisions qui auraient été nécessaires pour nous aider à conserver notre triple AAA, à créer une sensation d'équité en France et diminuer le chômage. On a l'impression que NS est prisonnier de la droite, ce qui ne fait que renforcer le fossé entre la droite et la gauche et du coup crée un climat politique qui n'est pas adéquate avec la crise que nous traversons.

  • sandy29s, le 14/01/2012 à 11h09

    Le réformes internes aux pays ne changeraient rien, c'est le traité de Lisbonne qui nous empêche de gérer nos entreprises , si les gens avaient du travail et consommaient on ne rencontrerai pas toute ses difficultés .Cette agence a même indiqué qu'une hausse de l'impôt en France ne modifierait en rien ses difficultés économiques, et qu'il fallait trouver une autre solution .

  • sandy29s, le 14/01/2012 à 10h53

    Il sont certes responsable mais pas patr faute de ne pas avoir voulu gérer le pays par impossibilité de le gérer de le faire.J'entends par là que le traité de Lisbonne ,ne leur a laissé aucune manoeuvre pour aider l'économie et le maintien en France de nos entreprises.Le libre échange n'aurait jamais fonctionné même mondiale ,car les économies sont trop différentes.Tant qu'à protéger, les frontières aux limites de L'Europe ,ça ne changera rien car l'Espagne ,la Grèce, le Portugal,et les pays de l'Est ,ont déjà une main d'oeuvre moins élevée que la nôtre.Bref , il faut qu'ils modifient les traités de manière a redonner à chaque pays sa gérance économique du moins jusqu'à que les économies des pays européens se ressemblent.Ils ont été trop vite

  • loava, le 14/01/2012 à 10h28

    Kosotto : la France non plus !!!

  • claudec1, le 14/01/2012 à 10h21

    La perte du AAA n'est pas l'expression d'un échec du Président Sarkozy et du gouvernement mais celui de la France entière qui les a mis démocratiquement en place. Est tout autant, sinon davantage responsable, une opposition qui, en dépit d'une crise sans précédents continue par sectarisme, depuis bientôt cinq ans, a tout faire pour entraver la moindre action, sans se soucier qu'elle soit bonne ou mauvaise et adaptée ou non à la conjoncture. Il est trop facile d'imaginer depuis quand ce AAA nous aurait été retiré si les socialistes avaient pris les commandes en 2007. La France paye son ingouvernabilité et démontre, que contrairement à ce que proclame des coqs gaulois aussi chauvins qu'aveugles, nous restons le peuple stupide qui a perdu tous les grands combats dans lesquels il s'est trouvé livré à lui-même depuis le début du siècle, du fait du ralliement à une pensée unique portée par une gauche qui se complaît à vivre encore à l'époque de Zola.

  • audeladesmers, le 14/01/2012 à 10h14

    @kosotto1. Vous croyez que Standard & Poor a décidé, dans l'heure, d'abaisser, après votre post de 19 h 01, la note de l'Autriche rien que pour vous "embêter" ?

  • kosotto1, le 14/01/2012 à 10h14

    Ben dites donc mon pauvre Robert, la réforme des 35H datant de 1998, si S&P nous dégrade à cause de cela en 2012, c'est qu'ils ne sont pas trop réactifs hein !!!!!

  • zkr78, le 14/01/2012 à 10h13

    Vous en avez vu beaucoup de produits en France, fabriqué en Allemagne ? . Ce pays vends bien plus en Europe du Nord, dans les pays qui n'ont pas voulu être dans l'euro.

  • jpjpd, le 14/01/2012 à 10h10

    Et ce n'est pas du au temps de travail ! La perte du AAA ne peut pas être imputée au temps de travail car les finlandais travaillent moins que les français mais ce pays garde sa note ! Par contre l'Allemagne et la Finlande ont un système d'imposition des revenus par une retenue à la source c'est à dire sans quotient familial : C'est peut être une bonne idée de modifier le système fiscal de l'IR ?

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