© Médiathèque de la Commission européenA cause du chauffage électrique, qui se développe, l'Hexagone est le pays d'Europe dont la consommation augmente le plus par grand froid : pour chaque degré de température extérieure en moins, 2300 mégawatts de puissance supplémentaire sont nécessaires. Soit plus de deux réacteurs nucléaires. Et chaque année, les pics de consommation électrique augmentent au coeur de l'hiver. Ces records qui tombent régulièrement posent le problème de l'approvisionnement de l'Hexagone. Car si elle est exportatrice d'électricité durant presque toute l'année, la France est néanmoins importatrice lors des grands pics quotidiens l'hiver - notamment autour de 19 heures. Avec un risque réel de "black out", surtout pour certaines régions relativement mal desservies en lignes à haute tension et considérées comme des "péninsules électriques", comme la Bretagne ou la région Provence- Alpes-Côte d'Azur. Or cette année se pose un problème supplémentaire : l'arrêt de huit réacteurs nucléaires allemands.
Après la mise en garde récente du cabinet Capgemini, le ministre de l'Energie, Eric Besson, a reconnu mercredi lors d'une conférence de presse que les importations maximales venues d'Allemagne pourraient être réduites par trois, à 1000 mégawatts. "Cette perte serait compensée pour moitié par des importations depuis la Belgique, mais elle contribue très clairement à réduire notre sécurité électrique", a-t-il fait valoir. En cas de grand froid, il existe selon lui un risque de congestion du réseau allemand, "susceptible de s'étendre au réseau français, a minima sur sa partie est", avec à la clé une possible panne généralisée de grande ampleur. "Je ne dis pas que c'est un scénario probable, c'est ce qu'on pourrait appeler un scénario du pire", a-t-il dit.
RTE envisage un système d'alerte
EDF, qui fournit l'essentiel de l'électricité française, affiche son optimisme. "En toute hypothèse, la France ne manquera pas d'électricité cet hiver", a affirmé son PDG, Henri Proglio, dans Le Parisien. Sans être aussi affirmatif, RTE, la filiale d'EDF en charge du réseau à haute tension français, va dans le même sens : même dans le scénario reproduisant des températures très froides comme en décembre 2010, où la France avait battu son record de consommation à 96.700 mégawatts, le besoin d'importation serait de 7000 mégawatts, sous le seuil maximal des 9000. Quant aux grandes coupures (les "délestages"), elles n'interviendraient qu'en dernier recours : il est possible de demander à des grands clients industriels de ne pas consommer ("effacement") ou encore de lancer des appels à la modération dans les régions les plus fragiles ou au niveau national.
Fait symptomatique toutefois : pour la première fois, la filiale d'EDF envisage de mettre en place si besoin un système d'alerte orange (en cas de risque quasi certain de coupures le lendemain) et rouge (en cas de risque certain). Selon RTE, la période la plus "chaude" électriquement pourrait être entre mi-novembre et mi-décembre, où les moyens de production seront plus faibles que l'an dernier. En revanche, entre janvier et mars, 1600 MW de plus seront disponibles. Une progression nécessaire, car la demande hors effet climatique devrait encore augmenter selon RTE d'environ 1% ou 1000 MW. Une situation qui devrait encore se reproduire, après deux hivers 2009 et 2010 déjà tendus. "Oui, on aura encore quelques années difficiles en hiver, sans doute trois ou quatre", a reconnu mercredi le président de RTE, Dominique Maillard.
Mais la mise en cause de l'Allemagne a suscité la colère d'écologistes, qui dénoncent un "flop" du couple nucléaire-chauffage électrique. "Au lieu d'accuser l'Allemagne, il convient plutôt de la remercier pour avoir sauvé la France de la pénurie depuis de nombreux hivers. Ce ne sera plus possible désormais, mais c'est bien l'absurdité de l'option française qui en est la cause", critique l'Observatoire du nucléaire.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




