Dans les années 2000, la croissance espagnole est tirée par l'immobilier, en plein boom. En pleine bulle. L'Espagne construit, mais construit trop. Les banques prêtent sans compter. Aux particuliers qui achètent. Aux constructeurs, qui espèrent vendre. Et lorsqu'arrive la crise en 2008, la machine se grippe. Les particuliers se retrouvent au chômage et cessent de rembourser leurs prêts. Les constructeurs, quand ils arrivent à terminer leurs travaux, n'arrivent plus à vendre.
Comme avec les crédits "subprimes" aux Etats-Unis, les banques se retrouvent avec de l'immobilier comme avoirs au lieu d'argent frais. Selon les chiffres de mars fournis vendredi par la Banque d'Espagne, les banques espagnoles disposent de près de 148 milliards d'euros de créances douteuses, principalement des crédits immobiliers susceptibles de ne pas être remboursés. Soit 8,4% de la totalité des créances des banques. Ce taux n'était que de 3,4% fin 2008.
L'Etat espagnol pourra-t-il sauver ses banques ?
Et cela pourrait s'aggraver, estime Moody's. L'agence de notation a dégradé jeudi soir la note de 16 banques espagnoles. Notamment du fait de "la forte hausse des prêts à problèmes déjà observée et l'augmentation continue des retards de paiement que nous prévoyons pour les trimestres à venir". Avec un chômage touchant un actif sur quatre, les emprunts auront plus de difficultés à être remboursés. Et la récession qui touche actuellement le pays ne va pas améliorer les choses. "La solvabilité de l'Etat a diminué", estime Moody's, et il ne pourra peut-être pas venir en aide à la totalité de ses banques en difficulté. Le 9 mai, le gouvernement a annoncé la nationalisation de Bankia, la quatrième banque espagnole, née de la fusion de plusieurs caisses d'épargne.
En attendant, les banques ne jouent plus leur rôle de prêteur à l'économie. Elles-mêmes, pour se financer, empruntent à la Banque centrale européenne (BCE) et non plus à leurs homologues. En avril, le montant qu'elles devaient à la BCE a atteint un record historique, à 263,5 milliards d'euros. Un montant dopé, cependant, par les prêts à tarif avantageux proposés par l'institution francfortoise en décembre et en février.
Consciente des faiblesses de ses banques, le gouvernement espagnol a annoncé la semaine dernière une nouvelle réforme pour les obliger à provisionner 30 milliards d'euros supplémentaires en 2012. En plus des 53,8 milliards déjà demandés en février. Les banques devront également isoler les actifs immobiliers les plus problématiques de leur bilan, afin d'en déterminer leur juste prix. Un audit devrait d'ailleurs être réalisé en ce sens.
Mais les craintes restent présentes. Jeudi, le journal El Mundo annonçait des mouvements de retraits paniques des clients de Bankia, pour plus d'un milliard d'euros. Un évènement démenti par le gouvernement et par la banque elle-même. L'Espagne emprunte à des taux en hausse. Et l'indice Ibex - l'équivalent du CAC 40 à Madrid - a perdu 30% depuis fin mars. Et bon nombres d'économistes estiment que le montant total des pertes liées à l'immobilier est encore loin d'être connu.










