Mayotte : "Quand un magasin ouvre, les manifestants le ferment"

Par , le 10 octobre 2011 à 16h13 , mis à jour le 10 octobre 2011 à 19h38

Si la plupart des barrages sont levés ce lundi, la situation reste très tendue à Mayotte, où les commerces restent fermés sous la pression des manifestants. Un gendarme a été placé en garde à vue après un tir de flashball qui a gravement blessé un jeune garçon à l'oeil.

La tension à Mayotte, qui a abouti à un quasi-blocage des deux îles (Petite-Terre et Grande-Terre) composant le 101e département français, dure depuis deux semaines déjà. Sans signe annonciateur d'une sortie de crise. Les barrages érigés sur les principaux axes ont été levés, la circulation est de nouveau possible, mais les forces de l'ordre doivent faire la chasse aux blocages ponctuels qui réapparaissent çà et là ; et surtout, les commerces restent pour la plupart fermés. Pour le préfet Thomas Degos, joint par TF1 News, qui multiplie les rencontres entre, d'une part, les délégués du collectif représentant les protestataires, et d'autre part, les membres  du Medef, de la grande distribution et des chambres consulaires, ce lundi marque une nette décrue dans les violences. "Malgré quelques échauffourées du côté de Kaweni avec, non pas des manifestants, mais des éléments extérieurs qui voulaient entrer dans la zone commerciale".

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La semaine dernière, les journées de jeudi et vendredi avaient été marquées par des jets de cocktails Molotov sur les forces de l'ordre et par deux blessés parmi les manifestants. "L'un est hors de danger et doit subir des examens à la Réunion", raconte le préfet ; "l'autre - un jeune garçon, et non une fillette, comme ce qui avait été dit - a été gravement blessé à l'oeil par le tir de flashball d'un gendarme qui voulait se dégager alors qu'il avait été encerclé par la foule avec deux collègues, et qui vient d'être placé en garde à vue." Des internautes qui avaient joint TF1 News depuis Mayotte évoquaient des pillages de supermarchés, des commerces fermés sous la menace de représailles, des familles bloquées chez elles sans pouvoir s'approvisionner. L'un d'eux n'hésitait pas à parler de "chasse aux Blancs".

Une voiture fracturée avec son occupant à l'intérieur

Aujourd'hui encore, si les rues sont dégagées (une membre de la préfecture signalait qu'elle n'avait pas eu de problème à se rendre à son travail), ce problème d'approvisionnement reste criant. "J'avais fait procéder à des ouvertures de commerces sous protection des forces de l'ordre : mais aujourd'hui, je n'ai plus aucune demande en ce sens", souligne le préfet de Mayotte. "Quand un magasin ouvre, les manifestants vont le fermer. Aussi, le plus souvent, les commerçants préfèrent baisser le rideau d'eux-mêmes pour éviter les problèmes. C'est d'ailleurs le conseil que leur donne le Medef."

Samedi, ce sont carrément les élus de l'île qui  se sont rendus en délégation vers la plus grande surface des deux îles, le Jumbo Score du chef-lieu de Mayotte, Mamoudzou, pour l'obliger à fermer. Ils étaient accompagnés d'un cortège de quelques centaines de personnes. Mais parallèlement, des "éléments incontrôlés et violents", selon le mot du préfet, comptaient profiter de la situation pour s'introduire dans la grande surface. Une situation des plus tendues : "Il a fallu bloquer la manifestation des maires avant l'arrivée au centre commercial", raconte Thomas Degos. "Le Jumbo Score a décidé alors de fermer. Mais il y avait 1500 clients à l'intérieur, qu'il a fallu faire sortir avec leurs courses. Certains ont été pris à partie dès leur sortie du magasin. On a même vu une voiture fracturée, avec son occupant encore à l'intérieur, qui s'est fait voler tout ce qu'il avait dans son coffre avant de pouvoir partir."

Les "indignés" de Mayotte comparent les prix

La raison de cette révolte, qui reçoit l'appui des élus locaux : un coût de la vie devenu écrasant pour de nombreux Mahorais. Il faut importer tous les produits de la vie quotidienne - comme le mabawa (aile de poulet rôti), typique à Mayotte et devenu emblématique de la crise :  il vient d'Europe, de Madagascar ou du Brésil, et il est vendu 2,69 euros le kg par  carton de 10 kg. Riz, lait, deviennent aussi des produits de luxe pour le Mahorais moyen alors que seules 30.000 personnes travaillent sur un peu plus de 200.000 habitants, et doivent assumer le poids financier de toute une famille. Pour compenser, les élus locaux ont poussé à faire des embauches massives, d'où un secteur public qui emploie à lui seul un salarié sur deux - souvent des agents de catégorie C, aux salaires faibles. Quant aux minima sociaux, ils sont quasi-inexistants. L'exemple du RSA est éloquent : alors qu'il a été mis en place mi-2009 en métropole, il n'existera à Mayotte qu'en janvier 2012. Et le montant versé aux bénéficiaires Mahorais devrait être quatre fois moindre...

Pour ne pas être étranglés, les Mahorais réclament au minimum un alignement des prix sur la Réunion voisine. Fait symbolique, outre les manifestations quotidiennes, un site internet (Mayotte-viechère.com), mis en place par un autoproclamé "Collectif des indignés de Mayotte", s'efforce de dresser "un comparatif des prix entre Mayotte, la Réunion et la métropole". Cette situation socialement explosive avait pourtant paru se débloquer aux premières heures de vendredi. "Un protocole avait été rédigé avec l'intersyndicale, la grande distribution, le Medef", raconte le préfet  Degos. "Il prévoyait des baisses significatives sur 11 produits, et un calendrier de travail jusqu'à la fin de l'année, pour répondre au problème de la relance de l'activité à Mayotte." Problème : sitôt le document signé, les représentants syndicaux sont allés en rendre compte à "leur base", à savoir plusieurs centaines de manifestants qui, depuis le début du conflit, ont pris l'habitude de se rassembler sur la place du marché de  Mamoudzou. Et les propositions de baisse du prix de la bouteille de gaz de 31  à 25 euros, de baisse de 10% du prix du riz, n'ont pas convaincu.

Volontariste, le préfet Degos assure : "Ce que je peux dire, c'est que le dialogue n'a jamais été rompu ; avec l'intersyndicale et les associations, on s'est vus tous les jours". Et tout en appelant au "sens de la responsabilité" de chacun, il peaufine sa dernière initiative : "J'ai proposé à des représentants des consommateurs un voyage à la Réunion, pris en charge par l'Etat, pour aller constater les prix sur place". En espérant pouvoir y trouver une nouvelle base de négociation.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 10 octobre 2011 à 16:13
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2 Commentaires

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  • yanamel123, le 11/10/2011 à 16h59

    Hors sujet!Vous avez bien révisé votre géographie trés bien!! mais vous n'êtes pas à la bonne page

  • manso, le 10/10/2011 à 20h04

    Pour une superficie de près de 400 km², l'île accueille 210.000 habitants : la densité de population est donc aujourd'hui de 525 hab/km², ce qui est déjà impressionnant. Or, du fait de la permanence d'un taux de natalité extrêmement élevé (4,2 enfants par femme!), et qui va être soutenu par nos prestations familiales, l'île comptera 500.000 habitants en 2050. Sa densité de population sera alors de 1.250 hab/km² (par comparaison, celle du Bangladesh est de 1.047 hab/km²...).

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