Plan d'austérité bis : du plomb dans l'aile pour la journée de solidarité ?

Par , le 06 novembre 2011 à 10h51 , mis à jour le 06 novembre 2011 à 18h34

Alain Juppé a confirmé dimanche que François Fillon annoncera le nouveau plan de rigueur lundi, après le Conseil des ministres. Le relèvement de la TVA dans certains secteurs est à l'étude. En revanche, une deuxième journée de solidarité aurait de moins en moins la faveur du gouvernement.

Lundi matin, le voile sera levé sur les nouvelles mesures d'austérité. Le Premier ministre  annoncera après le Conseil des ministres le nouveau plan de rigueur préparé par le gouvernement, a confirmé dimanche Alain Juppé sur Europe 1. François Fillon dévoilera les mesures lors d'une conférence de presse à 12h à Matignon, ont annoncé ses services dimanche soir. "Chaque ministre ne va pas donner son avis la veille. Respectons le calendrier, ses décisions (du Premier ministre) viendront le moment venu", a ajouté le ministre, refusant de dévoiler les mesures encore en discussion. Le ministre a expliqué en substance que cette série de nouvelles mesures de rigueur était rendue nécessaire par le fait que la croissance initialement prévue pour 2012 "ne sera pas au rendez-vous". Il faut continuer à viser "le retour à l'équilibre budgétaire en 2016", a-t-il soutenu.

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Dans la même ligne que son collègue du gouvernement, Valérie Pécresse, ministre du Budget, s'est refusée à dévoiler le nouveau plan. Lundi, "ce que le Premier ministre va dire, c'est que notre objectif est un retour à l'équilibre budgétaire en 2016. Le président de la République a tracé le chemin, et sur ce chemin il y a des étapes et demain ce sera une étape", a résumé la ministre. "La ligne directrice ce sera d'abord des économies en dépenses, et puis de la justice", c'est-à-dire que "tout le monde paiera à due proportion de ses capacités", a-t-elle déclaré. "Aujourd'hui nous sommes à un niveau d'endettement qui est insupportable, il faut bien rembourser sa dette, chaque Français sait qu'il faut rembourser sa dette, les Etats doivent rembourser leur dette", a-t-elle souligné.

Depuis 24 heures, le gouvernement a entamé des réunions d'arbitrage qui se poursuivent dimanche. Selon des informations du Journal du Dimanche, confirmées de source gouvernementale, une seconde journée de solidarité est à l'étude. Créée en 2004 après la canicule de 2003, la première Journée de solidarité consiste en un jour de travail non rémunéré dont les fruits financent la prise en charge des personnes âgées et handicapées. Initialement fixée au lundi de Pentecôte, cette journée, qui a rapporté 2,4 milliards d'euros en 2010, est depuis 2008 organisée "à la carte". Mais dimanche, l'AFP affirme que cette mesure aurait du plomb dans l'aile, citant certaines sources gouvernementales qui assure qu'elle tient "moins la corde" dimanche.

La TVA au coeur du débat

En revanche, la TVA serait de plus en plus au coeur du projet, avec un relèvement du taux réduit de 5,5% à 7%, pour la restauration et les travaux de rénovation des logements. La question serait toutefois âprement discutée. Alain Juppé, l'un des ministres les plus écoutés du président, a demandé à ce "qu'on réfléchisse" à une hausse éventuelle de la TVA. "Est-ce qu'on n'a pas besoin aujourd'hui, si l'on veut lutter contre les délocalisations, d'avoir un impôt qui corrige le poids de nos charges sociales, qui favorise nos exportations et qui n'encourage pas les importations ? Ça mérite réflexion avant de dire que la TVA est un mauvais impôt, un impôt injuste", a-t-il expliqué, précisant que "la décision n'était pas prise".

L'objectif, maintes fois réaffirmé par le gouvernement, est de ramener  comme prévu en 2012 les déficits publics à 4,5% du PIB en dépit d'une  croissance révisée drastiquement à la baisse, à 1% contre 1,75% auparavant. Il  faudra pour cela trouver de 6 à 8 milliards d'euros, via des hausses d'impôts ou de nouvelles économies.

Samedi, lors d'un déplacement à Morzine, en Haute-Savoie, le Premier ministre François Fillon a estimé que le seul moyen de réduire la dette française était de réduire les dépenses de l'Etat. "L'heure de vérité a sonné, il n'est pas utile de s'en prendre aux agences de notation, aux banquiers, aux spéculateurs ou à je ne sais quel bouc émissaire, pas utile de faire croire qu'il y a des trésors cachés pour financer nos dépenses publiques quand on a le record de la dépense publique et le record des prélèvements obligatoires", a-t-il dit. François Fillon promet que le budget de l'Etat pour 2012 sera le plus rigoureux depuis l'après-guerre. "Grâce à ces efforts, nous restons l'un des dix pays au monde avec la meilleure crédibilité financière", a-t-il fait valoir. 

Pas encore annoncé, déjà critiqué
Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a prévenu dimanche qu'il était "hors de question d'accepter cette nouvelle austérité", et en particulier "une nouvelle journée de travail gratuit". "On reste avec des gouvernements englués sous ce diktat des marchés financiers et des agences de notation et cela devient tout à fait  insupportable. Les salariés ne sont en rien responsables de cette crise et ne doivent pas en payer le prix", a-t-il dit sur RTL. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, a  jugé "inacceptable" l'éventuelle instauration d'une nouvelle journée de solidarité, qu'il a assimilée à du "travail gratuit". Selon lui, une telle journée veut dire qu'"au moment où vous travaillez, vous ne touchez rien et vous versez au budget de l'Etat l'équivalent de votre journée de travail". La CFTC a également condamné une éventuelle nouvelle journée de solidarité et a avancé une "contre-proposition" pour des économies budgétaires: réduire de 577 à 300 le nombre des députés à l'Assemblée nationale pour un gain annuel de "277 millions d'euros". "Tout travail mérite salaire", a affirmé Joseph Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CTFC. "Aujourd'hui nous avons 577 députés, alors qu'une très grande majorité des textes qui nous régissent viennent de l'Europe. Donc on n'a sans doute pas besoin de conserver 577 députés, passons à 300 parlementaires, c'est largement suffisant", affirme le responsable de la CFTC. Par ailleurs, selon M Thouvenel, l'effort "doit être partagé" et une éventuelle nouvelle journée de solidarité devrait concerner "toutes les professions qui n'étaient pas concernées" par la première. "Qu'on prenne une journée de revenus aux professions libérales, aux artisans, aux commerçants, aux rentiers", propose-t-il.
François Hollande, candidat du parti socialiste à l'élection présidentielle, a lui ironisé sur le projet d'une hausse de la TVA : "il y a quelques jours à peine, Sarkozy disait que la TVA était un impôt injuste. Si ces taux devaient être relevés (...), si cette décision est confirmée, c'est la preuve de l'inconstance, de l'incohérence de la politique qui est menée depuis 2007". Jérôme Cahuzac, président PS de la commission des Finances de l'Assemblée, juge lui qu'en réalité "entre 9 et 10 milliards d'euros" d'économies supplémentaires sont nécessaires face au ralentissement de la croissance, et non pas 6 à 8 milliards comme l'a dit Nicolas Sarkozy. Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche, a averti: "cette politique conduit à un affrontement avec le peuple et à l'affrontement des peuples entre eux". En 2012, "l'heure de vérité sonnera", et "c'est alors au peuple qu'il reviendra de choisir", a-t-il expliqué.
Par Axel Constantinoff le 06 novembre 2011 à 10:51
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28 Commentaires

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  • titi2131, le 07/11/2011 à 08h28

    Dans quelques mois il sera plus rentable d'être un assisté et de ne vivre que des innombrables aides sociales plutot que de travailler et de payer tous les impots et taxes. Donc avant de s'en prendre à ceux qui travaillent, qui emploient, qui payent des impots et qui font avancer le pays, il vaudrait mieux s'en prendre à ceux qui vivent sur le dos des autres et qui tirent le pays vers le bas. J'inclue dans la categorie "ceux qui vivent sur le dos des autres" un grand nombre de deputés, senateurs et autres que nous payons grassement à ne rien faire... D'un autre coté, étant en periode de crise il est normal que certaines faveurs faites aux plus riches (telle que la niche Copé) soient suspendues au moins le temps que les finances du pays aillent mieux (environ une dizaine d'années selon Mme Merkel).

  • mony0815, le 06/11/2011 à 19h20

    Il y a des femmes qui travaillent et qui paient une nounou pour garder leurs enfants. Alors si elles vont travailler une journée pour 'cotiser' à la dette, elles seront deux fois pénalisées: une journée de perte de salaire et... frais toujours présents! Il me semble que les politiciens n'ont pas les pieds sur la terre!

  • metalsand54, le 06/11/2011 à 18h59

    Savez-vous qu'il existe des médicaments qui coutent la modique somme de 60 euros.... Il y a même qui coutent 200 euros, alors ....!!!

  • kosotto1, le 06/11/2011 à 18h44

    Franky37 : je crois comprendre que métalsand parle de l'activité du chirurgien en tant que profession libérale et non pas en sa qualité d'employeur.

  • jjboul, le 06/11/2011 à 18h26

    Pourquoi une journée de solidarité, non je propose une semaine de solidarité. Pendant une semaine, tous les élus (maires, députés, sénateurs, ministres, ...) ne perçoivent pas leur indemnités. Combien cela représente t-il ? Beaucoup, énormément même car des élus, on en a à la pelle. Que ce gouvernement comme par montrer l'exemple et aprés, on verra.

  • isabelle73701, le 06/11/2011 à 18h21

    Je me demande ce qui fait le plus mal: de savoir qu'il faut presque travailler 7 mois en France pour payer l'ensemble de ses impots (jusqu'ou cela peut il aller???), ou l'annonce d'une eventuelle autre journee de solidarite....

  • bobotte71, le 06/11/2011 à 18h14

    Ym53 vous parlez pour vous .

  • franky37, le 06/11/2011 à 18h01

    Vous avez mal compris ! Les employeurs paieront les taxes habituelles sur la masse salariale, salaires versés ou pas.

  • alain-paris, le 06/11/2011 à 15h20

    Faire et défaire, c'est toujours travailler. Et il faut reconnaitre que dans ce domaine, notre gouvernement est hyperactif

  • bernard0084, le 06/11/2011 à 15h16

    Le nombre de personnes en France en dessous du seuil de pauvreté va en augmentant chaque et vous appelez ce vivre au dessus de ces moyens. Vous devez parler des riches qui n'ont jamais été plus riches que depuis la crise.

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