Sarkozy et Merkel à petits pas vers une Europe à deux vitesses

le 11 novembre 2011 à 09h41 , mis à jour le 11 novembre 2011 à 09h45

Dossier : Crise financière

Une zone euro plus intégrée, poussée par la crise, et placée au coeur d'une Union européenne plus ouverte : telle est l'image d'une possible future Europe qui se dégage de nombre de petites phrases de Nicolas Sarkozy et de responsables allemands. Au risque d'irriter nombre de leurs partenaires.

Très controversée, l'idée d'une Europe "à la carte", ou "à plusieurs vitesses" a refait surface à la faveur de la crise financière. Le principe étant d'accélérer l'intégration économique des pays de la zone euro, tout en ouvrant un peu plus l'Union européenne à d'autres Etats venant frapper à la porte de l'Europe. Une idée que Nicolas Sarkozy évoque ouvertement depuis plusieurs mois déjà. Dans un discours prononcé il y a un mois à Tbilissi, le chef de l'Etat avait ainsi suscité la surprise, et l'enthousiasme, de son auditoire géorgien en affirmant que "la Géorgie (devait) être libre d'exprimer son aspiration à se rapprocher de l'Union européenne et un jour à la rejoindre". Une idée qui, également, plaît à l'Allemagne. Mais pas nécessairement aux autres membres de l'Union européenne qui craignent de se retrouver écartés.

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Depuis des semaines, le président français répète pourtant à l'envi ce même message. De Bruxelles à Cannes, à ses collègues chefs d'Etat et de gouvernement ou face à la presse. "Il faut renforcer la convergence des politiques économiques dans la zone euro". Il y a quinze jours à la télévision, Nicolas Sarkozy avait un peu plus précisé sa pensée. "Je pense qu'il n'y a pas assez d'intégration économique dans la zone euro, les 17, et qu'il y a trop d'intégration dans l'Union européenne des 27 qui va d'ailleurs s'élargir". Et mardi à Strasbourg devant un parterre d'étudiants, il a franchi le pas en détaillant sa vision d'une nécessaire Europe à deux vitesses. "Nous sommes 27, il faut à l'évidence qu'on s'ouvre à terme aux Balkans. On sera 32, 33, 34, j'imagine que personne ne pense que le fédéralisme, l'intégration totale c'est possible à 33, 34, 35 pays", a-t-il dit, ajoutant : "il y aura deux vitesses européennes, une vitesse vers davantage d'intégration dans la zone euro et une vitesse confédérale dans l'Union européenne".

Rétropédalage à Berlin et à Paris

A l'Elysée, on évoque en petit comité l'éclosion, autour de la zone euro, d'une Europe s'occupant "de politique au sens large et de sécurité" et incluant l'Europe du Nord, des Balkans, du Caucase, la Russie et... la Turquie. Même si Nicolas Sarkozy s'est gardé d'aller aussi loin en public, sa plaidoirie pour l'intégration économique de la zone euro nourrit déjà le courroux des pays de l'UE qui n'en sont pas membres. D'autant plus qu'elle est aussi relayée en Allemagne où le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, agitait mercredi l'idée de négociations "différenciées" sur d'éventuels changements des traités européens.

Récemment à l'origine d'un vif échange entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique, David Cameron, cette perspective irrite Londres. "L'Europe est plus forte lorsqu'elle avance en un seul convoi plutôt qu'en caravanes séparées", a résumé mercredi le vice-Premier ministre, Nick Clegg. Inquiet que ce projet ne renforce le pouvoir des Etats au détriment de celui des institutions européennes, le président de sa Commission, José Manuel Barroso, est sorti mercredi de sa réserve pour mettre en garde contre le projet d'une "Union divisée" qui, a-t-il dit, "ne marchera pas".

Jeudi, Berlin et Paris ont donc été contraints de démentir toute réflexion en cours sur une zone euro à taille réduite. "L'Allemagne a depuis des mois (...) un seul objectif qui est de stabiliser la zone euro dans sa forme actuelle", a assuré la chancelière Angela Merkel. Même tonalité à Paris, où cette hypothèse était jugée franchement fantaisiste. La suite de ce débat est déjà programmée pour le sommet européen de décembre, où le président du Conseil, Herman Van Rompuy, doit exposer ses propositions pour améliorer la gouvernance économique de l'Europe des 27 et de celle des 17. Jeudi, la commission a prévenu que ces changements ne se feraient pas "au détriment" des Etats non membres de la zone euro.

le 11 novembre 2011 à 09:41
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11 Commentaires

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  • Jacques Henri, le 12/11/2011 à 06h16

    Après tout les Anglais n\'ont qu\'à choisir l\'Euro: mais il préfèrent un grand marche sans cohésion a leur porte pour vendre leurs produits!

  • mcg35, le 11/11/2011 à 22h05

    @kosotto1 - Et si ce n'était que la décision sage et lucide que nos dirigeants auraient d'ailleurs dû prendre lors des divers élargissements de l'U.E.? On est bien obligé de constater que les économies des 27 n'ont rien en commun les unes avec les autres.

  • kosotto1, le 11/11/2011 à 21h00

    C'est exact ...pour un train. Mais pour l'Europe...

  • bebert59560, le 11/11/2011 à 17h01

    Alors là Monsieur chapeau bas!

  • resyl77, le 11/11/2011 à 16h58

    La crise a du bon, on va arreter de dillapider l'argent du contribuable :-)

  • rose-marie54, le 11/11/2011 à 15h44

    On pédale surtout dans le vide,mais pas les banques qui engrangent et font des réserves pour mieux nous aspirer

  • mcg35, le 11/11/2011 à 15h40

    Le fait d'avoir des voitures "première classe" et des voitures "deuxième classe" n'empêche pas un train d'avancer.

  • couscous_party, le 11/11/2011 à 14h07

    C'est vraiment trop bien l'Europe !

  • bisoudours21, le 11/11/2011 à 13h12

    Qu'il y est le leadership de Merckel, c'est bien normal, mais que sarkozy ce l'approprie est déja plus discutable.

  • objectif-2012, le 11/11/2011 à 10h31

    Super, bien dit...

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