Divers médicaments © Médiathèque de la Commission européenneLa mutuelle d'assurance MMA a présenté mardi une complémentaire santé qui, moyennant une augmentation de la cotisation de 15%, peut ensuite être remboursée jusqu'à moitié lorsque les dépenses santé de l'assuré sont faibles.
Ainsi, si un client de la MMA souscrit à une mutuelle coûtant 313 euros et accepte de payer 15% de plus, soit 360 euros, la MMA scinde la cotisation en deux : 180 euros vont dans une réserve. A la fin de l'année, si le patient a été peu ou pas malade, les 180 euros lui seront reversés. Ce nouveau produit sera distribué à partir du 4 décembre pour une prise d'effet au 1er janvier.
Ouvre-t-il une brèche dans le système de solidarité sur les questions de santé ? Peut-il inciter les Français à réduire leur dépenses de santé ?
POUR : "Essayer de dépenser moins, |
Professeur à Paris Dauphine, spécialiste des questions de santé Le but de MMA est clairement de proposer un contrat incitant à réduire les dépenses médicales. C'est une sorte d'intéressement à moins consommer tout en maintenant la solidarité puisque, si je suis malade, je suis quand même remboursé. Dans le cas des contrats d'assurance le montant de la cotisation dépend du risque, et non du revenu. Pour les complémentaires santé, c'est l'inverse : la cotisation est fonction du salaire, pas du risque. La MMA mixe les deux principes : ceux qui ont été malades sont remboursés et ceux qui n'ont pas consulté paient moins. De là à dire que l'on touche au principe de solidarité, il y a, selon moi, un pas à ne pas franchir. Quand bien même des mutuelles se spécialiseraient sur une clientèle peu malade, il resterait toujours la solidarité nationale pour prendre en charge les autres. Essayer de dépenser moins n'est pas complètement idiot. Le seul risque, c'est que les clients de la MMA ne déclarent pas certains petits actes médicaux pour être remboursés à la fin de l'année - comme les conducteurs automobiles pour que leur malus n'augmente pas. Sauf qu'ici, il n'y a qu'un bonus. |
CONTRE : "Ce qui vaut pour une voiture ne vaut pas pour la santé", Jacques Mopin |
Vice-président nationale de l'UFC-Que choisir et spécialiste des questions de santé "Si l'on est un assureur dont la raison d'être est de gagner le plus d'argent possible, et je n'ai rien contre, on a raison de faire ce qu'entreprend la MMA. Mais si on prétend au titre de mutuelle, au sens de mutualiser le risque, ce n'est pas possible. Ce qui me semble dangereux dans ce système, c'est qu'en instaurant une cotisation proportionnelle au risque, on signe l'arrêt de mort de la solidarité nationale. L'argument de la MMA de dire que cela peut inciter les jeunes qui souvent n'ont pas de mutuelle à avoir une complémentaire est faux car s'ils n'en ont pas, c'est parce qu'ils n'en ont pas les moyens. Le principe d'une mutuelle de santé devrait être de réduire les cotisations pour tous si les dépenses diminuent et non de baisser les cotisations de façon individuelle. Ce qui vaut pour une voiture ne vaut pas pour la santé. |
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