Le ministre délégué au Budget vient défendre son budget devant les députés © DR"Et si vous preniez les commandes du budget de la France..." Si la proposition venait d'un groupe révolutionnaire, séparatiste breton ou anarchiste, cela n'étonnerait pas mais venant de Bercy, on pressent le cadeau empoisonné. Dans une volonté d'expliquer l'élaboration du budget de l'Etat, le ministère de l'Economie et des Finances a lancé en juin un jeu, cyberbudget.com, où chacun pouvait se glisser dans la peau de Jean-François Copé, ministre délégué au budget et plancher sur les recettes et les dépenses de l'année prochaine.
Une nouvelle étape est proposée aux joueurs dès aujourd'hui avec la présentation du budget à l'Assemblée. Au même moment, le vrai Jean-François Copé planchera devant les députés français. Première étape du jeu : le ministre lulu (c'est moi) doit aller à la bibliothèque pour se rafraîchir les idées sur le rôle du Parlement dans le processus de vote du Budget. Sautons rapidement cette étape fastidieuse, pas besoin de réviser.
La presse se moque
Me voilà dans la "navette fluviale" pour aller de Bercy à l'Assemblée. Première épreuve, à chaque pont, choisir la réponse à des questions : "Qu'est-ce que la Lolf a changé au vote du budget ?" Euh, il est encore temps de repasser par la case "bibliothèque" ? Zut, ma navette s'empale sur le pied du pont ! Mon ignorance fait la risée de la presse - dans cyberbudget, les journalistes sont toujours au courant de tout - et Le Monde titre : "Le ministre Lulu inquiète les Parlementaires".
Etape suivante : convaincre les députés que c'est un bon budget en mettant les objectifs attendus pour chaque dépense. En d'autres termes, les élus ne sont pas prêts à voter les yeux fermés, il leur faut des résultats. Vient enfin le temps de l'hémicycle. C'est du haut du perchoir de Jean-Louis Debré que j'écoute mes collègues députés présenter leurs amendements. C'est simple : je les écoute, le président de la commission des finances (du même bord politique que moi) donne son avis et je tranche. Allons-y. Créer une mission foot : oui, pourquoi pas, donner davantage d'argent à la sécurité routière ? Je signe tout de suite. Résultat 20/100. Tout ça parce que deux fois sur cinq je n'ai pas suivi l'avis du président de la commission ? Ne serais-je pas tout puissant ? Libé titre : "Les députés ne lui disent pas Bercy"...
Pas roi en son royaume
Passons au Sénat. C'est ce que l'on appelle la navette parlementaire. Chouette un Pac-man de sénateurs. Le but de l'épreuve pour le ministre est de ne rencontrer que les sénateurs qui sont d'accord avec lui, de les croquer pour reprendre des forces et de ne surtout pas croiser la route de ceux qui lui sont opposés, des groupes de pression (qui ressemblent étrangement à des José Bové)... Une certaine conception du dialogue en somme. Résultat : 100/100... J'ai toujours été bonne au Pac-man. Finie la gaudriole, on retourne dans l'hémicycle : cette fois-ci, promis, je ferai tout ce que dira le président de la Commission. Résultat 100/100... Comme quoi, même ministre, pour réussir, il faut obéir.
300.000 joueurs |
Le jeu cyberbudget a été réalisé par la société Paraschool pour le compte du ministère du Budget. Il est accessible sur cyberbudget.com ou sur performance.gouv.fr. Depuis sa mise en ligne, 300.000 personnes sont venues y jouer selon le ministère.
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