De l'extrait de vanille en vaporisateur, de bons crus de vins en Tetra pak, voici quelques-uns des produits innovants du SIAL 2006. © DRLCI.fr : Est-ce que, comme pour la mode, les tendances alimentaires changent fréquemment et suivent des cycles ?
Xavier Terlet (consultant en tendances alimentaires et PDG de XTC) : La mode se renouvelle deux fois par an, pour l'alimentaire, les cycles sont plus longs mais on observe tout de même de vrais changements. Je constate aujourd'hui en regardant toutes les nouveautés qui sont présentées au Sial que nous sommes tombés dans l'ère du "nutritionnellement correct". Face aux médias qui dénoncent les risques d'obésité du fait d'une nourriture trop riche, trop grasse, les industriels s'adaptent. Ils proposent de plus en plus de produits allégés, des gammes "nutri-santé". C'est vrai même sur le segment des aliments-plaisir comme le chocolat et la confiserie, ce qui est, selon moi, un peu triste.
LCI.fr : Pré-découpés, sous vide, en conserves prêts à gratiner... les légumes semblent avoir la côte ?
X.T : C'est vrai. Les consommateurs entendent sans cesse qu'il faut manger 5 à 10 fruits et légumes par jour, il est normal que l'industrie réagisse. L'apparition de salade toute prête en sachet il y a 15 ans était une petite révolution, aujourd'hui le concept s'adapte aux salades de fruits, aux crudités à grignoter etc. Le consommateur veut bien manger des légumes mais il a besoin d'être aidé. On peut le regretter, comme Jean-Pierre Coffe, mais les Français passent de moins en moins de temps dans la cuisine donc le rôle des industriels est de leur simplifier la vie sans tout faire à leur place car ils ne veulent pas non plus du "tout-cuit". Par exemple, si vous aimez la soupe au potiron, vous serez peut-être content de trouver des barquettes de potiron pré-découpé. Vous échappez à l'épluchage mais vous pouvez faire votre recette comme vous l'entendez. Idem pour les moules, si vous les trouvez déjà grattées et lavées, ça vous facilite la vie.
LCI.fr : Est-on encore dans l'ère du "cuit au chaudron", "moulé à la main" et "recette de grand-mère" ?
XT: De moins en moins. Au contraire, le cap est mis sur la modernité : à l'instar des chefs qui jouent sur les textures et jouent au chimiste, l'industrie alimentaire innove. On voit beaucoup de plats qui mêlent design et goût, des verrines avec de belles associations de couleurs, des carpaccios de légumes... Il y a cinq ans, pour réussir, il fallait un packaging en papier kraft et une mamie sur l'emballage. Aujourd'hui, même les marques distributeurs comme Monoprix Gourmet ou Picard jouent sur des emballages modernes, sobres, très designs.
LCI.fr : Au regard des nouveautés, beaucoup de produits semblent fait pour le grignotage. Est-ce la fin du repas autour de la table et le règne de l'apéro dînatoire ?
X.T : Il y a 20 ans, l'apéritif, c'était trois bouteilles d'alcool, des cacahuètes et ensuite on passait à table. Aujourd'hui, près d'un dîner entre amis sur deux se fait autour d'une table basse. L'apéritif est beaucoup plus consistant -tapas, formage, charcuterie, toasts- et c'est un repas en tant que tel.
LCI.fr : De plus en plus de produits proposent des emballages individuels, sachet fraîcheur ou bien des packagings très consommateurs de plastique. N'est-ce pas une hérésie écologique ?
X.T : C'est vrai mais les Français n'en sont pas au niveau des Allemands ou des Suisses. Ce qui est arrivé à Nestlé en Suisse est assez parlant. La marque a lancé un nouveau chocolat conçu par le chef catalan Ferran Adria et a confié le design du produit à l'architecte Jean Nouvel. Le résultat est très beau mais utilisait du plastique. Ca a provoqué une mini révolution de l'autre côté des Alpes et la PDG de Nestlé-Suisse est sur le départ. Bref, nous n'en sommes pas là en France mais comme on commence à trier les déchets, cette préoccupation pourrait grandir.
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