Un réseau européen trop fragile ?

Par , le 05 novembre 2006 à 07h45 , mis à jour le 17 janvier 2010 à 15h08

La panne de courant qui a touché samedi une partie de l'Europe est la plus étendue qu'ait connue le continent européen.

TF1/LCI : Technicien réparant une ligne électriqueTechnicien réparant une ligne électrique © TF1/LCI

Le scénario de la vaste panne électrique qui a touché samedi soir plusieurs pays européens est désormais classique de l'effet "château de cartes" que peuvent connaître les grands réseaux électriques interconnectés. L'électricité est une forme d'énergie qui ne peut être stockée : elle doit donc être produite en temps réel. Et la production doit s'adapter à tout moment à la consommation. En temps normal déjà, les pays européens se fournissent mutuellement de l'électricité en fonction des besoins. En cas de pic brutal de la demande électrique (chute des températures, par exemple), il peut donc y avoir risque de défaillance. C'est alors l'ensemble du réseau régional, voire national, et parfois même les réseaux des pays voisins qui devront supporter la surchauffe.

D'autres régions du monde avant l'Europe ont déjà connu de vastes pannes, touchant des millions de personnes et paralysant l'activité économique : les Etats-Unis (autour de Los Angeles, ou encore dans le Nord-Est du continent, entre Etats-Unis et Canada), le Japon, Moscou... A chaque fois, les spécialistes ont dénoncé la fragilité de réseaux trop facilement poussés à saturation en cas de pic de consommation. En Europe aussi, de telles pannes se sont déjà produites : en Italie par exemple, en 2003. Mais le continent européen, où tous les réseaux nationaux sont très étroitement interdépendants, se croyait à l'abri de pannes d'une ampleur comparable à celle de samedi.

La hantise : l'effondrement général du réseau

Car il existe aussi des systèmes de "coupe-circuit" pour éviter l'effondrement général du réseau. Si dans un premier temps, une "surchauffe" locale se propage comme une tache d'huile, à partir du moment où l'ensemble du système ne peut plus suivre, il est possible de pratiquer des délestages - des coupures locales et maîtrisées, qui peuvent être automatiques. C'est ce qui s'était produit par exemple lors des tempêtes de décembre 1999. Devant la mise hors service de nombreuses lignes électriques importantes, des régions entières avaient été plongées dans le noir, parfois pendant des semaines. Mais le réseau ne s'était pas effondré, la panne était restée jugulée, la production électrique avait été contrôlée et avait pu se poursuivre. A l'opposé, c'est à cause du retard de telles coupures préventives que des régions entières de l'Italie s'étaient retrouvées dans le noir en 2003.

C'est ce qui s'est passé encore samedi soir (le pire a été évité et le courant rapidement rétabli), mais à une échelle inédite et qui montre le côté périlleux de l'exercice... Jusqu'alors, la France, qui exporte un peu moins de 15% de sa production électrique, pouvait croire son réseau national suffisamment solide et n'envisageait pas de pannes à une telle échelle, même si RTE reconnaissait que "le risque zéro n'existe pas". L'une des pires pannes connues par le pays remontait à décembre 1978 : la défaillance d'un câble électrique à très haute tension (400.000 volts) reliant Nancy à Troyes avait provoqué la chute de l'ensemble du réseau reliant Paris à l'est du pays. Mais depuis, le réseau de transport d'électricité avait été étendu. Et  chaque année, le transporteur d'électricité RTE investit 600 millions d'euros pour améliorer le réseau.

Cette grande panne illustre le fait que la sécurité électrique en Europe s'est dégradée depuis plusieurs années à mesure que la consommation augmentait et que les investissements de production d'électricité ne suivaient pas. Régulièrement, pendant les périodes de froid intense ou de grosse chaleur, l'approvisionnement en électricité est menacé dans différents pays européens, forçant les fournisseurs à prendre des mesures exceptionnelles. Le chef du gouvernement italien Romano Prodi a d'ailleurs déploré dimanche l'absence d'une "autorité commune européenne" en matière d'électricité.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 05 novembre 2006 à 07:45
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32 Commentaires

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  • Jean, le 06/11/2006 à 12h03

    Franchement l'idée d'un réseau européenme semble inaproprié. Ce n'est pas par égoïsme que je dis ça, mais je considère que cette approche est très dangeureuse. Plus on agrandit la chaine de dominos plus les risques sont élévé de voir l'ensemble des dominos tomber. Cet exemple de samedi soir devrait nous ouvrir les yeux!

  • Alain, le 06/11/2006 à 11h36

    Ca n'empèche pas les electriciens européens de dépenser des milliards (par dizaines) pour jouer au monopoly en acquérant des concurrents en Europe et dans le monde au lieu d'investir dans la sécurisation du réseau tout en nous faisant passer à la caisse !

  • Euzenot-furiga, le 06/11/2006 à 09h11

    Après l'électricité : l'EAU ! un énorme contrat est en train d'être finalisé avec l'Espagne qui viendrait prélever de l'eau dans le Rhône pour l'acheminer via un canal vers un région agricole qui manque d'eau au Nord-Ouest de Madrid ! Qustion : Et les agriculteurs français ils ne manquent pas d'eau eux ? C'est uniquement les contrats faramineux (construction du canal, facturation de l'eau, possibilité pour les agriculteurs espagnols de pénétrer encore plus le marché européen, .....) qui comptent.

  • Bazin, le 06/11/2006 à 09h06

    A quoi ça sert l'Europe? Aujourd' hui à rien il faut avoir le courage de revenir à une Europe à 12.25,26, ou 30 cela est ingérable constition ou pas il faut accepter l'échec. La libéralisation des marchés de l'énergie tant voulu par Bruxelle et ses Technocrates prouve qu' à force de rentabilité les investisseurs reculent les investissements primordiaux (comme aux USA), les états ne controlent pas les accords avec ses sociétés, j'entends de voir la privatisation d'EDF et surtout ses conséquences même si actuellement EDF abuse de son monopole cela n'est rien par rapport au libéralisme sauvage de l'énergie.Faites attention de ne pas scier la branche sur laquelle nous sommes assis

  • Euzenot-furiga, le 06/11/2006 à 09h05

    Concrètement le réseau français n'a pas été physiquement affecté par le problème allemand, c'est uniquement une politique prédéfini de "solidarité" (et accessoirement commerciale) qui ont amené EDF à couper VOLONTAIREMENT l'approvisionnement de certains secteurs en France. Je le répète ces secteurs SONT DÉFINIS A L'AVANCE !!!! Ainsi nous avons pu constater que c'est l'est parisien (Pantin, Montreuil, 18, 19, 20ème, etc ...) qui a été délesté et non pas l'ouest (Neuilly, Passy, Auteil, Maillot, etc ...) de même ce sont les département de l'ouest (la Bretagne, ....) et non pas les industries pétro-chimiques de la vallée du Rhône qui ont été privé de courant.

  • Michel G, le 06/11/2006 à 07h07

    Tous le monde pleure, c'est la faute au gouvernement et patati et patata.... Quand on prendra conscience que l'on est dépendant et tributaire des technologies, on aura fait déjà un grand pas. Tout n'est pas perfectible, il y a des ratées... et puis bon, pas de courant, on allume les bougies, ça fait veillée, et pas de Star Academie à la télé (ou autre)...ouf...ça change..... Cette absence de courant est une bonne chose car elle nous fait simplement prendre conscience qu'un "petit rien" peut déstabiliser nos "petites vies". Notre capacité d'adaptation face à un imprévu est bien faible. C'est la faute au gouvernement tout ça ? Allez, si on se prenait un peu en mains...

  • Lesage, le 06/11/2006 à 06h23

    Ce n'est pas une autorité européenne qu'il faut, il faut que l'allemenagne prenne ses résponsabilités et doit elle aussi construire des centrales nucléaire. La france doit d'abord s'occuper de ses concitoyens avant les autres pays européens. Les autres pays peuvent aussi construire des centrales nucléaires.

  • Thomas, le 06/11/2006 à 02h53

    La seule reaction politique citée est une réaction bien socialo-socialiste. Au lieu de proposer plus de centrales nucléaires, les seules installation capable de garantir notre indépendance énergétique, mister Romani Prodi propose d'engager un bon 500 fonctionnaires supplementaire pour créer une vague autorité de régualation blablabla. Si il n'y avait que des fonctionnaires il n'y aurait pas beaucoup de courant.

  • Philippe, le 05/11/2006 à 23h43

    La plupart des entreprises qui avaient choisi de fuir le "monopole d'état" pour bénéficier des tarifs du marché concurrentiel sont revenus pleurer auprès du gouvernement... donc pas si mauvais que cela le service public parfois. Ensuite il y a comme une contradiction entre vouloir des tarifs réduits et ne pas accepter qu'une fois tous les 10 ans une coupure d'une heure en cas de pic exceptionnel.

  • Sachmo, le 05/11/2006 à 21h42

    Le continent européen, ne peut pas se croire à l'abri de pannes d'une ampleur comparable à celle de samedi. la France ne peut pas croire son réseau national suffisamment solide et n'envisageait pas de pannes à une telle échelle

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