
Dans un rapport remis lundi au Premier ministre, le Centre d'analyse stratégique (CAS), ancien Commissariat au Plan, propose la création d'une dotation financière pour les jeunes adultes. La mesure destinée à lutter contre les inégalités sociales est estimée à 1,5 à 2,5 milliards d'euros par an. Elle pourrait concerner soit tous les jeunes soit ceux issus de "familles pauvres".
Dans ce dernier cas, l'Etat verserait un certain montant chaque année sur le compte d'un enfant "pauvre" de sa naissance à sa majorité. Le CAS préconise de verser par exemple 500 euros pour les enfants vivant dans un ménage pauvre, (famille dont le revenu est inférieur à 60% de la médiane des revenus) et de 500 euros pour les enfants vivant dans les ZUS (zone urbaine spécialisée). Les enfants cumulant les deux critères ou bien les enfants placés à la DASS pourraient se voir attribuer jusqu'à 1000 euros par an. Lors de leur dix-huitième anniversaire, ces jeunes adultes pourraient disposer de cet argent, jusqu'à 18.000 euros auxquels s'ajoutent les intérêts. La CAS estime que ce montant pourrait atteindre 23.000 euros.
Des aides même si papa est millionnaire
La deuxième hypothèse présentée par le rapport est d'allouer cette allocation à tous les jeunes sans prendre en compte les ressources des parents. L'unique critère serait d'avoir résidé suffisamment longtemps sur le territoire national. Dans ce cas, le pécule se situerait entre 1000 et 4000 euros.
Dernier cas de figure envisagé : une allocation universelle destinée à financer les études, couplée à un prêt. Ce système existe déjà dans la plupart des pays scandinaves et notamment au Danemark. "Contrairement à la France, où les bourses sont accordées en fonction du revenu des parents, au Danemark, les aides et prêts sont attribués à tous les étudiants", explique Cécile Van de Velde, maître de conférence en sociologie à l'université de Lille et auteur d'un article sur la dépendance économique des jeunes adultes européens.
Solidarité familiale contre indépendance des jeunes adultes
Concrètement, les jeunes Danois ne vivant plus chez leurs parents peuvent bénéficier de 916 euros par mois (606 euros de bourse et 310 au titre de prêt) et ce pendant 72 mois. (ceux vivant chez leur parent bénéficient de 612 euros par mois). Les étudiants gèrent cet argent à leur guise : ils peuvent le percevoir pendant deux ou trois ans puis décider de travailler ou de voyager et reprendre ensuite leurs études et toucher à nouveau une aide de l'Etat. "Quel que soit le revenu de leurs parents, les jeunes Danois peuvent être indépendants et surtout, ils ne sont pas obligés d'avoir un parcours linéaire et de mener leurs études d'un seul bloc comme en France", souligne Cécile Van de Velde.
Les suggestions du rapport du CAS ne rompent pas avec la tradition française de solidarité familale puisque l'allocation aiderait les jeunes défavorisés. Elles viendraient cependant réduire une inégalité. Ces propositions ne sont toutefois pas du goût de l'Union des Familles en Europe qui estime que, les jeunes vivant plus longtemps qu'avant chez leurs parents, il serait judicieux de continuer à verser les allocations familiales jusqu'aux 22 ans du jeune et non pas jusqu'à 20 ans comme aujourd'hui. Une proposition qui n'aidera pas à favoriser l'indépendance des jeunes adultes.
Pour en savoir plus sur le système de la "dotation financière"
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