Image d'archives © LCIY'a-t-il une part d'irrationnel dans l'acte de s'endetter pour les vingt ou trente prochaines années, d'être prêt à consacrer à son logement la part la plus importante de ses revenus, sans même savoir si le bien se revendra avec une plus-value, ou même si la personne avec qui l'on emprunte sera toujours là dans quelques années ? C'est la question que pose une étude rendue publique mardi par l'organisateur du Salon national de l'immobilier*.
Accession à la propriété : Sarkozy présente sa réforme
Nicolas Sarkozy doit annoncer mardi le nouveau dispositif du gouvernement pour favoriser l'accession à la propriété, en remplacement du crédit d'impôt sur les intérêts d'emprunt.
Publié le 13/09/2010
90% des Français estiment que devenir propriétaire de leur logement est la priorité numéro un. "Pour cela, ils n'hésiteront pas à contracter des emprunts sur 20, 30 ou 40 ans alors que les couples envisagent de moins en moins de se marier et que, même mariés, un couple sur trois (un sur deux à Paris), finira par se séparer", note Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre spécialisé dans les questions de couple et auteur de l'étude. "Il y a une sorte de schizophrénie entre l'engouement pour l'immobilier d'une part et la fragilité des couples de l'autre". Car si l'on achète, c'est en couple : "la part des célibataires dans les accédants à la propriété est très stable", selon Pierre Cain, professeur de droit spécialisé dans les questions immobilières à l'Université Paris XII
Un point d'ancrage dans le tourbillon
Comment alors expliquer ce paradoxe ? L'insousciance des débuts ? "Pas seulement. Il s'agit de combler une peur", estime J-A Malarewicz. "Avoir un lieu de vie à soi est devenu un besoin archaïque, c'est-à-dire que c'est un besoin qui ne se justifie pas, et qui, pour être comblé, nécessite des sacrifices". Dans cette étude, le psychiatre développe l'idée que la notion de temps a changé : les gens vivent dans une sorte d'éternel "jeunisme", et le temps n'est plus qu'une succession d'instants. "La référence devient donc l'espace, le territoire". "Les Français sont de plus en plus nomades mais pour parler de nomadisme, il faut un point d'ancrage et celui-ci est la maison".
La famille étant fragile, on lui préfère la notion de clan ou de tribu et "le loft, espace ouvert par excellence est le lieu où le clan peut se retrouver et s'épanouir", estime Jacques-Antoine Malarewicz. Selon l'étude toutefois, la maison rassure davantage que l'appartement car elle semble plus ancrée dans la durée et comble le désir d'avoir un bout de terrain à soi.
L'appât du gain est hasardeux
"Ce besoin de posséder son logement est assez nouveau", enchérit Pierre Cain, "au 19e siècle, l'essentiel des Français étaient locataires", rappelle-t-il. Ce ne serait que dans les années 50-60, avec l'appui de l'Etat et des crédits logement, que les Français se sont lancés dans l'achat ou la construction. "C'était, à l'époque, le symbole de la réussite sociale".
Passé un certain âge, la nécessité d'avoir un toit à soi, répond à la crainte d'arriver à la retraite en étant toujours locataire de ne plus pouvoir faire face. Le manque de confiance dans le système des retraites abonde dans ce sens.
Quant à l'appât du gain, s'il n'est pas irrationnel, il est en tout cas hasardeux : les prix sont aujourd'hui élevés et "les exigences grandissantes en matière d'énergie et de conformité dévalorisent les logements en anciens", selon Pierre Cain. Par ailleurs, même si les emprunts sont longs, les biens sont revendus en moyenne au bout de sept ou huit ans, à un moment où le foyer a surtout remboursé les intérêts de l'emprunt et peu de capital. Bref, si les Français réfléchissaient, ils ne se marieraient pas puisque statistiquement, ils ont peu de chance de finir dans le même caveau que leur conjoint, ils n'achèteraient pas de logement parce que c'est trop cher, ne feraient pas d'enfant (et surtout pas de troisième car c'est souvent à ce moment que les couples se séparent) etc. Heureusement, l'homme n'est pas rationnel.
* Le Salon national de l'immobilier se tiendra du 22 au 25 mars au Palais des congrès de Paris.
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