Devenir propriétaire, un acte irrationnel ?

Par , le 23 janvier 2007 à 13h07 , mis à jour le 23 janvier 2007 à 16h08

Prix du bien, taux d'intérêt et marché sont des éléments objectifs de l'opportunité d'acheter un bien immobilier. Une étude s'est intéressée à la part irrationnelle de l'accession à la propriété.

Immobilier location vente logement immeubleImage d'archives © LCI

Y'a-t-il une part d'irrationnel dans l'acte de s'endetter pour les vingt ou trente prochaines années, d'être prêt à consacrer à son logement la part la plus importante de ses revenus, sans même savoir si le bien se revendra avec une plus-value, ou même si la personne avec qui l'on emprunte sera toujours là dans quelques années ? C'est la question que pose une étude rendue publique mardi par l'organisateur du Salon national de l'immobilier*.

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90% des Français estiment que devenir propriétaire de leur logement est la priorité numéro un. "Pour cela, ils n'hésiteront pas à contracter des emprunts sur 20, 30 ou 40 ans alors que les couples envisagent de moins en moins de se marier et que, même mariés, un couple sur trois (un sur deux à Paris), finira par se séparer", note Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre spécialisé dans les questions de couple et auteur de l'étude. "Il y a une sorte de schizophrénie entre l'engouement pour l'immobilier d'une part et la fragilité des couples de l'autre". Car si l'on achète, c'est en couple : "la part des célibataires dans les accédants à la propriété est très stable", selon Pierre Cain, professeur de droit spécialisé dans les questions immobilières à l'Université Paris XII

Un point d'ancrage dans le tourbillon

Comment alors expliquer ce paradoxe ? L'insousciance des débuts ? "Pas seulement. Il s'agit de combler une peur", estime J-A Malarewicz. "Avoir un lieu de vie à soi est devenu un besoin archaïque, c'est-à-dire que c'est un besoin qui ne se justifie pas, et qui, pour être comblé, nécessite des sacrifices". Dans cette étude, le psychiatre développe l'idée que la notion de temps a changé : les gens vivent dans une sorte d'éternel "jeunisme", et le temps n'est plus qu'une succession d'instants. "La référence devient donc l'espace, le territoire". "Les Français sont de plus en plus nomades mais pour parler de nomadisme, il faut un point d'ancrage et celui-ci est la maison".

La famille étant fragile, on lui préfère la notion de clan ou de tribu et "le loft, espace ouvert par excellence est le lieu où le clan peut se retrouver et s'épanouir", estime Jacques-Antoine Malarewicz. Selon l'étude toutefois, la maison rassure davantage que l'appartement car elle semble plus ancrée dans la durée et comble le désir d'avoir un bout de terrain à soi.

L'appât du gain est hasardeux

"Ce besoin de posséder son logement est assez nouveau", enchérit Pierre Cain, "au 19e siècle, l'essentiel des Français étaient locataires", rappelle-t-il. Ce ne serait que dans les années 50-60, avec l'appui de l'Etat et des crédits logement, que les Français se sont lancés dans l'achat ou la construction. "C'était, à l'époque, le symbole de la réussite sociale".

Passé un certain âge, la nécessité d'avoir un toit à soi, répond à la crainte d'arriver à la retraite en étant toujours locataire de ne plus pouvoir faire face. Le manque de confiance dans le système des retraites abonde dans ce sens.

Quant à l'appât du gain, s'il n'est pas irrationnel, il est en tout cas hasardeux : les prix sont aujourd'hui élevés et "les exigences grandissantes en matière d'énergie et de conformité dévalorisent les logements en anciens", selon Pierre Cain. Par ailleurs, même si les emprunts sont longs, les biens sont revendus en moyenne au bout de sept ou huit ans, à un moment où le foyer a surtout remboursé les intérêts de l'emprunt et peu de capital. Bref, si les Français réfléchissaient, ils ne se marieraient pas puisque statistiquement, ils ont peu de chance de finir dans le même caveau que leur conjoint, ils n'achèteraient pas de logement parce que c'est trop cher, ne feraient pas d'enfant (et surtout pas de troisième car c'est souvent à ce moment que les couples se séparent) etc. Heureusement, l'homme n'est pas rationnel.

* Le Salon national de l'immobilier se tiendra du 22 au 25 mars au Palais des congrès de Paris.

Par Sophie Lutrand le 23 janvier 2007 à 13:07
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32 Commentaires

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  • MT, le 25/01/2007 à 14h28

    Je trouve cet article assez révélateur de la situation de l'immobilier actuellement. Le secteur est en sur-régime depuis plus d'un an déjà et je plains celui qui décide d'acquérir un bien en ce moment. Le krach est inévitable.

  • Ludo, le 25/01/2007 à 00h12

    Cette étude est un peu surprenante car elle se base sur une hypothèse iréelle: les gens vivent et planifient leur vie de façon rationelle. Ce qui est (heureusement) rarement le cas! En effet, si on compare les chiffres (c'est encore plus vrai à Sydney qu'en France mais certaines régions nous ratrappent), il est plus logique de louer pendant qu'on est jeune: Bas salaire, beaucoup de frais à la charge du propriétaire, les taux d'interêt pour les emprunts sont assez élevé, il faut prendre des crédits sur 30 ans (une maison 3 chambre coûte ici ?500,000 mini) et les intéréts sur les placements sont avantageux (6% a court terme). Mais cela suppose que les locataire épargnent la différence mais l'expérience montre que ce n'est pas le cas. Les locataires sont, en général plus dépensiers que les propriétaires. Peut-être pour combler le manque d'assurance que représente un maison et sans doute parce que les crédits à la consommation sont moins long à rembourser que les crédits immobiliers (du moins sur le papier). Bilan, les gens achètent quand ils sont jeunes et quand ils en ont moins les moyens. Et puis être propriétaire, c'est aussi un signe d'indépendance.

  • Gérald, le 24/01/2007 à 21h07

    Article intéressant qui aborde le sujet différement que l'approche neuneu "quand on loue on perd de l'argent alors que quand on achète on en gagne".. avec l'augmentation des prix à l'achat, la relative stabilisation des locations et le début de la remontée des taux il est en effet assez sensé de se poser la question sur la réel opportunité d'acheter actuellement..si on enlève l'approche "affective" on ayant une approche purement financière il apparait assez risqué de prendre comme support d'investissement l'immobilier ( en dehors des personnes à forte imposition pouvant jouer avec les dispositif de déduction fiscale )

  • Laurent78, le 24/01/2007 à 13h35

    Il y a surtout pas trop le choix. Il est impossible de louer ou d'acheter seul (en tout cas sur Paris) alors forcément on doit s'y mettre à deux et sur de très longues durées. Par contre, les intérêts actuels coutent très cher, quasiment la somme empruntée sur 25 ans et pas déductible des impots, ça n'est pas normal ! :(

  • MATT, le 24/01/2007 à 12h04

    Que ferons nos enfants? achetez des studios dans 10 ans à 400 000 euros à paris? vous trouez ça normal? non c'est irrationnel, vivement que cette bulle immobilière explosequ'on reparte sur de bonne bases.

  • David, le 24/01/2007 à 10h41

    Je suis entiérement d'accord avec habitas cagnés , c'est la crainte de l'avenir.

  • NOAH, le 24/01/2007 à 10h39

    Tout intérêt à être propriétaire que se soit pour la vie ou 5, 10.... ans, au moins on récupère au minimum son argent a la vente, "pour info il n'y a pas de frais de notaire lors de la vente pour le VENDEUR" ; de plus comme vous le signalait le montant de la location revient pratiquement à un remboursement du montant du prêt, seule différence au bout de 20 ans : FINI le remboursement du prêt, ok il y a des travaux mais ça ne reviendra pas au prix de la location pour le reste de votre vie. Pour Martin de Mouzens, concernant les voisins, vous en avez aussi quant vous êtes locataires. Pour ma part aucune hésitation il faut acheter et le plus tôt possible.

  • Bart, le 24/01/2007 à 10h07

    Depuis la semaine dernière on commence tout doucement à préparer l'opinion sur le thème de la fin de la fiesta dans l'immobilier ! En gros, les prix ont tellement été poussés à la hausse par des acheteurs prêts à acheter n'importe quoi à n'importe quel prix pour ne pas finir leur vieux jours dans un tente rouge fournie par les enfants de Don Quichotte (ne criez pas c'est de l'humour...) qu'ils sont devenus gênants. Je m'explique: pour tous ceux qui vivent ou profitent de l'immobilier (agents immo, notaires, banquiers, promoteurs et bien sûr l'Etat qui s'est gavé comme jamais sur les frais de mutation) la hausse vertigineuse combinée à des volumes importants leurs ont permis de gagner des montagnes de fric. Le seul hic c'est que lorsqu'on a trop soutenu des prix exorbitants, au bout d'un (long) moment, il ne reste plus grand monde qui veut et peut encore suivre...d'où un ralentissement des ventes...d'où nécessité absolue de dégonfler la bulle crée. De plus, les hausses de prix dans l'immo ont tjs suivi les hausse du PIB (autrement dit du pouvoir d'achat). Le "petit" pb c'est que depuis la reprise de la hausse en 1998 à nos jours les prix en moyenne ont pris 120% alors que le PIB lui a augmenté seulement de 30%. Cette situation est terriblement préocupante et suffirait presque à elle seule à expliquer pour les prix vont irrémédiablement continuer de baisser dans les années à venir. Pour conclure, je suis sincèrement écoeuré par l'Etat qui a TOUT fait pour soutenir ce marché (changement du droit des successions et des donnations, plafond du prêt à taux 0% relevé par 3 fois, etc) pour garder le seul moteur de la sacro-sainte croissance.... sauf que derrière les chiffres il y aura des dizaines voire des centaines de milliers de ménages (toujours les plus faibles et les moins aisés comme d'habitude) qu'on va sacrifier pour faire tourner la boutique...Merci de me publier !

  • Arnaud, le 24/01/2007 à 09h05

    Acte irrationnel? avec mon épouse, nous sommes tous deux originaires du nord lorsque nous sommes partis, pour des raisons professionnelles en région parisienne (quand on est dans la police, c'est bien souvent la première affectation).Après avoir été locataires pendant deux ans à raison de 600 euros mensuels nous avons acheté notre maison (avec travaux offerts)donc vingt ans à 750 euros mensuels en doublant notre surface de vie. Nos familles respectives nous ont pris pour des tarés mais après trois ans de "bons moments": impot foncier, chaudière qui lâche quand les impots arrivent,vacances passées à carreler, ... nous avons "enfin" été mutés dans notre région entraînant la vente de notre chère maison. Désormais, le bénéfice de cette maison nous a permis d'acheter un appartement cash chez nous, pensez-vous qu'à 30 ans, être propriétaire de son appart sans avoir de prêt à payer. Quel est l'acte le plus irrationnel, se lancer en espérant avoir un peu de bol ou rester locataire à vie sans rien laisser à nos enfants?

  • Rose, le 24/01/2007 à 08h27

    Il est vrai que payer un loyer , c'est à fond perdu, il est vrai que tout à chacun souhaite avoir son chez soi !!!!! Mais a t-on vraiment le choix, et bien ne vous en déplaise messieurs les psys, nous sommes locataires dans le secteur privé, car nous n'avons pas droit à un logement social, nous sommes ni riches ni pauvres, nous sommes juste au milieu, et pour nous impossible d'acheter, les prix sont IRRATIONNELS, ici dans le SUD, mais personne ne fait rien, et si cela continue, à la retraite nous n'aurons qu'un toit de mobilhome sur la tête, certes nous avons encore quelques années, mais le temps passe très vite !!!! ROSE

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