© LCILe courtier Capfi propose des emprunts immobiliers à plus de 50 ans depuis la semaine dernière. Il s'est associé à la banque espagnole Kutxa pour lancer ce produit jusqu'alors inexistant en France. En 2005, la durée moyenne d'un emprunt était de 16 ans, selon la Fédération bancaire française. Aujourd'hui, elle serait de près de 18 ans. Nous sommes encore loin du demi-siècle de remboursement mais c'est une percée.
Philippe Taboret, directeur marketing et développement de Capfi |
Le principe du prêt à 50 ans est de permettre soit d'emprunter plus soit d'avoir de plus petites mensualités. En France, les banques font toutes la même chose : elles profitent des emprunt immobilier pour attirer une clientèle solvable qu'elle essaiera de garder très longtemps. Tous ceux qui ont des emplois précaires, pas de patrimoine, n'ont pas accès à l'emprunt pour le moment. Prenons un exemple : si j'emprunte 150.000 euros sur 20 ans au taux de 4%, je rembourserai 913 euros par mois. Ce qui veut dire que je dois gagner environ 3000 euros par mois pour y arriver. Si j'emprunte la même somme sur 50 ans -avec un taux de 4,8% car la période est plus longue- je rembourserai 670 euros par mois. Pour cela, le salaire du foyer ne doit plus être que de 2200 euros par mois. Par ailleurs, même si un jeune gagne bien sa vie, il n'a pas forcément envie de restreindre son budget sorties ou voyages pour devenir propriétaire. Il ne faut pas imaginer que les gens vont réellement rembourser pendant 50 ans. Aujourd'hui, en moyenne, les Français revendent leur bien tous les 8 ou 10 ans. En même temps ils soldent leur crédit. Et même si les prix augmentent moins que ces dernières années, il y a encore des plus-values à faire. Il s'agit de proposer de devenir propriétaires à des personnes qui ne penseraient pas en être capables. C'est vrai que 50 ans, ça donne le vertige mais cela va rentrer dans les mœurs. Je suis sûr que les autres banques ne tarderont pas à suivre. |
| Thierry Saniez, délégué général de l'association de défense des consommateurs CLCV. |
Sur le principe, nous ne sommes pas hostiles. Mais il faut être vigilant sur trois points. Tout d'abord, il faut bien regarder combien va coûter le crédit. Par exemple, si j'emprunte 150.000 euros sur 30 ans avec un taux de 4%, je rembourserai 257.760 euros. Sur 50 ans, au total j'aurais payé 347.400 euros. Deuxièmement, ces prêts fonctionnent avec des taux variables et nous sommes plutôt sur une tendance à la hausse des taux d'intérêt. Le coût de l'emprunt risque d'augmenter. Enfin, en 50 ans, il est possible de connaître des aléas dans sa vie professionnelle ou privée, licenciement, divorce, maladie. Il faudra vendre le bien et prendre un nouveau crédit : nous souhaiterions que les banques évoluent et permettent de changer de bien sans forcément changer de crédit. Il faut se méfier des perspectives de plus-values. En Espagne, d'où viennent ces prêts à 50 ans, le marché immobilier a été considéré comme spéculatif par la Coface qui engage à se méfier. L'arrivée de ces prêts en France pourrait permettre de rendre solvable des foyers qui ne l'étaient pas, onc de soutenir les prix à la hausse et éventuellement de créer une bulle immobilière. Enfin, le prêt à 50 ans est sans doute un produit d'appel pour cette banque espagnole qui souhaite pénétrer le marché français. |
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