Le ministère de l'Economie et des Finances © TF1/LCILCI.fr : Ségolène Royal trouve "intéressante" l'idée d'un impôt sur l'exil fiscal. Le fisc français est-il investi de compétences extraterritoriales ?
Philippe Bruneau : La réponse est non. La France, en tant que membre de l'Union européenne, a signé le Traité de Rome de 1957. Ce traité garantit le libre choix du lieu de séjour ou d'établissement. On contrarierait ce choix par une telle taxation si les revenus qui n'ont pas leur source en France devaient être soumis à l'impôt français. En outre, la France a signé des conventions fiscales de non double imposition. Et ces conventions attribuent à l'Etat de résidence le pouvoir de taxer les revenus, ne laissant à la France qu'un droit résiduel d'imposer les revenus de source française à un taux forfaitaire.
LCI.fr : Cela signifie-t-il qu'il est impossible de taxer l'exil fiscal ?
P.B. : La France fait usage de ce droit résiduel que je viens d'évoquer. Il existe en effet déjà des retenues à la source sur les revenus de source française. Celles-ci s'élèvent en général aux alentours de 15%. Ainsi, Johnny Hallyday paye 15% de taxes sur ses prestations réalisées en France, même s'il réside en Suisse. La seule marge de manoeuvre de Ségolène Royal, c'est augmenter le taux de ce prélèvement et de le faire passer à 20%, 25%, voire plus.
"Il me semble
impossible,
dans les faits,
de faire la différence
entre l'exilé fiscal
et la personne expatriée pour des raisons professionnelles".
LCI.fr : Ségolène Royal affirme dans Paris Match que "tous les citoyens américains expatriés paient l'impôt aux Etats-Unis ".
P.B. : Premièrement, les Etats-Unis ne font pas partie, que je sache, de l'Union européenne. Deuxièmement, les Etats-Unis ont un principe constitutionnel qui fait passer la législation américaine avant les conventions internationales. En France, c'est l'inverse : les conventions internationales ont une valeur supranationale. Les Etats-Unis ne sont donc pas du tout dans le même cas de figure que la France.
LCI.fr : La candidate socialiste veut taxer uniquement les exilés fiscaux et non l'ensemble des expatriés. Est-ce possible ?
P.B. : Cette distinction me semble impossible à mettre en œuvre dans les faits. Comment faire la différence entre une personne qui s'expatrie, parce qu'elle est mutée professionnellement à l'étranger, et celle qui veut fuir la sévérité de notre système fiscal ?
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