© DRLCI.fr : La défiscalisation de l'intérêt des emprunts immobiliers va-t-elle permettre de créer une "France de propriétaires" ?
Geoffroy Bragadir (président du directoire d'Empruntis, spécialiste du crédit immobilier) : Ça donnera sans doute un coup de pouce mais je vois deux freins à l'effet incitatif de cette mesure. D'abord, la question des prix : il est possible que cela pousse un peu les prix à la hausse. Surtout dans l'ancien d'ailleurs car dans le neuf, les prix suivent ceux du foncier. Avant 1986, les emprunteurs avaient bénéficié de mesures à peu près similaires et cela n'avait pas particulièrement fait augmenter les prix. Mais cette fois-ci, la demande est forte et le marché plus tendu.
Nous avions prévu une baisse de 2% des prix de l'immobilier en 2007, nous allons les réviser et il est possible que nous tablions plutôt sur une hausse comprise entre 1 et 2%. Mais ce sera limité ; nous ne sommes pas au niveau des dernières années où les hausses dépassaient 10%. Il est donc possible que l'impact de la réforme soit en partie absorbé par une hausse des prix.
Ensuite, il est possible que les banques ne prendront pas en compte cette réduction d'impôts dans le calcul du taux d'endettement des ménages (au maximum 33% du revenu disponible, ndlr). Dans un premier temps, grâce à la défiscalisation, ils auront un budget un peu plus important mais cela ne durera pas puisque la mesure ne concerne que les cinq premières années de l'emprunt.
LCI.fr : Les Français qui ne sont pas encore propriétaires vont-ils être incités à franchir le pas ?
G.B : Ce qui me paraît le plus étonnant, c'est que la réforme s'applique aux résidences principales et non pas seulement aux primo-accédants. A l'origine, il s'agissait d'augmenter le nombre de propriétaires. Ceux qui le sont déjà ont moins besoin de coup de pouce.
LCI.fr : Une hausse des taux d'intérêts pourrait-elle rendre moins sensible cet "appel d'air" fiscal ?
G.B : On peut en tout cas comparer l'impact de la réforme en points de taux d'intérêt. Alors que le taux d'intérêt moyen aujourd'hui sur 20 ans est de 4,3%, grâce à la réforme voulue par Nicolas Sarkozy, c'est comme s'il était ramené à 4%. Et même si la BCE continue à augmenter ses taux directeurs pour prévenir tout risque inflationniste, cela ne devrait pas avoir un effet immédiat sur les taux fixes. Sur les taux variables, si.
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