Les banques centrales au secours des marchés financiers

le 10 août 2007 à 12h45 , mis à jour le 10 août 2007 à 20h32

Les banques centrales européenes et américaines notamment ont injecté des dizaines de milliards de dollars dans le circuit monétaire en deux jours.

BCE Banque centrale européenne Francfort conseil des gouverneurs 2003

La Banque centrale européenne a  de nouveau envoyé un signal fort vendredi pour rassurer les marchés inquiets de  la crise du crédit à risques aux Etats-Unis en procédant pour le deuxième jour  consécutif à une injection massive de liquidités. La BCE a mis cette fois-ci 61,05 milliards d'euros à la disposition des  banques via à un appel d'offre rapide sur trois jours. La veille, elle avait  déjà injecté 94,8 milliards d'euros pour remédier à une pénurie de liquidités.

Jamais la banque centrale n'avait mis à disposition autant d'argent sur le marché : au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, elle avait injecté 69,3  milliards d'euros, puis 40,3 milliards. Dans la foulée, les Bourses de Paris et de Londres ont plongé de plus de 3%, comme elles l'avaient déjà fait la veille.

Les banques hésitent à se prêter mutuellement de l'argent

Extrêmement tendu jeudi, le marché semblait se calmer. En début  d'après-midi, le taux d'intérêt interbancaire en zone euro - la prime réclamée  par les banques pour se prêter mutuellement de l'argent - tournait autour de  4,10% alors qu'il avait grimpé jusqu'à 4,7% la veille. La crise du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis, ou "subprime",  s'étend inexorablement, du marché crédit, à celui du pétrole et même au marché  interbancaire. En clair, les banques de la zone euro, échaudées par la crise du crédit,  hésitent à se prêter mutuellement de l'argent.

La nervosité est montée en flèche jeudi sur les marchés financiers après  l'annonce par BNP Paribas du gel de trois fonds adossés sur des crédits à  risque.  Signe de l'ampleur de la crise, les banques centrales ont décidé d'agir de  manière concertée. La Réserve fédérale américaine (Fed) a injecté plusieurs milliards de dollars, tout comme la Banque d'Angleterre (BoE), la Banque  nationale Suisse et celles du Japon (BoJ), d'Australie, de Norvège et du Canada. La Fed de New York a précisé que les sommes apportées depuis trois jours  étaient les plus importantes depuis le 14 septembre 2001, lorsque la Fed avait  injecté 81,25 milliards de dollars dans le système financier américain après les  attaques du 11-Septembre.

"Les conséquences ne vont pas rester limitées aux marchés financiers"

"J'avais dit, le jeudi 2 août que nous allions continuer à prêter  grande attention aux développements des marchés dans la période à venir. C'est  ce que nous avons fait depuis et ce que nous faisons en donnant aux marchés les  liquidités appropriées", a justifié le président de la BCE, Jean-Claude Trichet,  dans une interview publiée vendredi soir sur le site internet du quotidien  régional Ouest France.

La question qui est sur toutes les lèvres est à présent de savoir où va  s'arrêter le cyclone, alors que les incertitudes planent sur les pertes exactes  que la crise du "subprime" va entraîner pour les banques touchées. Et "s'il y a une chose que les marchés détestent, c'est l'incertitude", souligne Gilles Moec, chef économiste de Bank of America. "Les conséquences ne vont pas rester limitées aux marchés financiers",  avertit Jörg Krämer, chef économiste de la Commerzbank. "La conjoncture aux Etats-Unis, et donc dans le monde, va encore longtemps souffrir des suites  négatives".

La BCE a "simplement agi par précaution"

Pour certains observateurs, la tourmente actuelle pose de sérieuses  questions sur le cycle de resserrement monétaire de la BCE, entamé fin 2005. Mais la grande majorité des analystes estime pour l'instant que l'institut  monétaire ne fera pas machine arrière après avoir clairement fait comprendre  qu'il allait encore relever ses taux en septembre. Ils parient plutôt sur un  statu quo par la suite avant éventuellement, si la situation s'aggrave, des  baisses de taux.

La BCE voit toujours des tensions inflationnistes liées à la croissance  robuste en zone euro. Et elle a multiplié les déclarations rassurantes sur les  remous actuels sur le marché, parlant de "tensions passagères". "Le geste d'hier n'indique absolument pas que la BCE songe d'ores et déjà à  arrêter son cycle de durcissement monétaire ou à engager un cycle de baisse de  taux. Elle a simplement agi par précaution", notait entre autres Peter Müller,  de la Commerzbank.

D'après agence

le 10 août 2007 à 12:45
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