Noël: nos cadeaux sont-ils programmés pour mourir?

Par MORBOIS Stéphanie, le 19 décembre 2007 à 12h00 , mis à jour le 20 décembre 2007 à 09h58

Enquête -Chaque année à Noël, on achète et on jette des produits électriques et électroniques jugés de moins en moins résistant. Hasard ou stratégie marketing?

Le père Noël/TF1Le père Noël © TF1

Qu'un yaourt ou du jambon ait une date de péremption ne choque personne. Mais si votre GPS, tondeuse à barbe, appareil photo numérique ou téléphone portable avaient une durée de vie limitée?  Et si les industriels concevaient sciemment des produits programmés pour mourir de manière à vous faire sans cesse consommer davantage? La question de l'obsolescence programmée se pose.

"C'est quelque chose qui se dit depuis longtemps mais qui n'est pas démontré. C'est très difficile de chiffrer la durée de vie des produits", selon Denis Vicheras, directeur du développement durable à la FNAC. "Mais il est vrai que les produits premiers prix qui ne portent pas de marque connue ont une durée de vie plus faible du fait notamment des conditions de fabrication trop légères", juge-t-il.

Nicolas Buclet, directeur du Centre de recherches et d'études interdisciplinaires sur le développement durable (CREIDD) est beaucoup plus affirmatif. Pour lui, l'obsolescence programmée existe. C'est "une question de survie pour l'entreprise". Dans notre "système économique global" où une entreprise doit sans cesse vendre plus pour gagner plus, "si le bien dure trop longtemps, vous voyez le problème que ça pose", lance-t-il. "Ça serait logique pour une entreprise de le faire", ajoute-t-il.

Acheter et jeter

S'il reconnaît qu'il est difficile de donner des cas concrets, on peut traquer l'obsolescence programmée du côté des objets plus facile à jeter qu'à réparer. Il cite l'exemple des tondeuses à barbe d'une grande marque où dans bien des cas la batterie est soudée. Si une pièce défaille, l'ensemble de l'appareil est à mettre à la poubelle. "Le fait de sciemment la souder signifie qu'on ne veut pas que la tondeuse dure plus longtemps que la batterie", analyse-t-il. Dans certains cas, réparer une pièce est possible mais coûte plus cher qu'un appareil neuf. On peut là aussi y voir un cas d'obsolescence programmée. Même cas de figure pour des imprimantes vendues moins chères avec une cartouche d'encre qu'une cartouche de rechange vendue seule. 

Selon Nicolas Buclet, l'obsolescence programmée peut aussi se nicher de manière indirecte dans les "fausses innovations" constamment proposées aux consommateurs. "On pousse les gens à avoir de nouvelles fonctionnalités. On crée de faux nouveaux besoins, sur les téléphones portables par exemple". SMS, photos, Internet, autant de "besoins gadgets" créés par les industriels dans le but de vendre. "Les innovations marketing sont telles que les produits deviennent obsolètes d'eux-mêmes", poursuit-il. Qui en effet n'a jamais remisé au placard un téléphone portable qui fonctionne encore mais qui n'offre pas la dernière fonction jugée indispensable. L'exemple du SMS est probant. Aujourd'hui rares sont ceux qui se passent de textos, devenus un nouveau mode de communication urbain.

Augmenter la durée de vie

L'obsolescence n'est pas seulement un souci pour le portefeuille du consommateur qui achète, jette, achète, jette sans fin. Elle est aussi un souci pour l'environnement en créant chaque année des montagnes de déchets électriques et électroniques. Si l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) ne se prononce pas sur la question d'une éventuelle date de péremption volontaire et secrète sur les produits, elle planche en revanche avec les industriels sur des moyens d'augmenter la durée de vie de nos objets.

"On réfléchit sur l'éco-conception avec notamment les éco label (durabilité du produit, pièce détachée). On a par exemple travaillé sur la robustesse d'un aspirateur Rowenta dont la durée de vie est accrue du fait qu'il soit beaucoup plus résistant aux chocs", explique Sarah Martin, chargée des déchets d'équipements électriques et électroniques ménagers (DEEE) à l'Ademe. 

"Inventer une économie plus intelligente" est selon Nicolas Buclé la solution pour sortir de ce système. Il prône l'économie de fonctionnalité, un système dans lequel "moins je produis d'unité, plus je propose de service". Un système dans lequel Michelin ne facture plus le pneu mais le nombre de kilomètres parcourus. Une méthode qui permettrait de lutter radicalement contre l'obsolescence programmée puisque l'industriel est responsable du service après-vente. Il y a néanmoins peu de chance qu'elle soit adaptée un jour à nos petits appareils électriques et électroniques.

Acheter, recycler, acheter...

Les petits appareils hi-tech, très plébiscités pour les cadeaux de fin d'année figurent parmi les produits les plus mal recyclés. "Ce sont ceux qui reviennent le plus mal dans les centres de tri", explique Christian Brabant, directeur général d'Eco-systèmes, un éco-organisme de recyclage. Le consommateur ignore parfois que, même petits, ces appareils peuvent être traités. Depuis un an et la création de la filière de collecte et de traitement des déchets d'équipements électriques et électroniques ménagers (DEEE), le producteur est obligé de prendre en charge l'élimination de son produit une fois hors d'usage, le distributeur a de son côté l'obligation de reprendre gratuitement l'ancien appareil lors de la vente d'un nouvel équipement. Le consommateur peut aussi déposer son appareil dans un point de collecte sélective, ou, si l'appareil fonctionne encore, se tourner vers l'économie solidaire en donnant par exemple son appareil à Emmaüs qui lui rendra une seconde vie. Un an après sa mise en place, le DEEE est un succès. Il a permis de collecter trois fois plus de déchets électroniques. Un bilan qui fait de la France "le meilleur élève européen", selon Denis Vicheras. L'objectif de collecte de 4 kg par an et par habitant est presque atteint.


 
 
Par MORBOIS Stéphanie le 19 décembre 2007 à 12:00
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18 Commentaires

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  • ATHENA, le 20/12/2007 à 19h38

    Personnellement, je suis décue par la mauvaise qualité des produits, au fil des mois je constate que les produits que j'avais pour habitude d'acheter se dégradent. DONC! je CONSOMME MOINs!! Le pouvoir d'achat en baisse + la mauvaise qualité,J'ECONOMISE!!!!!!!!!!!!!!!!!

  • Na, le 20/12/2007 à 15h48

    J'ai vendu du composant electronique qui était programmé pour cramé après 1000 ou 1500 utilisations selon la demande des marques (grande marque je précise) pour les composants non programmables ont les moules sur des cartes ou bloc ce qui fait que le changement de la piece defectueuse devient plus cher que le produit - cela fait plus de 20 ans - et si vous connaissiez les marques vous en tomberiez de tres haut - autant acheté du bas prix qui sort des memes usines - et qui dure autant de temps - au prix ou vous l'achetez cela devient rentable

  • Miss Yanick, le 20/12/2007 à 13h59

    J'avais un four micro-onde que j'avais acheté il y a plusieurs années et qui s'est brisé exactement 2 jours avant la fin de la garantie! Ma garantie était de 2 ans. En allant porter le micro-onde au magasin (SEARS) pour le faire remplacer et surprise qu'un tel appareil puisse briser, le vendeur me confia que le magnétron avait une durée moyenne de vie d'environ 2 ans, et que c'était voulu qu'il se brise après ce temps afin de remplacer le micro-onde plus souvent!

  • Carisa, le 20/12/2007 à 13h56

    C'est ce que l'on appelle la societe de consommation

  • Dorothée, le 20/12/2007 à 13h55

    Et le Père Noel il n'est pas programmé pour s'arreter j'espère?

  • Charles, le 20/12/2007 à 13h16

    Dans ces moments la ont se moque eperdument de la polution,mais le reste de l'année on nous moralise avec des lecon sur la protection de l'environement!!!!

  • Benjamin c., le 20/12/2007 à 12h48

    J'ai un ami ingénieur dont son job, c'est de concevoir des composants électriques irremplaçables à durée de vie limité. Ce trouve celà très nul !

  • Armand, le 20/12/2007 à 12h46

    Durée de vie limité volontairement : La preuve par A+B de la débilité profonde de notre "système"... et on en trouve encore qui prône le capitalisme !

  • Moi, le 20/12/2007 à 11h19

    Rafo, le problème n'est pas petit-prix = petite qualité (ce qui me semble normal), le problème est prix cher = qualité FAITE EXPRES pour ne pas durer !!! C'est ça qui est honteux... Avec les technologies d'aujourd'hui, il me semble totalement évident que l'on pourrait faire durer des objets (ordinateurs, jouets électronique, téléphones, électroménager, etc...) 10 fois plus longtemps qu'il y a 20 ou 30 ans ! Et c'est malheureusement l'inverse qui se produit... Je veux bien que nous soyons dans une société de conso, mais quand même !

  • Jean-emile, le 20/12/2007 à 11h17

    L'échange plus économique que la réparation ? oui, souvent, du fait de la cherté de la main d'oeuvre qualifiée locale (celle qui répare) par rapport à la main d'oeuvre non qualifiée des pays à bas salaires (celle qui fabrique et transporte). Si l'on fait le bilan économique au niveau du pays et non de l'individu, les résultats sont différents... On ne pourra pas longtemps continuer à acheter de l'énergie, des produits manufacturés, des produits alimentaires à l'étranger sans ne plus rien produire dans le pays. Une société basée uniquement sur des services, si elle peut enrichir certains en peu de temps, ne peut être pérenne au niveau de la communauté nationale.

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