Détail de la campagne de Leclerc sur le pouvoir d'achat © DRGare à la patate chaude. Le pouvoir d'achat est devenu un sujet tellement sensible que politiques, distributeurs, et industriels se passent la moindre annonce d'augmentation des prix comme une bombe à retardement. La dernière offensive vient de Michel-Edouard Leclerc, patron des centres éponyme. "L'inflation va tourner autour de 4% pour les produits de grande consommation, ce qui est le double de ce qui est annoncé par le gouvernement", prévient-il en taclant au passage les industriels.
"Ce sont des déclarations mensongères", a démenti leur porte-parole, Jean-René Buisson, précisant que les chiffres communiqués par Leclerc "ne sont que des tarifs bruts avant toute négociation". "Ils peuvent évoluer et se traduire par zéro augmentation", a ajouté le président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania). "En 2008, les prix des grandes marques vont augmenter dans des proportions raisonnables, dans tous les cas en dessous de l'inflation".
Il rappelle au passage que les prix des produits de grande marque ont baissé de 3% depuis 2006. La ministre de l'Economie et des Finances Christine Lagarde a déclaré de son coté la semaine dernière que 2007 s'achèvera sur un rythme d'inflation de 1,5% et a maintenu une prévision de 1,6% pour 2008.
Les industriels "exagèrent"
Leclerc multiplie les campagnes chocs sur le thème
Selon Michel-Edouard Leclerc, la loi Châtel adoptée en décembre et réformant un peu plus la loi Galland "va permettre aux distributeurs de faire des opérations à prix coûtant" et "animer le marché". Cependant, "ce n'est pas cette loi qui va remettre de la concurrence" dans le secteur, a-t-il ajouté. Une fois de plus, il a stigmatisé certains grands industriels, "qui exagèrent dans les hausses tarifaires", demandant à nouveau de pouvoir négocier "librement" les tarifs, ce que la loi lui interdit pour le moment.
La semaine dernière, les centres Leclerc s'en étaient déjà pris à plusieurs grandes marques, dans une campagne publicitaire parue dans la presse. Le groupement donnait une liste de 17 produits dont les tarifs ont augmenté de plus de 10% entre septembre 2007 et début 2008.
"Zéro augmentation"
Au titre du principe de la "non-discrimination" prévu dans la loi Galland, les fournisseurs imposent le même prix à tous les distributeurs, qui n'ont pas le droit de le négocier immédiatement, mais le font au moment de décider des volumes achetés ou promotions.
Les distributeurs militent depuis l'été dernier pour mettre fin à ce principe soutenant que cela permettrait de faire baisser les prix à la consommation. A l'inverse, les fournisseurs sont radicalement opposés à la remise en question de ce principe, estimant que les distributeurs ont déjà suffisamment de marges pour baisser les prix.
Pour mettre tout le monde d'accord, le gouvernement a confié une étude sur la faisabilité d'une libre négociation des tarifs entre distributeurs et industriels, qui pourrait donner lieu à une réforme au printemps. L'attaque de Michel-Edouard Leclerc intervient donc en phase de lobbying intense.
Voir notre article sur le pouvoir d'achat comme outil de communication
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