Le stockage du camembert dans la fromagerie réaux © DR/fromagerie RéauxDans le petit monde du camembert, entre partisans et adversaires du lait cru, c'est désormais la guerre, la vraie. Le dernier épisode oppose le groupe Lactalis (Président, Bridel...), numéro un mondial du lait, à la fromagerie Réaux. Après que le premier a affirmé avoir décelé des "bactéries pathogènes" dans un lot de fromages du second, le ministère de l'Agriculture a lancé "à titre de précaution", une mise en garde contre la consommation du lot de camemberts incriminé et a appelé les consommateurs à les rapporter à leur point de vente.
Joint lundi, Bertrand Gillot, le PDG de la Fromagerie Réaux ne décolère pas. C'est "une opération de déstabilisation sur fond de guerre du camembert", explique-t-il à LCI.fr, "mais je suis absolument formel, il n'y a aucune bactérie pathogène dans nos produits qui sont parfaitement conformes aux normes sanitaires. Le procédé de Lactalis est donc absolument révoltant : a-t-on l'habitude d'entendre Boeing dénoncer des problèmes de sécurité chez Airbus?".
"Mise en danger d'autrui"
Chez Lactalis, Luc Morellon, porte-parole de l'entreprise se défend de tout dénonciation. "Nous avons simplement alerté les pouvoirs publics sur un cas positif que nous avons détecté mais sans citer de marque. Ils ont ensuite exigé que nous donnions ces informations, ce que nous n'avons fait que dans un deuxième temps", affirme t-il à LCI.fr.
Cet argument ne convainc pas la fromagerie Réaux. "Lactalis nous a en plus attaqué sur un fromage après sa date limite de consommation", tempête Bertrand Gillot, "mais on ne peut pas garantir nos produits ad vitam æternam, c'est bien pour ça qu'une limite est inscrite sur la boîte!" Et la fromagerie contre-attaque : "s'il y avait vraiment un danger, la première chose à faire était de nous prévenir pour protéger nos clients. Lactalis pourrait être poursuivi pour mise en danger d'autrui". Bertrand Gillot n'exclut d'ailleurs pas de donner des suites judiciaires à l'affaire, "une fois la crise gérée".
"Il y aurait eu un rappel monstre"
L'argument suscite un certain malaise chez Lactalis qui précise qu'une intoxication par la bactérie mise en cause "aurait pu être grave" mais admet dans le même temps avoir attendu une semaine avant de transmettre le 20 mars une analyse qui date du 13 mars. "Si nous avions tiré l'alarme quand le lot était encore un magasin, il y aurait eu un rappel monstre et on nous aurait accusés de vouloir détruire un concurrent", se justifie Luc Morellon. Lactalis note aussi que les pouvoirs publics ont encore attendu trois jours pour réagir, à leur tour, le 28 mars, en lançant un rappel.
"Il ne faut pas inverser le problème", tonne encore Luc Morellon pour Lactalis : "Ces gens-là nous disent depuis des années que le lait cru ne pose aucun problème sanitaire alors que nous avons l'expérience du contraire. Nous somme nous-mêmes obligés occasionnellement de détruire des lots pour ne prendre aucun risque".
Là est l'origine de l'affrontement entre les deux groupes. Les géants du lait militent pour que l'obligation du lait cru pour respecter l'AOC (Appellation d'Origine Contrôlée) du camembert soit abandonnée. Récemment, les petits producteurs ont remporté une victoire décisive face à ces poids lourds de l'industrie laitière en obtenant que le camembert AOC reste bien fabriqué à partir de lait cru. Cette décision doit être officialisée dans les mois prochains dans le cadre d'une réforme de l'AOC. Jusque là, il semble, que de part et d'autre, touts les coups soient permis.
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