© LCIOuvrir 5000 magasins supplémentaires, c'est possible, et tout de suite. C'est la révélation de la dernière étude du cabinet Asterop sur le potentiel de développement de la distribution en France. Un nouveau pavé dans la mare après la mise en évidence d'un manque de concurrence dans ce secteur favorisant les prix abusifs.
Selon cette étude, dont les conclusions sont disponibles en exclusivité pour LCI.fr, si les zones les moins bien équipées du territoire rattrapaient celles qui sont correctement couvertes, jusqu'à 5000 commerces pourraient être ouverts, dont une moitié de proximité (superettes et maxi discount) et une autre de grandes et moyennes surfaces (supermarchés et hypermarchés). Cela représente en tout 7 millions de mètres carrés de surfaces commerciales.
Paris et Lyon bien mal lotis
Car les zones mal couvertes en France sont légion. La faute, notamment, à une politique d'implantation des commerces généralistes ultra-restrictive héritée de la loi Raffarin de 1996. Il y a en conséquence une inégalité des consommateurs dans l'accès à ces commerces. Pour les mêmes besoins, il y a trois fois moins de supermarchés dans certaines zones lorsqu'on les compare à celles qui sont le mieux pourvues.
La façade atlantique, le Sud ou la région Rhône-Alpes sont victimes de cette couverture insuffisante. Paris, Lyon, Nice, Valenciennes, Grenoble Orléans, Angers, Pau, Le Mans, ou encore Saintes, sont citées parmi les communes les moins biens équipées.
Asterop a aussi ensuite mesuré l'impact économique si l'ensemble de ces zones était désormais "bien couvertes" c'est-à-dire comme celles de la moyenne haute de son étude (de 60% à 80% de meilleurs ratios de couverture). Un bonheur n'arrivant jamais seul, si les 5000 nouveaux équipements commerciaux étaient créés, cela représenterait "un potentiel de croissance additionnelle de 35 milliards d'euros", calculent les auteurs de l'étude. Et, selon l'estimation du cabinet, 200.000 emplois pérennes pour faire vivre les nouveaux magasins.
Un salut pour la concurrence
"Lorsqu'on parle de développer la distribution en France, on entend pourtant certains acteurs nous dire qu'il n'y a pas la place et que le marché est déjà saturé", pointe Christophe Girardier, le patron d'Asterop, "Notre étude prouve que c'est faux". Une nouvelle phase de développement permettrait de rétablir la concurrence dans la grande distribution française. De 87% de situations peu ou pas concurrentielles, on passerait à 80% de situation de concurrence satisfaisante.
"C'est une évidence que cela aurait un impact sur les prix", assure Christophe Girardier. "Mais pas seulement : la qualité et la richesse de l'offre s'en trouveraient améliorées". Une amélioration valable selon lui pour "la distribution sous toutes ses formes", petits commerces comme hypermarchés. Il met donc son étude à la disposition des pouvoirs publics.
A l'aube d'une réforme en profondeur des règles d'implantation des grandes surfaces sur laquelle planche déjà le legislateur, les grands acteurs du secteur sont en pleine ébullition. Interrogé par LCI.fr, Michel-Edouard Leclerc affirmait être favorable à la libéralisation totale de l'implantation de nouvelles surfaces (Voir notre interview). Carrefour, Auchan ou Système U sont encore discrets sur le sujet. L'année dernière, 700.000 mètres carrés de nouvelles surfaces ont été créés dans la grande distribution généraliste. A ce rythme là, il faudrait au moins dix ans pour que la France soit correctement dotée...
| Asterop "nul" ? La réponse à Leclerc |
A la lecture de notre interview de Michel- Edouard Leclerc, le sang du PDG d'Asterop n'a fait qu'un tour. "Les études d'Asterop et de l'UFC-Que choisir, je ne vais pas dire que c'est de la daube, mais, statistiquement, c'est nul", y affirmait le patron de la chaîne de supermarchés (Voir l'intégralité du texte) qui reprochait à Asterop de ne pas faire de lien entre le niveau de concurrence et les prix pratiqués par les enseignes. Des propos que ne comprend pas Christophe Girardier qui rapelle que l'objet de son étude n'a jamais été ce lien : "Lorsque je l'ai présentée à Michel-Edouard Leclerc, il m'a dit par ailleurs qu'elle était très intéressante et qu'il fallait que nous travaillions ensemble. Je n'ai pas entendu parler de daube!" Il réfute par ailleurs la comparaison avec l'UFC-Que choisir : "Ils sont militants, partisans et travaillent avec des bénévoles, tandis que nous travaillons sous l'égide d'un comité scientifique". |
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