Nicolas Sarkozy et Angela Merkel © Reuters / Alexandra BeierLe texte est d'ailleurs déjà prêt, ne reste plus qu'à convaincre les derniers réticents, pour obtenir l'unanimité indispensable. Cela n'est pas une formalité car ils ont déjà eu sa peau. N'oublions pas que cette TVA light, allégée de 19,6 à 5,5%, est une des promesses de campagne de ... Jacques Chirac. Une volonté affichée qui avait fait "pshiiiit" en 2003, victime d'une fin de non-recevoir de certains membres de l'UE au premier rang desquels nos amis allemands.
Qu'à cela ne tienne, Nicolas Sarkozy, fraîchement investi président de l'Union Européenne, a décidé de reprendre le flambeau. "J'ai bien l'intention que sous présidence française (NDLR : c'est-à-dire dans les six mois) on arrive à obtenir la TVA à taux réduit", a promis le chef de l'Etat, poussé comme son prédécesseur par des restaurateurs à qui l'on fait miroiter la mesure depuis des années.
"Si on arrive à les convaincre..."
Aussitôt dit, aussitôt repris : l'état-major de Nicolas Sarkozy se lance comme un seul homme dans la nouvelle bataille de la TVA. Paris "fera tout" pour que l'Union européenne prenne "avant la fin de l'année" une décision sur le sujet, a lancé dimanche Claude Guéant au Grand Rendez-Vous. "Raisonnablement, on peut penser qu'elle sera prise en novembre, au plus tard en décembre", risque même, confiant, le secrétaire général de l'Elysée. "Nous avons bon espoir d'obtenir" l'unanimité des 27 avant la fin de l'année, a-t-il poursuivi, évoquant en particulier un possible "accord de l'Allemagne".
Rien ne pourra donc se faire sans les Allemands. Et si Christine Lagarde se réjouissait vendredi sur LCI du nouveau soutien de la Commission, la ministre de l'Economie restait beaucoup plus prudente, peut-être pour laisser la primeur de l'annonce à Nicolas Sarkozy. "Je vais m'attacher à convaincre nos partenaires, notamment nos amis allemands, que c'est un bon principe que d'avoir un taux réduit de TVA sur certains secteurs. Si on arrive à les convaincre, alors probablement à échéance de début 2011, nous pourrions alors avoir un taux réduit sur la restauration" a estimé Christine Lagarde, sans évoquer un taux de 5,5%. Est-ce à dire qu'il faudra se contenter d'un taux "à moitié réduit", à 12% par exemple, pour décrocher un "oui" allemand ?
L'Italie et l'Espagne sont passées avant
Le texte européen précise bien, pour l'instant, que pour la restauration, "la TVA passerait ainsi de 19,6 à 5,5 %" et qu'il concernera "les prestations de services de restaurant et de restauration, à l'exclusion de la fourniture de boissons alcooliques". Et la Commission s'appuie sur un argument de poids : onze pays, dont l'Italie et l'Espagne, ont déjà le droit d'appliquer les taux réduits grâce à des dérogations anciennes tandis que seize autres n'y sont pas autorisés. "Il n'y a pas de raison que les restaurants puissent bénéficier d'un taux réduit dans la moitié des pays de l'Union et pas dans l'autre", souligne le commissaire européen à la Fiscalité, Laszlo Kovacs.
Pourtant, selon Les Echos, son entourage ne se fait "aucune illusion" sur les chances de voir cette directive adoptée par les Vingt-Sept, qui doivent statuer à l'unanimité en matière de fiscalité. Et pour enfoncer le clou, le quotidien économique cite le ministère des Finances à Berlin qui affirme ne pas souhaiter "créer de nouvelles exceptions au système actuel, déjà complexe". Il faut dire que cette TVA allégée va à l'encontre de la politique économique rigoureuse menée par Angela Merkel. Outre-Rhin, la TVA a été relevée de 3 points en janvier 2007 pour assainir les finances publiques. Accepter que l'Europe permette de faire radicalement le contraire placerait la chancelière en porte-à-faux. Et risquerait d'aiguiser l'appétit des restaurateurs du pays....
Même franchi l'écueil allemand, peut-être grâce à une concession française sur un autre dossier, il faudrait encore convaincre la Suède et le Danemark. Les deux pays avaient réservé un accueil glacial à la mesure en 2003. Sachant que le Danemark vient d'entrer en récession, il faudra encore, avant d'ouvrir le champagne, persuader notre voisin du nord que la directive est l'occasion rêvée de réchauffer son économie.
| Ce qui pourrait aussi changer : du logement aux disques |
Bruxelles propose d'élargir la liste des produits et services pour lesquels les Etats peuvent décider d'appliquer un taux réduit de TVA. En l'état actuel, les pays doivent fixer leur taux normal de TVA à un minimum de 15% et peuvent appliquer des taux réduits compris entre 5 et 15% à certains biens et services figurant sur une liste restreinte. Mais une multitude de dérogations, accordées depuis plus de vingt ans, sont venues compliquer la situation. |
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