Philippe Cornu, directeur des services bancaires du Crédit Agricole de Normandie © DRLa crise bancaire empoisonne-t-elle les Français? Craignent-ils pour leurs avoirs en banque? Selon deux sondages, si 79% des Français déclarent avoir toujours "confiance dans la solidité de leur banque", (LCI -OpinionWay), 10% d'entre eux ont tout de même songé à retirer leurs économies de leur banque par précaution (Ifop-Le Monde). Des centaines d'internautes ont d'ailleurs exprimé leur défiance à l'égard des banques sur notre site (Voir notre appel à témoins).
Contactés par LCI.fr, la plupart des grands établissements français étaient aux abonnés absents pour commenter les inquiétudes de leurs clients. Seul le Crédit Agricole de Normandie a accepté de répondre à nos questions. Pour Philippe Cornu, son directeur des services bancaires, il n'y a "pas de panique" chez ses clients.
LCI.fr : Face à l'aggravation de la crise financière, votre banque a-t-elle pris des mesures particulières pour rassurer ses clients?
Philippe Cornu, directeur des services bancaires du Crédit Agricole de Normandie : Nous nous étions préparés à cette situation de questionnement de nos clients. Nous avions prévu éventuellement de renforcer notre plate-forme téléphonique et nous avons aussi envoyé un message à nos agences, nos conseillers, pour leur rappeler les informations sur les garanties légales sur les dépôts de nos clients.
LCI.fr : Votre standard a-t-il été pris d'assaut?
P.C. : Non, nous n'avons pas eu à mettre en œuvre ces renforts. Nous avons bien sûr eu des questions téléphoniques mais nos clients se sont surtout adressés directement à nos agences. Nous n'avons pas vécu de phénomène de panique mais des gens sont venus voir leur conseiller en leur disant : "Qu'est-ce qui se passe? Je ne comprends pas... Les journaux nous disent..." Nous avons eu beaucoup de ces questions en début de semaine dernière mais cela commence à diminuer.
LCI.fr : Vos clients vous demandent de leur expliquer la crise?
P.C. : La question standard ne porte pas sur une vision économique de la crise. Elle est plutôt particulière et spécifique : "Avec ce que j'ai, est-ce qu'il faut que je fasse quelque chose ? Est-ce que je vais garder mon argent ? Quels risques je cours ? " Nous leur rappelons que la règle de base, c'est une garantie de 70.000 euros par compte et par personne dans une famille. Si vous avez deux enfants, alors, avec quatre comptes de dépôts, c'est donc quatre fois 70.000 euros. La garantie porte également et séparément sur les comptes titres, les contrats d'assurance vie... Quant à la question d'une éventuelle faillite, elle dépasse le monde financier. Ce serait une situation dramatique. Il faut rappeler que les banques en France, comme le Crédit Agricole, sont parmi les plus capitalisées au monde et ont été beaucoup plus prudentes que les américaines sur les crédits et la diversification des encours de leurs clients.
LCI.fr : Avez-vous songé à d'autres moyens d'information, adresser un courrier à tous vos clients, par exemple?
P.C. : Surtout pas ! La presse écrite, la télé, la radio, leur donnent déjà beaucoup d'informations, peut-être à l'excès, et ils sont un peu perdus. Nous devons sortir de ce modèle là et leur proposer un conseil de personne à personne. C'est le rôle du conseiller. "Je l'interroge, je discute avec lui de mon cas" : c'est un modèle qui fonctionne.
LCI.fr : Vos client ayant perdu une partie de leurs avoirs, notamment en Bourse, ont pu perdre confiance en leurs conseillers. Sentez-vous monter un sentiment de défiance?
P.C. : Je ne crois pas. La plupart des gens ont compris que la situation économique actuelle échappe un peu à tout le monde. Et même au gouvernement.... Les conseillers étaient dans des schémas ou la bourse offrait des gains et ont donné de bons conseils à ce moment là, en mettant en évidence le risque associé à ce placement.
LCI.fr : Les internautes nous signalent pourtant que, souvent, leurs conseillers sont mal formés sur les risques. Et leur proposent des produits financiers qu'ils ne maîtrisent pas...
P.C. : Dans notre banque, toutes les personnes sur des opérations de placement ont des formations validées. C'est un premier niveau de sécurité. Le deuxième, c'est que chaque conseiller vende des produits que lui-même maîtrise. On a des gammes de conseillers suivant le type de clientèle et le risque associé au produit. On ne doit jamais vendre un produit qu'on ne maîtrise pas.
LCI.fr : Aujourd'hui, ceux qui cherchent à emprunter sont souvent confrontés à des refus de leurs banques. C'est la fin du crédit?
P.C. : Il n'y a pas de restriction du crédit. Ce qu'il se passe simplement, c'est que l'augmentation des taux sur les marchés a entraîné une augmentation des taux des crédits dans les derniers mois. Il y a aussi un ralentissement des transactions immobilières. Quand les clients disent qu'on ne leur fait plus crédit, c'est simplement parce que, lorsque les taux montent, le remboursement va être plus élevé et le banquier ne peut plus les mettre sur un crédit qu'ils ne pourront pas assumer. C'est souvent un bon conseil de ne pas investir en l'état actuel des taux.
LCI.fr : Des internautes évoquent des conseillers qui les mettent en garde sur la santé de leurs concurrents pour rapatrier leurs comptes chez eux. Est-ce de "bonne guerre" ou une attitude que vous condamnez ?
P.C. : Vous imaginez bien que ces raisonnement, très mauvais, sont totalement interdits chez nous. Il ne faut surtout pas en rajouter ou donner dans l'excès d'information. Le vrai conseil, c'est de garder patience, et de ne pas se précipiter pour vendre vu l'état de la Bourse...
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