"Nous sommes là pour donner un coup de main"

Par , le 17 octobre 2008 à 18h48 , mis à jour le 20 octobre 2008 à 11h10

Le directeur général du Crédit municipal de Paris revient sur l'activité de prêt sur gage, un service public, et le récent lancement du microcrédit dans la capitale.

Bernard Candiard, directeur général du Crédit municipal de ParisBernard Candiard, directeur général du Crédit municipal de Paris © LCI.fr / O. Levard

Déposer un objet contre une somme d'argent avec la possibilité de le récupérer à tout moment. Le principe est simple mais très administré, pour protéger les personnes en difficulté. Bernard Candiard, directeur général du Crédit Municipal de Paris, revient pour LCI.fr sur l'activité de prêt sur gage dont son établissement, public, détient le monopole. Il évoque aussi le lancement d'une offre de microcrédit en partenariat avec la Mairie de Paris qui chapeaute l'établissement.
 
LCI. fr : Le prêt sur gage est une pratique assez particulière. Quelle est votre mission?
 
Bernard Candiard, directeur général du Crédit municipal de Paris : Depuis 231 ans, nous sommes à la disposition des Parisiens qui traversent financièrement un passage difficile et ce, quelle que soit leur classe sociale. Nous avons d'un côté des personnes qui viennent pour déposer des objets très modestes, contre un minimum de 30 euros, et de l'autre des pièces de très grande valeur. Nous avons par exemple vendu récemment un petit Renoir, un pastel, pour 190.000 euros. Entre ces deux extrêmes, le dépôt moyen est de 780 euros. Nous recevons surtout des bijoux, mais aussi de petits meubles, des instruments de musique, des bouteilles de vin...
 
LCI. fr : Votre objectif est que chacun puisse récupérer ses dépôts...
 
B. C. : Oui, et le service que nous proposons est utile. On s'en rend compte avec le taux de personnes qui récupèrent leur bien : plus de neuf sur dix. Ils les laissent en moyenne un an et demi et peuvent renouveler le prêt contre une petite somme d'argent. Nous sommes donc là pour donner un coup de main, c'est un service public et même un monopole pour lutter contre l'usure.
 
LCI. fr : C'est-à-dire ?
 
B. C. : Il y a plusieurs moyens de faire qu'un client ne s'y retrouve pas : la façon dont on pèse les objets, dont on les valorise. Chez nous, celui qui évalue l'objet est un commissaire priseur complètement indépendant de l'établissement qui ne voit d'ailleurs pas les clients. Il estime le prix d'un objet avec pour seul critère sa valeur en vente publique. Pour les objets qui ne sont pas repris, il y a deux ventes  par semaine et si le montant de la vente est supérieur à celui offert au propriétaire de l'objet à l'origine,  nous lui versons la différence.
 
LCI. fr : Paradoxalement, le succès que vous rencontrez en ces temps de crise - 30% de clients en plus - vous met en difficulté...
 
B. C. : D'abord, il y a une situation de tension chez nos agents. Ils ne sont pas plus nombreux et doivent donc travailler beaucoup plus. Ils le font avec dévouement. Ensuite, contrairement à une banque classique, lorsqu'une personne se présente chez nous avec un objet de valeur, on ne peut pas lui refuser. Cet accroissement d'activité, conjugué au fait que les clients qui viennent retirer leur objet sont moins nombreux, nous force à emprunter sur le marché pour couvrir la différence entre les dépôts et les retraits. Cette différence est beaucoup plus importante en ce moment avec un taux de refinancement qui a doublé en un an et demi ce qui fait que nos résultats ne sont pas bons. Sans être en déficit, nous sommes très "limite" sur notre trésorerie, préoccupés.
 
LCI. fr : Au point de devoir refuser des objets dans un futur proche ?
 
B. C. : Ça serait assez catastrophique pour nos clients et nous faisons tout pour l'éviter. Nous avons le soutien de la Mairie de Paris. Bertrand Delanoë considère que dans la conjoncture actuelle il est important que nous continuions à exercer ce rôle de tampon entre la crise et nos clients. Mais nous pouvons encore tenir un certain temps et nous projetons de lancer un emprunt. Nous avons d'ailleurs toujours tenu en période de crise. Au moment de la Révolution française, ils ont voulu fermer l'institution et cela a été l'émeute !
 
LCI. fr : Avoir des objets précieux chez soi n'est pas si fréquent? N'êtes-vous pas condamnés à évoluer ?
 
B. C. : Autrefois, les bijoux de valeur étaient en quelque sorte la banque que les femmes avaient sur elles. Et comme nous recevons 85% de femmes et 85% de bijoux, c'est très important de bien mesurer cela.  Aujourd'hui,  sociologiquement les jeunes femmes ont moins de bijoux et de moindre valeur. Du coup, que peut faire une personne en cas de crise ? Comme nous ne pouvons pas prendre des objets high-tech, dont la valeur baisse trop vite,  le maire de Paris nous a demandé d'étudier des offres de microcrédit pour pouvoir venir en aide à ceux qui sont en situation fragile. Nous venons de les lancer, début octobre.
 
LCI. fr : Ils s'adressent à qui ?
 
B. C. : Pas nécessairement à ceux qui touchent un salaire très bas. Ça peut être quelqu'un en CDD qui a un salaire correct mais qui ne peut pas emprunter car il n'inspire pas confiance aux banquiers. La personne peut avoir un coup dur, un décès, un divorce, un problème de santé... Cela peut avoir des coûts assez considérables.
 
LCI. fr : Quels sont vos critères d'arbitrage?
 
B. C. : La seule condition est qu'une personne soit suivie par une assistante sociale ou une association qui assure le suivi du prêt et qui apporte une garantie morale.  Nous prêtons entre 300 euros et 3000 euros sur une durée de 6 mois à 36 mois, sans frais de dossier... Les intérêts sont de 4%  mais la Mairie de Paris prend en charge la moitié, donc le prêt ne revient qu'à 2%. Il faut que cela soit un prêt-besoin, avec une personne que l'on ne mettra pas en échec.
 
LCI. fr : Vous aidez aussi des Parisiens à sortir du cauchemar des crédits...
 
B. C. : Nous avons en effet une filiale bancaire dont l'activité est principalement centrée sur le rachat de crédit. Une partie de la population se retrouve avec des dettes importantes qui sont à des taux parfois supérieurs à 20%. Nous voyons des gens noyés sous 10 ou 20 crédits... Lorsqu'ils sont encore à même de pouvoir réagir, nous pouvons racheter ces dettes et les rééchelonner en faisant un prêt à plus longue durée. Nous sommes les pionniers de ce système mais de nombreux concurrents privés sont depuis arrivés sur ce marché.

Notre reportage

Par Olivier Levard le 17 octobre 2008 à 18:48
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1 Commentaires

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  • Armand, le 17/10/2008 à 21h20

    Si l'état n'avait pas abandonné l'argent aux banques, il pourrait lui-même créer la monnaie nécessaire à cet organisme. Mais là non, ils doivent se "refinancer", et contrairement aux banques, c'est à hauteur de 100% de ce qu'ils pourront ensuite prêter ! Une honte... les banques créaient la monnaie pour n'importe quoi et on en subit les conséquences en ce moment même. Alors que cet organisme, complètement social, lui ne peut pas créer d'argent et doit l'acheter aux banques. On voit bien par cet exemple comment les déjà plus riches s'enrichissent sur notre dos, sur le social et plus généralement, sur le développement des nations.

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