Jean-Christophe Adriaens, Groupe Experia © DRSpécialiste du crédit, pour les plus fortunés, Jean-Christophe Adriaens s'occupe exclusivement des emprunts dans un cabinet de gestion de patrimoine. Il a travaillé dix-neuf ans dans la banque dont dix années à s'occuper du financement des entreprises et enseigne à l'Institut de technique de la banque. Depuis deux mois, il assiste aux premières loges au tour de vis des établissements bancaires, qui, malgré leurs dénégations, arrêtent d'accorder des crédits, même aux plus fortunés, parfois sous des prétextes douteux. Pour LCI.fr, il décrypte ce phénomène et pointe ses dangers pour l'économie française.
LCI.fr : Comment avez-vous remarqué cet assèchement du crédit en France?
Jean-Christophe Adriaens, Groupe Experia : Nos clients exercent des professions libérales de santé ou sont des chefs d'entreprise qui gagnent entre 150.000 et 300.000 euros par an. Actuellement, nous recherchons pour eux des financements liés à des opérations de défiscalisation. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille, c'est de voir que, y compris chez ces gens-là, il y a des difficultés à financer des emprunts. C'est bien qu'il y a un problème : ces clients, il y a encore six mois, les banques se mettaient à genoux pour les avoir !
LCI.fr : Comment les banques s'y prennent-elles pour refuser ces emprunts?
J-C. A. : Avec ces clients-là, il n'y a pas de refus de crédits en tant que tel mais les banquiers nous expliquent qu'ils sont beaucoup plus rigoureux sur le type d'investissement qu'ils vont faire. Ils ne jugent plus le client mais l'investissement. Il faut savoir que pour avoir droit a une défiscalisation, les clients peuvent emprunter pour investir dans des résidences dans trois grands domaines : tourisme, chambres d'étudiant, ou maisons médicalisées. Aujourd'hui, il y a un grand besoin de résidences médicalisées, d'autant plus que la maladie d'Alzheimer est un cheval de bataille du gouvernement. On observe que, même sur ces maisons-là, les banquiers ne mettent plus d'agrément à l'investissement, en prétextant que leurs exploitants ne sont pas bien cotés. C'est un peu vicieux. J'ai ainsi eu des refus d'agrément de dix établissements bancaires pour trois maisons différentes... Avant, elles étaient financées sans aucun problème.
LCI.fr : Quand a eu lieu ce revirement?
J-C. A. : Nous avons présenté ce projet au mois de septembre, au moment où la crise est arrivée. C'est là que l'étau s'est resserré très rapidement même si les banquiers continuent de dire qu'il n'y a pas de souci avec le crédit, pour ne pas abîmer leur image. Dans le même temps, il y a une course aux liquidités. Nous avons un client aisé que ses banquiers sont venus voir pour lui proposer de laisser son argent pendant trois mois sur des comptes chez eux en le rémunérant à 5,5%, ce qui est énorme. Pourquoi trois mois ? Car on sera alors au-delà du 31 décembre. Les banquiers surpayent ces liquidités pour s'assurer de pouvoir clôturer leurs comptes dans le vert et présenter à cette date un bilan à peu près propre. Ils pourront dire alors : "Regardez la Société Générale a perdu 5 milliards d'euros avec Kerviel, le Crédit agricole s'est laissé embarquer dans les subprimes, et la Caisse d'épargne récemment sur encore autre chose.... Nous, on est super clean et nos normes sont correctes".
LCI.fr : C'est un jeu dangereux...
J-C. A. : C'est un jeu très dangereux car, pendant ce temps-la, on ne trouve plus de crédit. On ne prête plus à personne, y compris aux riches ! Or ce sont eux qui peuvent injecter des liquidités dans le système. Mais pourquoi investir dans l'économie lorsque vous êtes rémunéré fortement sans prendre de risque ? Les banques vous disent ensuite : on veut bien vous prêter mais c'est 6%, alors même que les taux des banques centrales ont diminué ! Et comme les banques ne veulent plus se prêter entre elles, elles font monter artificiellement les taux interbancaires (Ndlr : l'Euribor).
LCI.fr : Nicolas Sarkozy vient de nommer René Ricol, un "médiateur du crédit" pour surveiller les banques. Croyez-vous en cette mesure ?
J-C. A. : Honnêtement, je n'y crois pas du tout. L'idée n'est pas mauvaise en elle-même mais je ne crois pas qu'elle soit efficace. Les banques vont dire qu'elles ne font que respecter les règles du comité de Bâle qui encadrent notamment leurs couvertures de risque. La situation bancaire aujourd'hui n'est pas liée à la situation économique française mais aux placements hasardeux que l'on connaît, aux subprimes... Jusqu'au 31 décembre, il ne se passera donc rien.
LCI.fr : Et après ?
J-C. A. : On peut espérer qu'à partir de janvier, les banquiers remettent un peu d'huile dans le système mais le drame c'est que des entreprises ne pourront pas attendre si, au 31 octobre ou au 30 novembre, elle ont des échéances à régler. Tout peut alors se casser la figure. Ce qu'il faut faire c'est taper du poing sur la table, comme a tenté de le faire Nicolas Sarkozy. Rappeler aux banquiers que les contribuables français ont fait un chèque de caution de 360 milliards d'euros et que l'Etat est derrière eux. Messieurs les banquiers, mouillez-vous !
Retour MYTF1
Chargement en cours...




