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Par Olivier LEVARD, le 12 février 2009 à 12h16, mis à jour le 12 février 2009 à 14:46
Interview - Un spécialiste de la grande distribution décode la hausse des prix dans les supermarchés et analyse la tendance pour l'année 2009.
Des pâtes chez Leader Price à Nice en février 2008. Les produits alimentaires ont bondi en 2008. © Eric Gaillard / ReutersVous avez été très nombreux à réagir à notre article pointant la hausse des prix persistante dans la grande distribution. Yves Puget, rédacteur en chef du magazine spécialisé LSA qui publie la nouvelle étude sur la hausse des produits de consommation ce jeudi décode pour LCI.fr ses conclusions.
LCI.fr : Comment faut-il analyser la nouvelle hausse des prix dans les supermarchés que vous annoncez dans une étude ?
Yves Puget
Yves Puget, rédacteur en chef de LSA : Il faut faire attention car il y a beaucoup d'inflations différentes. Il s'agit ici de l'inflation des produits de grande consommation en hypers, supermarchés et hard discount. Cela veut donc dire que sur un an les produits alimentaires, d'hygiène beauté et entretien ont augmenté de 2%, selon un relevé de 20 millions de prix effectué par Nielsen.
LCI.fr : Encore et toujours une hausse. C'est pourtant la crise, et le prix des matières premières a fortement chuté...
Y. P. : On peut bien sur le regretter mais il faut observer que pendant huit mois cette inflation était à 4% et commence donc à être moins importante. Techniquement, on est pas en déflation (NDLR : baisse des prix) mais en désinflation (NDLR : diminution de la hausse des prix). Et tous les professionnels s'accordent à dire que l'on devrait arriver dans les prochains mois entre 0 et 1% d'inflation.
LCI.fr : Pourquoi le prix des pâtes augmente-t-il de 10% sur un an alors que celui du blé a plongé ?
Y. P. : Sur le prix des pâtes, l'inflation entre janvier 2008 et janvier 2009 est bien de 10% mais il faut savoir que sur le même indicateur au mois de septembre l'inflation était de 30%. Leur prix a donc diminué entre septembre et janvier. Le coût des matières premières se répercute à la hausse comme à la baisse mais il faut à peu près six mois pour qu'il soit pris en compte. Et les marques de distributeurs et les premiers prix augmentent toujours plus que les marques nationales car elles sont à la base nettement moins chères.
LCI.fr : Toute de même, les céréales, le lait, le pétrole baissent... En verra-t-on les effets ?
Y. P. : En 2007, toutes les matières premières avaient augmenté. En 2008, certaines ont baissé mais pas toutes. L'acier a par exemple flambé. Cela a un impact si vous vendez une crème au chocolats dans un emballage en acier ou des boites de conserve... Le coût du contenu a pu baisser mais celui de l'emballage qui représente jusqu'à un tiers du total a pu exploser. Il faut aussi distinguer l'inflation d'offre (les prix affichés en gondole) et l'inflation de demande (le prix payé aux caisses). Les consommateurs peuvent se dire : je ne vais pas acheter ce produit car il a trop monté. Dans ce cas, on pourra noter une forte inflation sur l'étiquette car le prix aura bien augmenté mais il ne se verra pas sur le ticket de caisse car les gens ne l'achèteront plus, ils privilégieront les prix bas.
LCI.fr : Cela veut dire que si un yaourt de marque, Danone ou Nestlé, augmente fortement et que les consommateurs se replient sur les yaourts équivalents des distributeurs, cette inflation ne serra que théorique...
Y. P. : Exactement. Et il y a un autre phénomène : celui la rotation des produits. Si vous augmentez un produit peu consommé comme le curaçao bleu, ça n'aura pas un impact dans le quotidien des français mais cela sera mesuré dans l'inflation d'offre qui ne tient pas compte des volumes.
LCI.fr : Le gouvernement avait promis que les prix baisseraient grâce à la loi LME (loi de modernisation de l'économie)....
Y. P. : Mais le gouvernement ne fixe pas les prix, il donne simplement le cadre législatif. On peut espérer que les distributeurs rogne un peu sur leurs marges mais ils restent dépendants du prix proposé par les industriels. Il y a un bras de fer actuellement : les distributeurs accusant les industriels de leur proposer des prix trop élevés. Depuis la LME, ils mettent la pression pour limiter les hausses de prix. La loi leur a permis de mettre un terme à une négociation limitée aux "marges arrières" qui ne permettait plus de négocier les prix mais simplement les têtes de gondole (NDLR : la présentation des produits dans els rayons, les catalogues...). Aujourd'hui, ils négocient enfin les prix : c'est beaucoup plus simple, plus logique. Et les surgelés sucrés, les yaourts-desserts, les shampoings sont en légère baisse.
LCI.fr : Comment va se passer l'année 2009 dans les chariots ?
Y. P. : 2009 sera l'année de la guerre des prix. Les Français devraient avoir les grandes marques un peu moins chères, celles des distributeurs un peu plus chères, mais également plus de grandes marques dans les magasins hard-discount (NDLR : Lidl, Aldi, Ed, Leader Price...). En résumé, 2009, c'est regardez et comparez !
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