© SXC.HULes banquiers sont attendus à Matignon, mais François Fillon, en vacances, ne sera pas présent. Ses services réunissent vendredi matin les principaux acteurs du secteur et la Banque de France, officiellement pour "examiner l'évolution et les conditions du crédit bancaire aux particuliers et aux entreprises ces derniers mois, ainsi que les mesures qui devraient, le cas échéant, être envisagées". Mais "le thème des bonus sera bien sûr évoqué, parce qu'il est au cœur de l'actualité", indique-t-on dans l'entourage de François Fillon. En l'absence de ce dernier, la réunion sera conduite par son directeur de cabinet adjoint Antoine Gosset-Grainville, chargé des questions économiques.
Cette réunion a été préparée dans l'urgence, après la polémique sur les bonus relancée par la décision de BNP Paribas de prévoir environ un milliard d'euros pour les bonus de ses équipes. Cette annonce a mis le feu aux poudres alors que la banque avait reçu 5 milliards d'aides de l'Etat au plus fort de la crise. Dans un communiqué, François Fillon a rappelé les banques au "respect" de leurs "engagements", évoquant "une exigence absolue vis-à-vis de l'Etat, qui a mis à leur disposition à l'automne dernier des moyens importants pour les aider à surmonter la crise financière".
Le G20 n'est pas allé "très loin dans l'obligation"
Toutefois pour l'opposition, cette réunion, convoquée en plein mois d'août, s'apparente à de l'agitation. "On est dans le traitement de l'opinion publique, pas dans le traitement du problème", a estimé le secrétaire national du PS à l'économie, Michel Sapin. D'autant que, selon lui, l'Etat s'est privé des moyens de contrôler les rémunérations des dirigeants des banques en refusant en contrepartie des aides versées au secteur d'entrer dans les conseils d'administration, "ce qui aurait été le meilleur moyen de garder un œil sur les bonus versés". Pour lui, l'affaire BNP Paribas pose de nouveau la question du caractère non-contraignant des préconisations faites par le G20 il y a trois mois pour "moraliser le capitalisme". "Sur la question des rémunérations, on est allé très loin dans la recommandation, pas très loin dans l'obligation".
L'Etat fait preuve de "légèreté", estime aussi Aurélie Filippetti, députée PS proche de Ségolène Royal. Selon elle, le cas de BNP Paribas démontre "une nouvelle fois que les prédateurs continuent de se goinfrer alors que les Français, eux, devront encore affronter la crise à la rentrée". Même tonalité du côté du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot, qui a appelé jeudi à faire "rendre gorge" aux banques qui s'apprêtent à verser des bonus à leurs traders.
Dans les rangs de la droite, l'affaire provoque aussi des vagues. "La première réaction est de se dire que ces banquiers n'ont rien compris en se remémorant le fameux dicton allemand: ils sont nés bêtes et n'ont rien appris depuis", a réagi le député UMP Jacques Myard. "Nous sommes un certain nombre à être conscients depuis le départ que les contreparties à l'effort de l'Etat demandées aux banques n'ont jamais été assez précises", avance de son côté le député Hervé Mariton, membre de la commission des Finances de l'Assemblée. "J'attends de la réunion de demain une prise de conscience des pouvoirs publics français -de la clarté, de la fermeté et de l'humilité- et qu'elle propose un agenda international", ajoute-t-il.
Lagarde veut une réponse internationale aux bonus |
La ministre de l'Economie Christine Lagarde a estimé vendredi qu'encadrer les bonus des traders par la loi "ne répondra pas à la question", après une proposition en ce sens du Parti socialiste. "Il faut d'abord et avant tout que ce soit international. Ce n'est pas la peine de bricoler à l'intérieur de ses frontières si, à Londres, à Singapour, ou à New York, le jeu reste ouvert", a-t-elle déclaré sur Europe 1. La ministre de l'Economie s'est dite "sceptique" sur le principe de la limitation des bonus soulignant qu'"à chaque fois qu'on met des plafonds ou des seuils, les opérateurs, les joueurs, les avocats ou les conseils trouvent toujours des moyens pour tourner autour". "Je crois beaucoup plus fermement à des règles qui soient internationales et qui interdisent ces dérives, comme les bonus garantis. Je crois aussi beaucoup au principe de la transparence. Dès qu'on met au grand jour un certain nombre de rémunérations, le sens de la mesure doit revenir", a-t-elle poursuivi. |
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