Un rayon de supermarché © REUTERSPour Matthieu le Taillandier, directeur général de Checkpoint Systems France, société spécialisée dans la sécurité, "l'idée que les gens volent pour se nourrir est une idée fausse". Reste que si les vols de nourriture ne représentent pas la plus grande partie des vols à l'étalage dans les magasins français, leur proportion a nettement augmenté au cours des derniers mois, dans un contexte de flambée des petits larcins : entre juillet 2008 et juin 2009, les vols ont représenté 1,42% du chiffre d'affaires des enseignes, contre 1,37% un an plus tôt, soit une hausse de 3,6%, selon une étude du Centre de recherche dans la distribution (Center for Retail Research, installé en Angleterre) commandée par Checkpoint Systems.
Novelli assigne neuf grandes surfaces en justice
Hervé Novelli a annoncé l'assignation en justice de neuf grandes surfaces. La brigade de la loi de modernisation de l'économie a réalisé de nombreux contrôles dans les contrats entre fournisseurs et distributeurs.
Publié le 28/10/2009
C'est près de 5 milliards d'euros de marchandises qui sont ainsi parties dans des poches indélicates. Et sur ces 5 milliards, chiffre déjà en hausse, "les vols de produits alimentaires chers", comme le lait maternisé ou la viande, "ont tendance à remonter dans la liste", concède Matthieu le Taillandier. Les distributeurs estiment plus largement qu'un tiers de l'augmentation du vol à l'étalage s'explique par la récession. Néanmoins, souligne le DG de Checkpoint Systems France, "en ces périodes difficiles, le produit de première nécessité, le produit alimentaire, n'est toujours pas le numéro un" des vols. Au "hit-parade" des produits dérobés, on trouve ainsi le textile (notamment le cuir), les lames de rasoir, le whisky, les équipements électroniques (GPS, disques dur externes, jeux vidéo, portables), puis les cosmétiques. Les vols de produits alimentaires viennent ensuite.
Qui vole, et pourquoi ?
Autre explication à cette flambée des vols, qui est elle aussi liée à la crise : depuis quinze ans, les distributeurs français ont mis en place des outils pour limiter les vols et les ont fait "baisser de façon importante, pendant des années", souligne Matthieu le Taillandier. Mais depuis 2007, il y a un regain, explique-t-il. Et ce d'autant plus qu'entre juillet 2008 et juin 2009, les magasins ont diminué de 5% leurs investissements en sécurité (vigiles, équipement). Ils y ont consacré 0,37% de leur chiffre d'affaires, ayant eu "tendance à considérer que c'était un problème sous contrôle, donc qui méritait des investissements inférieurs".
Toutes les catégories de consommateurs, indépendamment de leur âge ou leur milieu social, sont concernées par le vol, même "des gens qui gagnent très bien leur vie", précise le Directeur général de Checkpoint Systems France. Il s'agit soit d'un "vol d'impulsion d'un produit qui fait plaisir", ou du "vol de revente", avec des marchandises qui seront ensuite cédées sur internet, dans des marchés officieux ou en boîte de nuit.
Les vols affectent le résultat des distributeurs et sont répercutés sur les fabricants et sur les prix, ce qui pénalise aussi les consommateurs : ils ont ainsi coûté 205 euros entre mi-2008 et mi-2009 à chaque foyer français. Mais les distributeurs sont confrontés à un dilemme, entre la protection des produits et le libre-accès. Car un produit sous vitrine, mieux protégé, se vendra 30% moins. Par ailleurs, les clients ne sont pas seuls en cause. Les distributeurs français estiment que la "démarque inconnue" (différence entre les stocks théoriques et réels) s'explique à 41,9% par des vols effectués par des clients isolés ou des bandes organisées, à 32,8% par le personnel et à 7,6% par des fournisseurs.
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