La confection du pain © E.P.I- C. NOURY Le blé flambe, la farine suit, la baguette s'envole... L'enchaînement a l'air de couler de source mais la chaîne du pain est bien plus complexe. Alors que la sécheresse sévit en Europe de l'Est, les prix du blé ont fait un bond de 45% depuis début juillet. En Russie, qui produit 8% du blé mondial, le Premier ministre Vladimir Poutine a interdit les exportations de céréales jusqu'à la fin de l'année. La situation est donc très tendue sur les cours mais à la Confédération nationale de la boulangerie, on reste très prudent sur une éventuelle hausse de la baguette, chère au cœur et au portefeuille des Français. "Bien sûr, cela peut avoir une incidence mais quand on regarde les courbes d'évolution du prix du blé et de la baguette depuis des années, on se rend bien compte que son évolution est très lissée. On ne va pas changer le prix du pain tous les jours !", explique un porte-parole à TF1 News, "et les boulangers n'achètent pas du blé mais de la farine. Tant qu'on ne voit bouger ce prix, cela n'a pas d'incidence sur le prix du pain".
Prix de la farine : soupçons sur un "cartel des meuniers"
Les principaux meuniers français sont soupçonnés d'entente sur les prix, affirme Le Figaro. L'Autorité de la concurrence reproche à une dizaine d'entreprises françaises de s'être entendues avec certaines entreprises allemandes.
Publié le 29/03/2011
Baguette plus chère, la faute aux marchés ?
Après un différend avec Paris sur le sujet, la Commission européenne reconnaît finalement l'existence d'un lien entre certaines activités financières et la volatilité des prix des matières premières, dans un rapport publié mercredi.
Publié le 02/02/2011
"Fauchés comme les blés", les céréaliers ont défilé à Paris
Plus de 10.000 céréaliers, certains juchés sur quelque 1.500 tracteurs, ont envahi mardi les grands axes parisiens pour manifester leur angoisse devant la chute de leurs revenus.
Publié le 27/04/2010
Moissons de blé prometteuses en Touraine
En Touraine, les agriculteurs récoltent actuellement le blé et les céréales. Cette moisson promet d'être abondante et les prix de vente sont en hausse.
Publié le 20/07/2010
Que faire pour les minoteries face à la hausse du prix du blé? une réponse: rester innovant
C'est pour cela que la famille Bellot, propriétaire des Minoteries Bellot, a décidé d'investir 9 millions d'euros dans la construction d'un nouveau moulin.
Publié le 30/09/2008
Pourquoi la baisse du blé n'est pas répercutée ?
Le prix du pain a pris 5% en moyenne l'an dernier. Depuis le début de l'année, il s'est stabilisé. Et pourtant les cours du blé ont baissé.
Publié le 13/05/2008
Dans les 35.000 boulangeries de France, la question est loin d'être tranchée. "Pour le moment, on n'a subi aucune augmentation et même quand la farine augmente un petit peu, cela n'a pas un impact catastrophique", explique Danielle Julhès, propriétaire de la boulangerie du même nom, réputée dans tout le 10e arrondissement de Paris. "Il y a deux ans, il y avait déjà une flambée et l'on avait pas augmenté. Depuis 2005, nous n'avons pas augmenté nos prix, nous les avons même baissés en 2009", poursuit-elle. Il faut en effet relativiser : la farine ne compte qu'à hauteur de 5% dans le prix d'une baguette, dix fois moins que les charges et salaires. "Nous n'appartenons pas à un moulin. Nous faisons nos mélanges de farine nous-mêmes. Pour notre baguette tradition vendue 80 centimes, nous payons par exemple 640 euros la tonne de farine. S'il y a une hausse de 20, 30, 40 euros, je ne la répercuterai pas car cela est très marginal sur le prix d'une baguette. Je préfère garder mes clients", tranche Danielle Julhès, tout en expliquant que "les prix peuvent changer du jour au lendemain".
"Intense spéculation financière"
Et difficile de savoir si les meuniers ont commencé à répercuter la hausse du blé sur le prix de leurs farines. "La situation française est très différente de la situation en Russie. Les moulins français approvisionnent exclusivement en blé français. Il n'y aura pas de pénurie", assure l'Association Nationale de la Meunerie Francaise. Mais motus sur les cours de la farine. "Nous n'avons pas d'éléments mesurant l'évolution", explique-t-on.
Quoi qu'il en soit, les meuniers sont en colère. "Nous sommes victimes depuis un an d'une intense spéculation financière", dénonce auprès de TF1 News Joseph Nicot, son président. "Nous faisons des propositions pour qu'Euronext réforme le marché du blé européen qui est bien plus libéral que celui de Chicago, aux Etats-Unis ! Pour mieux comprendre les tendances réelles du marché, nous voulons par exemple une limite maximum des cours mais aussi, comme aux Etats-Unis, une meilleure information sur les transactions qui ne correspondent qu'à un jeu sur les écarts de prix et polluent le marché". Il dénonce par ailleurs "ces médias qui annoncent déjà une hausse de 25% de la farine", "je me demande d'où ils la sortent!"
"Si on augmente pas, on disparaît"
"Bien sûr que les prix de la farine vont augmenter ! Si on ne le fait pas, on disparait. Nous avons des matières premières qui augmentent de 50, 60% depuis la mi-juin. Nous les répercuterons dès que possible si les contrats que nous avons signés nous le permettent. Dans le cas contraire, nous perdrons beaucoup", prévient toutefois Jean-Paul Kling, directeur général des Grands Moulins de Strasbourg (Banette). La baguette augmentera-t-elle dans la foulée ? "Cela dépendra de nos clients : boulangeries artisanales et industriels. A eux de décider...".
La hausse du pain comme épouvantail médiatique. De leur côté, les agriculteurs ne veulent pas en entendre parler. "Il est tout à fait fallacieux de faire croire à la population que les tarifs de la baguette de pain vont augmenter ! Par ailleurs, jusqu'à l'année dernière, les prix du blé ont fortement chuté mais aucune baisse de prix de ces denrées alimentaire n'a été constatée. Il n'y a donc aucune raison d'annoncer de telles hausses des prix alimentaires pour cette rentrée 2010 !", dénonce dans un communiqué furibard la Chambre d'Agriculture d'Ile de France. "Une situation apparemment similaire a déjà été vécue en 2007 et l'on avait crié haro sur les céréaliers pour les mêmes raisons. Les chiffres avaient démontré que les prix avaient augmenté d'à peine 4% pour la baguette entre 2007 et 2008. Par ailleurs, jusqu'à l'année dernière, les prix du blé ont fortement chuté mais aucune baisse de prix de ces denrées alimentaires n'a été constatée", tempêtent encore les agriculteurs. Pour savoir qui dit vrai, rendez-vous en septembre.
Olivier Levard
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