
Le lait et le poulet, nouveaux indices du manque de transparence dans les prix de la grande distribution ? L'association de consommateurs UFC-Que Choisir a dénoncé mardi lors d'une conférence une "cagnotte" captée selon elle par les industriels et les distributeurs à travers l'évolution des marges brutes de ces deux produits alimentaires, au détriment des consommateurs et des agriculteurs.
Alors que les prix des matières premières agricoles, très volatils ces dernières années, flambent de nouveau, et que leur répercussion sur les étiquettes, en cours, est annoncée comme "inéluctable", l'association a étudié l'évolution des prix de deux produits peu transformés, le lait et le filet de poulet depuis 2000. Elle en déduit que "les hausses de prix agricoles sont systématiquement répercutées en rayon" mais que leurs baisses "ne sont pas ou mal répercutées".
Absence de logique économique
Ce sujet est d'autant plus sensible que l'alimentation, troisième poste budgétaire des ménages après le logement et les transports, représente 13,5% de leurs dépenses, et même 17% pour les 10% de ménages les plus modestes, souligne Alain Bazot, président d'UFC-Que Choisir. Et ce budget est "pratiquement incompressible".
Dans le détail, en analysant l'évolution des marges brutes du lait depuis 2000, l'association a calculé que le consommateur avait subi depuis neuf ans "une dépense supplémentaire de 1,6 milliard d'euros" et de 7,7 milliards d'euros pour le poulet, indique Olivier Andrault, chargé de mission sur l'alimentation. "Comment on pourrait ne pas s'indigner devant cette absence de toute logique économique dans la formation des prix ?", déclare de son côté le président de l'association. A noter que les marges brutes sont à différencier des bénéfices, car il faut déduire de ces marges les charges, les coûts salariaux, l'énergie.
Confiscation de la baisse des prix
Quoiqu'il en soit, les bénéfices demeurent substantiels. Et il n'en faut pas plus au président d'UFC-Que Choisir pour dénoncer cet état de fait. Ces dernières années, "on a assisté à une confiscation de la baisse des prix agricoles au détriment des consommateurs qui a permis aux intermédiaires de se constituer une cagnotte faramineuse", estime-t-il.
Il demande en conséquence "que l'Observatoire des prix et des marges identifie d'urgence enfin les causes réelles de l'inflation des marges brutes de l'industrie et de la distribution". Au-delà, il souhaite que les pouvoirs publics mettent en place "un coefficient multiplicateur sur les prix des produits alimentaires bruts ou peu transformés". En clair, l'UFC-Que Choisir veut la création d'un rapport entre le prix d'achat et le prix de vente avec une limitation de l'écart appliquée d'autorité.
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