Grève dans l'aérien : des annulations "à chaud"

le 06 février 2012 à 05h30 , mis à jour le 06 février 2012 à 11h39

Jusqu'à jeudi, le trafic aérien risque d'être perturbé en raison d'un appel à la grève de plusieurs organisations syndicales du transport aérien. Air France a annoncé pouvoir assurer 80% de ses vols court et moyen courrier et 85% de ses long courrier.

tour de contrôle aéroport trafic aérienUne tour de contrôle (archives).

Quel sera l'impact de la grève qui débute ce lundi sur le trafic aérien ? Difficile de le dire. Une seule certitude pour Yves Deshayes, le président du puissant syndicat des pilotes SNPL : "Le mouvement sera très suivi, dire combien c'est toujours très compliqué mais il y aura du monde qui fera grève".

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Air France également ne pouvait fournir de prévisions lundi matin. Il y a certes eu quelques annulations sur les moyens courriers en début de matinée, mais "ce n'est pas forcément révélateur de ce qui se passera dans la journée"

Des annulations "à chaud" lundi matin

A Roissy, outre les vols annulés préventivement par Air France, quelques annulations "à chaud" étaient enregistrées notamment vers Genève, Naples, Istanbul ou Rio, a constaté une journaliste de l'AFP; easyJet a également annulé cinq départs lundi matin au départ de Charles-de-Gaulle. Selon une source aéroportuaire, "126 annulations ont été programmées dès dimanche soir sur 1.190 mouvements (décollage et atterrissage) prévus lundi" à Roissy et Orly, mais "il va falloir tenir compte des annulations à chaud". Air France attend 120.000 passagers à Roissy ce lundi.

A Toulouse, on notait beaucoup de retards supérieurs à une heure, mais "il y a peu de monde à l'aéroport, ce n'est pas la cohue", a indiqué un porte-parole de la plate-forme. Du fait de la grève et aussi de la neige, on comptait avant midi 15 vols annulés au départ (Air France et six autres compagnies) et six à l'arrivée. A Nantes, 11 vols ont été annulés à l'arrivée et 10 au départ, mais la plupart des voyageurs, informés par leur compagnie, ne se sont pas déplacés. Idem à Marseille, Montpellier ou Nice, où malgré des annulations, il n'y a avait pas de file d'attente. A Lyon, sur 13 annulations, 4 étaient imputables à la météo.

Les compagnies ont informé leurs clients, via internet ou SMS, d'annulations préventives. Elles ont aussi prévu davantage de personnel navigant "en réserve" pour pallier des absences imprévues, mobilisent leurs cadres et essaient de basculer des passagers sur des vols assurés parfois par d'autres compagnies (long-courriers notamment). Air France invite aussi ses passagers à différer leur voyage, la modification des billets étant facilitée.

"Rayer d'un trait de plume 40 années d'accords"

L'imprévisibilité de la grève est d'ailleurs, en soi, un des aspects du bras de fer qui se joue dans les aéroports, puisque l'appel à la grève, qui réunit plusieurs organisations syndicales du transport aérien, vise à protester contre toute tentative de mettre en place un "service minimum", prévue par la loi Diard (lire encadré ci-dessous)

L'ampleur du mouvement dépendra de la mobilisation des pilotes. Philippe Sportès le reconnaît ouvertement. "On compte énormément sur les pilotes", a-t-il dit. Mais, outre les personnels naviguants, toutes les autres catégories de l'aérien, agents en escale, ravitailleurs, bagagistes, etc..., ont été également invitées à se mobiliser. Selon une source aéroportuaire, "le mouvement est peu suivi au sol chez Air France, mais la mobilisation plus forte chez les navigants". De son coté, le président du SNPL estime que "de mémoire de syndicaliste, il n'y a jamais eu une telle unité syndicale du monde aérien dans un conflit".

Pourtant, la direction d'Air France, compagnie dominante sur le territoire national, indiquait dès vendredi soir qu'elle pourrait assurer "plus de 85%" des vols long courriers et surtout "plus de 80%" des vols court et moyen courriers, c'est-à-dire la France et l'Europe. "Ils font un pari, je pense que ce pari d'Air France est très optimiste", a estimé pour sa part Franck Mikula, président du syndicat d'hôtesses et stewards UNAC, affilié à la CFE-CGC, qui se garde néanmoins de toute prévision. 

La loi Diard en question

Le projet du gouvernement, qui passe par une proposition de loi du député UMP des Bouches-du-Rhône Eric Diard, prévoit notamment d'imposer aux grévistes l'obligation de se déclarer individuellement 48 heures à l'avance. Il prévoit aussi un devoir d'information pour les compagnies avec des prévisions de trafic 24 heures à l'avance. Ce texte est inspiré de ce qui existe dans les transports terrestres depuis 2007, notamment à la SNCF et la RATP, sociétés publiques, et appelé abusivement "service minimum", car il n'y a pas de réquisition de personnels. Il s'agit plutôt d'un service optimisé grâce à une organisation en amont des moyens humains disponibles. La différence toutefois dans le domaine de l'aérien en France, c'est qu'il n'y a plus que des compagnies privées qui n'ont aucun monopole, ni obligation de service public, à l'exception de quelques dessertes (Corse, Dom-Tom). Et pour les syndicats ce projet va de facto remettre en cause le droit de grève. "Il faudra se déclarer, il y aura des pressions hiérarchiques, ce sera inscrit dans le dossier professionnel (...). Très concrètement le salarié ne pourra plus faire grève", estime Philippe Sportès, secrétaire général du syndicat Unsa des hôtesses et stewards.

La proposition de loi Diard a été adoptée en première lecture le 24 janvier à l'Assemblée. Le Sénat doit examiner le texte le 15 février, en première lecture. En cas de rejet - probable - se réunira une commission mixte paritaire, avant une dernière lecture par l'Assemblée. Le mécontentement des personnels de l'aérien sur le texte en préparation, se juxtapose avec les mesures drastiques internes que s'apprête à prendre la direction d'Air France pour retrouver de la rentabilité. "Vendredi lors d'un comité central d'entreprise ils vont rayer d'un trait de plume 40 années d'accords" a affirmé le président du SNPL. "Air France ne traite pas mal ses salariés mais notre modèle est à bout de souffle", a déclaré dans le Journal du Dimanche le nouveau président de la compagnie, Alexandre de Juniac.

le 06 février 2012 à 05:30
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25 Commentaires

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  • brc71, le 06/02/2012 à 17h50

    Espérons que la loi passera bien et ne sera pas annulée par Mr Hollande. Avec les syndicats on ne sait jamais.

  • globule3124, le 06/02/2012 à 15h15

    Vivement la loi

  • gzogzog, le 06/02/2012 à 15h06

    Quelle santé dans ce (très bon) commentaire : C'est toujours un plaisir de vous lire, svetlana11 !!! :)

  • armada92, le 06/02/2012 à 14h51

    Cette grève signifie que les syndicats d'Air France souhaitent continuer à faire ce qu'ils veulent et mettre la pagaille quand ils en ont envie.... Prévenir 48h à l'avance que l'on va faire grève me parait la moindre des corrections par rapport aux clients qui ont payé leur billet sont en droit d'attendre un service. Lorsque nous voyageons, nous essayons de trouver d'autres compagnies, tout aussi efficaces, ponctuelles et avec une personnel navigant très aimable. Le jour où la concurrence sera telle que notre fleuron devra plier boutique, ces mêmes privilégiés ne viendront pas pleurer... Merci

  • linounormandie, le 06/02/2012 à 14h48

    Air France perd chaque année 300 millions d'euros ; il faudrait peut être que les syndicats comprennent qu'avec leurs grèves à répétition, ils contribuent à la noyade de leur compagnie...... Le droit de grève est une chose mais le service public en est une autre. Les usagers ne sont pas des otages et il est absolument normal qu'un préavis de 48 h soit obligatoire afin que tout un chacun puisse s'organiser. Un peu de respect, Messieurs les syndicalistes de tous poils.

  • dimid, le 06/02/2012 à 13h07

    Décidemment nous avons les politiques et les syndicats les plus bêtes du monde ! Quand les syndicats comprendront que ce n'est pas en prenant les usagers en otage qu'ils se feront bien voir et qu'ils seront entendus, ils auront tout compris ! Leurs agissements sont inqualifiables. La grève est un droit et personne ne le conteste. Mais les usagers paient et doivent à ce titre être respectés. Or ils subissent les grèves de ces rigolos ! Un jour cela finira mal. Il y a déjà ici ou là des employés de la SNCF ou de la RATP quio sont pris à parti lors de journée de grève. Le temps viendra ou les usagers ne se contenteront plus de mots mais agiront. Et cela risque fort de se terminer dans le sang ! Les syndicats n'auront alors qu'à s'en prendre à eux même.

  • __camille__, le 06/02/2012 à 12h46

    Cette action des syndicats n'est que du terrorisme social. Des milliers de fermetures d'entreprises sont à mettre à leur compte depuis ces 30 dernières années. Ils semblent ne pas vouloir admettre que pour qu'il y ait de l'emploi il faut avant tout qu'il y ait des employeurs. S'ils continuent ainsi, ils auront la peau d'Air France dont TOUS les employés se retrouveront à Pôle Emploi. Quel succès remarquable !!!!

  • sortilege06110, le 06/02/2012 à 12h41

    Notre réputation mondiale de râleurs pas sérieux et toujours en grève n'est pas usurpée....

  • languedebois, le 06/02/2012 à 12h40

    Je ne risque plus d'en croiser car nous utilisons désormais des compagnies étrangères au départ de Genève. Un lyonnais

  • untitideparis, le 06/02/2012 à 12h25

    Remarquable comme raisonnement

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