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Pourquoi les banques veulent la fin du chèque

Franck Lefebvre-Billiez par
le 25 avril 2012 à 10h56 , mis à jour le 26 avril 2012 à 06h33.
Temps de lecture
5min
Chèque (archives)

Chèque (archives) / Crédits : TF1/LCI

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ConsommationINTERVIEW - Un rapport préconise de diviser par deux le nombre de chèques d'ici 2017. Objectif, à terme : leur disparition. Les associations de défense des consommateurs redoutent qu'elle se fasse au détriment des clients des banques. Décryptage avec Maxime Chipoy, de l'UFC-Que Choisir.

TF1 News : On sait depuis longtemps les banques peu favorables à l'usage des chèques. Mais les choses semblent s'accélérer, avec un récent rapport du Comité consultatif du secteur financier, dépendant de la Banque de France, qui préconise de diviser leur nombre par deux d'ici 2017. Pourquoi ce rapport, pourquoi maintenant ?

Maxime Chipoy, chargé de mission banque-assurance à l'UFC-Que Choisir : Ce rapport devait, à l'origine, sortir vers la fin de l'année dernière - courant octobre. Il a été retardé de six mois. On peut comprendre qu'entre la crise économique, les problèmes liés à la dette française... et l'approche de l'élection présidentielle, François Baroin a eu d'autres sujets de préoccupation. Mais pour les banques, il y a urgence. On assiste à un bouillonnement sur la question des nouveaux moyens de paiement - qu'il s'agisse des paiements par internet, ou des projets de paiement sans contact, par téléphone portable... Si Christine Lagarde avait demandé ce rapport, c'est précisément parce qu'il y a beaucoup de projets qui se développent, et pour avoir une vision plus claire de ce qui pourrait se passer dans les années à venir.

Alors, le chèque serait-il dépassé, "ringard" ?

C'est ce que voudraient nous faire croire les banques. Et elles mènent depuis longtemps une vaste opération de lobbying pour accréditer cette idée. Pourtant, outre le chèque, il existe un autre moyen de paiement écrit qui, lui, n'est absolument pas visé par leurs critiques : le Titre Interbancaire de Paiement. Dans sa forme, le TIP est très proche du chèque ; mais curieusement, les considérations sur le manque de "modernité" du chèque ne l'atteignent pas. Le vrai problème, pour les banques, c'est que le chèque ne leur rapporte rien. Il reste l'un des rares moyens de paiement gratuits pour les consommateurs, quand les cartes bancaires sont payantes, et que même l'usage du liquide coûte de plus en plus souvent de l'argent aux consommateurs. Pour qu'un retrait soit gratuit, aujourd'hui, les clients des banques sont obligés de retirer exclusivement à un distributeur automatique de leur banque ; et s'ils veulent retirer au guichet, ils ne peuvent le faire gratuitement que dans leur agence bancaire. Au final, seul le chèque garantit aux clients de pouvoir accéder gratuitement à leur propre argent.

Mais le nombre des chèques tend déjà à décroître naturellement (1) , avec le développement des autres moyens de paiement. Pourquoi vouloir précipiter le mouvement, au risque de heurter les consommateurs, déjà échaudés parfois par la multiplication de nouveaux services payants ?

exergueNous lançons un appel au prochain ministre de l'Economie, quel qu'il soit"

Tout simplement parce que les banquiers sont, aujourd'hui, très concurrencés sur le terrain des nouveaux moyens de paiement par de nouveaux acteurs : les établissements de paiement (2). Ce sont surtout de petites structures, qui n'ont pas forcément d'agences ; elles ont des coûts réduits et peuvent proposer à leurs clients des paiements à des tarifs très limités. Les banques estiment donc, à tort ou à raison, qu'elles sont menacées sur ce qui constitue une partie de leur coeur de métier. Voilà pourquoi elles font pression pour obtenir une disparition rapide du chèque, qui non seulement ne leur rapporte rien, mais leur coûte de l'argent, pour se concentrer sur les moyens de paiement susceptibles de leur rapporter  le plus. Mais il faut signaler que même si elles perdaient l'avantage sur ce terrain, les banques conserveraient tout de même des points forts qui garantiraient leur pérennité : la gestion de l'épargne de leurs clients... et le fait qu'en France, tout le monde doit avoir un compte bancaire.

Que peuvent faire les consommateurs ?

Pas grand'chose, il est vrai ; et tôt ou tard, le chèque disparaîtra. Mais nous militons pour que soient développées d'autres solutions qui garantissent un accès gratuit des consommateurs à leur argent. Il faut savoir aussi que derrière cette question s'en profilent d'autres, qui sont cruciales. Au-delà du chèque, le rapport vise par exemple aussi... le paiement par espèces. Un moyen de paiement qui, il est vrai, coûte également de l'argent aux banques. Faudrait-il le limiter lui aussi ? C'est aujourd'hui le dernier moyen de paiement qui garantisse l'anonymat du consommateur. Faudrait-il admettre demain que les consommateurs ne pourraient plus faire aucun achat de manière anonyme ? Avec cette question se pose aussi celle des données personnelles des clients, et du contrôle de ces données. Les banques connaissent déjà presque tout aujourd'hui de nos habitudes de consommation. Demain, jusqu'où ira l'usage de ces données ? Nous considérons, à l'UFC, que même si les paiements par espèces ont un coût, l'anonymat des consommateurs doit être protégé par la collectivité.

L'actuel contexte électoral peut-il jouer, dans un sens ou dans l'autre ?

Assez peu, probablement. Même si l'on trouve un peu plus de propositions sur la banque dans le programme de François Hollande que dans celui de Nicolas Sarkozy, sur cette question des moyens de paiement, ils sont silencieux l'un et l'autre. Mais nous lançons un appel au prochain ministre de l'Economie, quel qu'il soit : nous serons clairement amenés à nous rencontrer bientôt sur ce thème. Nous ne sommes pas opposés par principe à la disparition du chèque ; encore faut-il développer d'autres solutions pour permettre aux consommateurs de conserver un accès gratuit à leur propre argent.

 

(1) Selon des chiffres de la Banque de France cités dans le rapport du CCSF, les chèques représentaient 56,6% du volume des moyens de paiement utilisés en 1991, 25,6% en 2006 et 18,2% en 2010. C'est toutefois un niveau qui reste sans égal en Europe.

(2) Les établissements de paiement sont apparus en France en 2010, dans la foulée d'une directive européenne (la directive 2007/64/CE) qui visait à mettre fin au monopole des établissements de crédit sur la fourniture des services de paiement. Actuellement, 14 de ces établissements (ADP Gestion des paiements, Afone Paiement, Allopass, Aqoba EP...) ont été autorisés par l'Autorité de Contrôle Prudentiel, qui dépend de la Banque de France.

Le plaidoyer pro-chèques de CLCV 

Tout comme l'UFC-Que Choisir, l'association Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV) dénonce la disparition programmée du chèque dans un communiqué diffusé mercredi. "La suppression des chèques est à nouveau au coeur des débats dans le rapport sur L'avenir des moyens de paiement en France remis  à Bercy par Messieurs Pauget et Constans, les banques considérant le coût  de leur  traitement comme trop onéreux", s'insurge l'association. "Ce n'est pas une nouveauté. Les banques affichent depuis des années leur volonté de supprimer les chèques, sauf à pouvoir les facturer. Les consommateurs refusent l'une et l'autre de ces solutions. Obligés de se bancariser, ils veulent pouvoir disposer de leur argent pour effectuer des paiements, sans avoir obligatoirement à payer."

Commenter cet article

  • fimadou : Perso,mes échéances sont payées par prélèvement automatique et quand ma retraite tombe ainsi que celle de ma femme,je laisse le montant nécessaire + 10 euros sur chaque compte et je prélève tout que je gère en divisant le montant par 30 ou 31 selon le mois.Ce qu'il me reste en fin de mois je le place sur mon compte épargne.

    Le 15/05/2012 à 07h52
  • fimadou : Ils n'ont pas le droit de les refuser,contre une identification sure.

    Le 15/05/2012 à 07h46
  • fimadou : @tonus5,Non le titre est "pourquoi les banques veulent la FIN du chèque".

    Le 15/05/2012 à 07h44
  • dameiris : Je crois que, d'après la Banque de France (à vérifier sur leur site), la moitié des paiements faits à Chypre le sont en chèques.

    Le 13/05/2012 à 13h57
  • yreveill79 : On paye déjà 11 euros / mois pour avoir un compte bancaire et on veut nous faire croire que l'on paye pas déjà ce service ? C'est lamentable, on est vraiment bon qu'à payer dans ce pays !

    Le 13/05/2012 à 12h05
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