Dans son communiqué, la Cour précise qu'elle "rassemble toutes les données factuelles disponibles actuellement sur les éléments qui constituent les coûts, passés, présents et futurs de la production d'électricité nucléaire en France, sans prise de position ni sur le niveau souhaitable de cette production, ni sur les modalités de son financement". Dans son rapport, commandé par le Premier ministre François Fillon, elle précise qu'il semble difficile que "les investissements énergétiques de remplacement ou de substitution du parc actuel, quel que soit le dispositif choisi (économies d'énergie, autres sources d'énergie, nouveau réacteur nucléaire), puissent être réalisés dans un délai n'imposant pas une prolongation de tout ou partie du parc actuel au-delà de quarante ans".
Au coeur de la présidentielle
Ces conclusions interviennent alors que l'opportunité de fermer certaines centrales ou de prolonger leur durée de vie s'est imposée comme un sujet majeur du débat de la campagne électorale pour la présidentielle. Le gouvernement a fait savoir qu'il entendait poursuivre l'exploitation du nucléaire. François Hollande s'est engagé à ne fermer que la centrale nucléaire de Fessenheim au cours du prochain quinquennat s'il est élu président de la République. François Hollande, qui a ainsi pris ses distances avec un accord électoral difficilement conclu entre le PS et Europe Ecologie-Les Verts prévoyant de fermer 24 des 58 réacteurs français d'ici à 2025, souhaite en outre ramener la part de l'électricité nucléaire en France de 75% à 50% à l'horizon 2025. Il s'est également engagé à achever le chantier de l'EPR de Flamanville mais ne lancera pas celui de Penly, programmé par le gouvernement.
Dans son rapport, la Cour des comptes réclame "des orientations de la politique énergétique à moyen terme, publiquement connues et utilisablespar tous les acteurs du secteur". "En effet, ne pas prendre de décision revient à faire un choix, celui de faire durer le parc actuel au-delà de 40 ans", ajoute-t-elle. Le ministère de l'Energie a réagi à ces remarques en faisant valoir que "la problématique soulevée (avait) déjà bien entendu été identifiée dans la programmation pluriannuelle des investissements, qui sera mise à jour au cours de la prochaine législature, conformément à la loi".
Energies renouvelables : ça coincerait sur les éoliennes
Parallèlement, le Commissariat à l'Energie Atomique a établi un scenario de sortie du nucléaire. Et son calcul aboutit à la conclusion suivante : il en coûterait 530 à 772 milliards d'euros, soit environ le triple d'un scénario de statu quo (178 milliards à 212 milliards d'euros). Le service d'évaluation économique du CEA, l'Itese, a comparé le scénario où le nucléaire reste à son niveau actuel d'environ 74% (plus 11% d'hydraulique, 10% d'éolien, 2% de solaire et 2% de gaz) et celui d'une "sortie" d'ici 2025 vers un modèle également à faible émission de carbone (60% éolien, 12% solaire, 12% hydraulique et 16% gaz), explique le patron du CEA Bernard Bigot, dans Les Echos. Conséquence sur le prix de l'électricité: alors que le scénario nucléaire donne un coût du mégawattheure à 62 euros en 2025, le scénario de sortie aboutit à un coût deux fois plus élevé à 124 euros, selon les chiffres du CEA, bras scientifique de l'"équipe de France" du nucléaire (EDF, Areva...).
Interrogé par Les Echos sur l'objectif défendu par François Hollande de ramener le nucléaire à 50% de l'électricité française d'ici à 2025, Bernard Bigot répond: "Pourquoi pas? Mais pas de manière précipitée. Ce serait trop rapide de le faire d'ici à 2025 dans le contexte budgétaire et technique". Par ailleurs, selon l'étude du CEA publiée sur Internet, "le caractère réaliste du scénario de très fort développement des énergies renouvelables, éolien notamment, n'est actuellement pas totalement avéré", du fait du problème de la production électrique intermittente et de l'acceptabilité d'un nombre très important d'éoliennes.
Un rapport repris par le gouvernement
François Fillon a salué le rapport remis mardi par la Cour des comptes sur le coût du nucléaire et promis que le gouvernement reprendrait désormais régulièrement à son compte cet "exercice de transparence". Ce rapport "constitue une première référence mondiale depuis la construction du parc électro-nucléaire français", a salué le Premier ministre dans un communiqué. Il a demandé à la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, de "procéder aux audits correspondants et aux évaluations complémentaires nécessaires". "Les choix sur la durée de fonctionnement des centrales nucléaires ou la construction de nouveaux réacteurs revêtant un caractère stratégique et déterminant sur les coûts de la filière, ils seront précisés dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements (PPI) élaborée à partir de l'été 2012", ajoute le communiqué de Matignon.
Le ministre de l'Energie, Eric Besson, a jugé que "le mythe du coût caché du nucléaire s'effondre", et que la Cour avait confirmé la compétitivité de l'atome. A l'inverse, la candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle, Eva Joly, a estimé qu'après le "mythe de l'indépendance énergétique" et celui "de la technologie sûre", "c'est le mythe du nucléaire énergie pas chère qui s'effondre".









