Quand les boulangers ne sont pas amis avec les antiquaires

Par Matthieu DURAND, le 28 septembre 2006 à 11h24 , mis à jour le 28 septembre 2006 à 12h04

En fonction de ce qu'ils vendent, les commerces s'attirent ou se repoussent, comme des aimants. Un chercheur du CNRS a mis au point une formule permettant d'établir des cartes d'emplacements porteurs pour chaque type d'activité.

TF1-LCI carte LyonUne carte de Lyon présentant l'emplacement des boulangeries (points noirs) et les zones favorables à leur implantation (en rouge). © Pablo Jensen/CNRS/CCI Lyon

Pourquoi les magasins de vêtements tendent-ils à se concentrer dans un même endroit alors que les boulangeries semblent préférer rester à l'écart les unes des autres ? Cette question, Pablo Jensen se l'est posée un beau jour après s'être promené dans les rues de Lyon. Physicien au CNRS, il a décidé de percer ce mystère en recourant à une démarche scientifique, outils de physique et de géographie à l'appui.

"J'ai essayé de quantifier les amitiés et les inimitiés entre les commerces", explique le chercheur à LCI.fr. "Car les commerces s'attirent ou se repoussent, comme des atomes en physique", précise-t-il. Avec la collaboration de la Chambre de commerce (CCI) de la métropole lyonnaise, Pablo Jensen a ainsi scruté à la loupe l'emplacement des 8000 commerces de Lyon et de Villeurbanne. Pour chaque magasin, il a listé les autres locaux commerciaux dans le "voisinage proche", soit 150 mètres. A l'intérieur de ce rayon, les commerces ont été qualifiés d'amis ; à l'extérieur, d'ennemis (voir le tableau ci-dessous).

Cinq groupes d'amis

A partir de cette liste, le chercheur a mis au point un algorithme qui a permis de regrouper les 55 différents types de commerces établis par la CCI en cinq groupes d'amis : les boulangeries, commerces de proximité et leurs amis ; les bijouteries, parfumeries, magasins de chaussures et de vêtements ; les magasins d'électronique, de meubles et d'articles de sports ; les salons de coiffure et de beauté ; les antiquaires et les encadreurs.

"A 90%, cette liste correspond à la liste de catégories commerciales mise au point intuitivement par la chambre de commerce", annonce Pablo Jensen. Pour autant, la classification en amis-ennemis a réservé quelques surprises. Ainsi, les magasins pour l'équipement de la maison (électronique, meubles, sport) se retrouvent dans le même groupe d'amis que les magasins de surgelés et les concessionnaires. En revanche, les points de vente de pain (qui n'en produisent pas sur place) ne sont pas dans le groupe des boulangeries mais dans celui des salons de coiffure.

Lyon, Bruxelles, Marseille

Des résultats qui permettent d'affiner les conseils que la CCI fournit aux artisans qui souhaitent installer un commerce dans tel ou tel quartier. Pablo Jensen a donc mis au point un logiciel qui permet de "calculer la qualité d'un emplacement", c'est-à-dire si le voisinage est porteur pour l'activité en question. L'outil est en cours de test. Si les résultats sont concluants, il sera proposé à d'autres chambres de commerce.

Car la formule mise au point par le physicien s'adapte à n'importe quelle ville : "On part d'une carte de la répartition des commerces dans une ville puis on applique l'algorithme", déclare-t-il. Ce qui a fonctionné pour Lyon a également été vérifié à Marseille et Bruxelles. Avec, évidemment, des similitudes et des différences. Dans les trois villes, les boulangeries n'aiment pas se regrouper ; à l'inverse, si les coiffeurs apprécient le même voisinage à Lyon, ils préfèrent l'éloignement à Bruxelles. "Tout cela confirme la pertinence d'un vieux dicton, déclare Pablo Jensen. A savoir que les trois éléments les plus importants pour réussir dans le commerce sont la localisation, la localisation et la localisation."

"Amis"

"Ennemis"

Boulangerie

pharmacie, boucherie, marchand de tabac...

boulangerie, antiquaire, bijouterie...

Bijouterie

horlogerie, maroquinerie, magasins de chaussures et d'habillement, parfumerie, chocolatier...

magasins de proximité (boulangerie, boucherie...), antiquaire, fleuriste...



Par Matthieu DURAND le 28 septembre 2006 à 11:24
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2 Commentaires

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  • Marcel, le 28/09/2006 à 14h28

    C'est trés bien mais j'ai travailler dans un groupe qui avait 124 magasins avant de donner sont accord pour une nouvelle ouverture le PDG vennait voir si en fonction des commerces de la rue on pouvait envisager un nouveau point de vente

  • Syl, le 28/09/2006 à 13h29

    Quel article prétentieux !! Cela fait plus de 10 ans que tous les éditeurs de logiciels SIG (Système d'Information Géographique) (traduction uniquement pour M. Jensen) proposent des algorithmes dit de Géo-marketing qui font exactement la même chose que la prétendue découverte de notre brillant chercheur du CNRS. Je commence a comprendre pourquoi la recherche française coute si cher !!!!

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