Un A380, lors d'un vol de test le 4 septembre 2006Les dirigeants d'EADS, dont l'ancien co-président exécutif Noël Forgeard, étaient-il au courant des retards de livraison de l'A380 avant de vendre massivement leurs titres au mois de mars ? C'est désormais à la justice de répondre à cette question. Lundi, une information judiciaire contre X a été ouverte pour "délit d'initié, diffusion de fausses informations et recel sur le titre de la société". Elle fait suite au dépôt d'une plainte avec constitution de partie civile le 16 juin par un avocat représentant d'actionnaires individuels, Me Frédérik-Karel Canoy.
L'Association des petits porteurs actifs (Appac) avait également déposé une plainte, en juin. Les plaignants dénoncent les ventes effectuées par plusieurs hauts cadres d'EADS entre le 9 et le 17 mars 2006 alors que le cours de l'action était d'environ 32 euros. Noël Forgeard, qui a vendu un paquet d'actions EADS en mars avec une plus-value de 2,5 millions d'euros, a réfuté le "délit d'initié" en soutenant qu'il n'était à l'époque de cette vente "pas au courant" des retards du programme A380, qui ont provoqué une chute importante du cours de l'action. Le dirigeant avait dû démissionner début juillet.
Outre Noël Forgeard et ses enfants, les plaignants citent les noms de François Auque, directeur d'EADS Space, Jean-Paul Gut, directeur général délégué, Jussi Itavuori, directeur des ressources humaines, qui auraient vendu des actions. Au total, environ 600.000 actions auraient été vendues en mars. Le directeur général délégué d'Airbus, Fabrice Brégier, est lui aussi visé, a indiqué samedi l'avocat de l'association Frédérik-Karel Canoy.
"Diffusion de fausses informations"
Le 4 avril, les deux principaux actionnaires du groupe aéronautique Lagardère et DaimlerChrysler ont annoncé leur désengagement, le premier faisant passer sa participation de 15% à 7,5% et le second annonçant qu'il allait réduire de 7,5% sa participation de 30%. Le 16 mai 2006, Noël Forgeard expliquait que le bilan 2005 était exceptionnel et "qu'on attend une meilleure rentabilité pour 2006". Enfin, le 14 juin, alors que le groupe annonçait des retards de l'A380, l'action chutait de près de 30% en une journée descendant jusqu'à moins de 19 euros.
Les informations transmises aux marchés en mai contredisaient l'annonce faite en juin et constituent, selon les plaignants, le délit de "diffusion de fausses informations", également contesté par Noël Forgeard. L'Autorité des marchés financiers (AMF) a également ouvert une enquête sur le titre EADS, dont les conclusions n'ont toujours pas été rendues. Le groupe EADS n'a pas souhaité faire de commentaires.
(D'après agence)
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