Dans la peau d'une fumeuse à LCI

Par , le 01 février 2007 à 17h15 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h49

Récit - J'avais décidé d'arrêter la cigarette le 1er février à 00:01. Si si c'est vrai. Mais les événements en ont décidé autrement...

L'ex salle fumeur rebaptisée "espace café"/S.L.L'ex salle fumeur rebaptisée "espace café" © S.L.

Préambule. Je tiens à souligner que j'avais décidé d'arrêter de fumer le 1er février à 00:01. Pas stopper complètement, non, mais sacrément réduire au boulot, oui. Si, c'est vrai. Seulement voilà. La veille du jour J, changement de programme. En conférence de rédaction, on évoque les thèmes d'actu à traiter le lendemain. Il y a Bové et sa pipe et les Français et la cigarette. Ma collègue Sophie lance l'air de rien : "ça serait bien qu'un fumeur nous raconte son premier jour dans une entreprise". Je m'enfonce dans mon siège. Pas de bol, je suis la seule fumeuse ce jour là, sachant que nous ne sommes que deux, de "réguliers". Fidèle à ma réputation, je râle pour la forme : pas ma rubrique, beaucoup de travail... Puis, je saute sur l'occasion décidément trop belle : grâce à ce papier, je vais pouvoir continuer à fumer sans avoir mauvaise conscience, et pour cause c'est pour le boulot.

  • Les fumeurs témoignent : "mais comment faisait-on avant ?"

    VOS TEMOIGNAGES - Si la loi interdisant de fumer dans les lieux publics fermés ne leur a pas toujours fait arrêter la cigarette, elle a eu l'avantage de permettre à tout le monde de mieux respirer, reconnaissent les fumeurs.

    Publié le 31/01/2012 Les fumeurs témoignent : "mais comment faisait-on avant ?"
  • "La cigarette est un buvard à émotion"

    Au 1er janvier 2010, la résolution de Christophe Cedat était d'allumer sa première cigarette. Quelques miliers de mégots plus tard, il livre son expérience sur demainjecommence.com

    Publié le 30/12/2010 "La cigarette est un buvard à émotion"
Plus d'infos

Jeudi 1er février, 9 heures. J'arrive détendue au travail où il n'y a plus de salle fumeur comme dans toutes les boîtes de France. Il faut dire que je m'en suis grillé une avec un petit noir au café, près de LCI, avant d'arriver. Je jette un coup d'œil sur mon paquet de cigarettes, mince il est à moitié vide. Une parenthèse sur le pessimisme latent du fumeur qui pense toujours qu'il n'aura pas assez de clopes dans la journée. Un rapide bonjour aux collègues et j'allume la "bête", le surnom de mon ordinateur. Rien ne se passe, il plante et replante. Que c'est agaçant ! A ma droite, mon collègue Fabrice arbore son petit sourire en coin, l'air de dire, ça y est, "elle va déjà craquer et fumer".

9h14 : Au compte-goutte, mes collègues arrivent et, avec eux, des questions du type "alors c'est le grand jour ?", "Ca y est t'as arrêté ?", "Ca va, c'est pas trop dur ?"... Fabrice qui dit que je vais encore plus râler, mon chef qui me parle de hot-dog... Je ne comprends rien. Mais qu'ont-ils tous à être désagréables ?

10 heures. J'ai envie d'un café. La machine se trouve dans feue la salle fumeur tristement rebaptisée "espace café". Une pancarte sur la porte prévient l'accro rebelle que fumer malgré l'interdiction lui coûtera une amende de 68 euros. Bigre. Pendant deux secondes, je me dis que je peux essayer d'en allumer une malgré tout, l'éventuelle prune pouvant peut être passer en notes de frais. Idée absurde, j'en conviens. Je rentre dans la pièce. Pas une cigarette qui grille au bec de quelqu'un, je suis seule. Autrefois, aux heures de pointes -10h24-, l'endroit était plein à craquer. Ca discutait, ça lisait les journaux, ça se marrait. Là, le silence est tel qu'on entendrait une allumette craquer. Même la clim s'est arrêtée. Il règne une odeur de vieux cendrier. Déprimant. Où sont les gens ? Je récupère mon café.

Un fumeur sur la terrasse de TF1 déclarée
Un fumeur sur la terrasse déclarée "espace fumeur". A.Ga.
10 h 04. Je propose à un collègue d'aller fumer une cigarette. Mon red'chef adjoint se propose de nous accompagner pour mettre à profit ce temps là pour parler boulot. Je ne sais pas si c'est de l'humour, il est belge. Première étape, repérer les deux endroits "ouverts" aux fumeurs, ce sont des terrasses. Mettre le manteau. Trois couloirs plus loin et un étage plus haut, on arrive. On culpabilise un peu de perdre autant de temps, on la fume à la va-vite, sans vraiment l'apprécier. Sourires complices et un peu gênés aux autres accros autour de nous. Il fait froid, le silence est lugubre, l'impression qu'on nous observe derrière les vitres teintées. La nicotine dans les veines, on revient. "Alors, c'était comment ?", lance un collègue tout sourire... Décevant et culpabilisant.

Midi. Tout va bien merci. Un paquet de chips aidant, je n'ai pas eu envie de fumer. Je commence à comprendre la référence au hot-dog faite par mon chef. Il faut se trouver des dérivatifs et "bouffer".

12h10 : Je soupçonne mon collègue Fabrice de faire exprès de tenir son stylo comme une cigarette pour m'agacer. Ne devenons pas parano. Après le déjeuner, je fais deux fois le tour du bloc pour en griller une. Je reviens à mon bureau, ragaillardie par cette bouffée d'oxygène et de monoxyde de carbone.

15 h 58 : J'ai troqué les chips contre une grande bouteille d'eau. Tout va pour le mieux dans un étage sans effluves de nicotine.

17 h : Parce que j'ai besoin d'étoffer cette journée de fumeuse, je me dois de retourner dans l'espace dédié. Je mégote deux collègues,... pardon, je dégote deux personnes pour m'accompagner. Une dizaine de personnes sont sur la terrasse. Quatre minutes après, on repart, en silence, un peu piteux, comme des enfants déçus par une nouvelle attraction. La journée n'est pas finie mais je n'ai plus envie de fumer. Rapide bilan de cette "journée historique" : on clope moins, c'est sûr ; surtout on n'a pas les habits qui empestent le tabac. Enfin, pas autant qu'avant. "On sent moins mais c'est surtout triste, on a perdu un lieu de vie avec la disparition de la salle fumeur", constate Christophe, l'autre fumeur de la rédac après avoir lu mon papier. "Oui mais on vit plus longtemps", relève l'air de rien mon autre collègue, celui qui est belge et non-fumeur. Et là, ce n'est pas de l'humour je crois.

Chat LCI image Ducardonnet 2Chat sur le tabac
Alain Ducardonnet, le spécialiste santé de LCI,
répondra en direct à toutes vos questions
sur LCI.fr mardi 6 février de 11h à 12h.
Cliquez ici pour poser vos questions.

Par Amélie Gautier le 01 février 2007 à 17:15
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

38 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Rantanplan, le 06/02/2007 à 16h41

    SVP publiez moi!! Je vois que tous ces fumeurs(je suis un ex)parlent de démocratie,de liberté,etc,mais leur vraie raison est le MANQUE. Aussi,et enfin,je vais pouvoir respirer NORMALEMENT comme le font tous les êtres vivants depuis des millions d'années! Pour ma part j'ai gagné ma LIBERTE il y a 32ans en cessant de fumer définitivement.Quel bonheur...

  • BB, le 05/02/2007 à 12h26

    Un témoignage récent : j'ai un ami 53 ans super gentil; pas de chance dans sa vie, son seul défaut la cigarette, il ne joue pas, il ne boit pas, mais il fume, il à essayé a plusieurs fois de s'arrêter mais un echec à chaque fois, il y à 2 mois grande fatique générale, donc prise de sang (mauvaise) radio des poumons et là (la terre c'est ecroulée) et sans appel pour le diagnostic...Aujourd'hui la peur au ventre il ne fume plus, il va se battre. Combien de personne sont comme lui aujourd'hui. Mon ami se bat aujourd'hui pour ce poison OUI 87% de tabac le reste POISON. BB

  • Christiane, le 03/02/2007 à 19h31

    Nous sommes nombreux a attendre avec impatience 2008 pour pouvoir fréquenter des lieux qui nous sont interdits actuellement, salles de spectacles ou simples restaurants. Nous nous moquons totalement que les fumeurs s'accrochent à leurs cigarettes, ils ont le droit de fumer, mais pas de nous enfumer, donc si on respecte leur choix, qu'ils respectent le notre et qu'ils sortent pour fumer entre-eux sans nous imposer le rejet de leur plaisir : la fumée

  • Sandra, le 03/02/2007 à 16h10

    Bonjours à vous tous, fumuseuse je suis et fumeuse je resterais. La démocratie en prend un sacré coup, hein? Ben on s'en moque...et nous continuerons à fumer malgré la plui, le gel, la neige et tout ce qui peut nous tomber sur la tête !!! Je fume bien entendu à l'extérieur des locoux professionnels, mon gobelet de café, j'affonte le froid, emmitouflée sous écharpe et manteaux. Je repense à la pub anti-tabac, le gars qui fume sous la pluie...Vous voyez ? ben nous sommes pareils et puis nous prenons l'air (de cons!!!) et ça fait du bien. De toute manière, boire je peux plus, fumer un joint je peux plus, dire ce que je pense je ne peux plus, voter ce qui je veux je peux plus donc quoi qu'il en soit et coute que coute j'irais fumer ma clope telle la paria qui s'assume au mileux d'autres parias qui s'assument aussi.....Allez j'vais m'en fumer une petite.....sur mon balcon (rien que pour mon fils) Sandra. Publier moi !! Merci LCI

  • Aguesse, le 03/02/2007 à 08h43

    Moi je ne fume pas je respecte les fumeurs mais eux ne le font pas . comment faire lorsque vous travaillé dans une usine de métalurgie ou il n'y a que des hommes et que vous êtes la seule femme dans l'entreprise. sans comter le fumée des poste à souder le seule positivité dans cette histoire , c'est que la fumée des postes à souder ne sens pas

  • Yves, le 03/02/2007 à 08h19

    Juste une question aux non fumeurs bien pensants, êtes vous d'accord pour laisser votre voiture au garage afin de ne pas polluer les pauvres piétons

  • Patrick, le 02/02/2007 à 19h43

    Il y a un peu plus de 30 ans, je faisais des corvées (à l'armée) parceque je ne fumais pas - L'Etat me fournissait les cigarettes gratuitement qui s'appelaient des "Troupes" - C'était des gauloises sans filtre avec du bromure plus que dans les autres cigarettes - J'ai donc commencé à fumer comme tout le monde - Puis j'ai dû me payer mes clopes - normal - Ayant toujours fumé environ 1 paquet par jour peut etre à peine plus, ça fait maintenant 32 ans que je suis fumeur - Le Sport : Comme tout militaire, j'étais sportif et fumais mon paquet... La composition des cigarettes : Notre corps fourni la quasi totalité des toxines existantes dans les cigarettes mais lorsqu'on fume, il arrête bien sûr de les produire puisqu'on lui apporte. Il a l'habitude de fonctionner avec un plus. J'ai lu les articles des autres fumeurs notamment celui de LCI - Outrageant, avilissant, dépassant tout entendement. L'humain est ainsi fait qu'il est moqueur et aime avilir - Je propose maintenant aux non fumeurs qui me taquinent : "Non je n'ai pas de problème, pourquoi cette question, tu en veux une" en montrant mon paquet... Cela me fait penser au rechauffement de la planete - Elle va surement mieux se porter maintenant que je réduis dans la journée ma consommation de clopes (je me rattrape le soir quand j'arrive chez moi - pas de véto pour l'instant..... jusqu'à quand..?) L'homme est vraiment une machine et on lui fait faire ce que l'on veut - Pays de liberté.... y en a plus.... on exige.... et on puni .... 60.000 décès dûs au tabac, ah bon et que fait-on des fumées créant des gaz à effet de serre alors.... ne particpent elles pas aux décès..... Je souhaite bcp de courage à l'homme de Rennes et suis de tout coeur avec lui.... qu'il ne se repproche rien, ce n'est pas forcément dû à la cigarette... oui c'est sûrement un facteur favorisant mais peut etre pas déclenchant.... en ai eu la preuve familial lorsqu'un arriere Grand Pere nous a quitte à 97 ans en fumant du gros gris....

  • M, le 02/02/2007 à 18h00

    Curieux mes messages ne sont pas publiés. Je dois être trop polémique en disant qu'en tant que prof je n'ai meme plus le droit de fumer dehors dans l'enceinte de l'etablissement (ce que j'ai toujours fait et jamais en salle des profs). A t-on jamais vu les oiseaux mourir du tabagisme passif ! Nous l'education nationale exige que l'on s'arrete purement et simplement. L'exemple disent ils ! Mort de rire, on a qu'a aussi m'interdire de fumer dans la rue des fois que je croiserais un eleve (certains ont plus de 20ans). Par ailleurs l'education nationale ne prevoit aucune aide financière pour s'arreter, contrairement aux grandes entreprises. Quelle co..., et quelle haine chez les non fumeurs. Ca a vraiment un coté revanchard. Mobilisez vous aussi pour peser sur l'industrie du tabac et leur faire retirer les 6000 produits toxiques visant a "fideliser" les plus jeunes, ou encore contre les cigarettes aromatisées, dernier objectif marketing a destination des pré ado. Un jour peut etre comprendrez vous que votre "combat", facile a mener contre les fumeurs aujourd'hui n'etait pas le bon.

  • Fabrice, le 02/02/2007 à 17h22

    On aura tout vu c quoi le respect du fumeur.Le tabagisme passif tue plus que la route.Mon amie et moi ne sortont plus en bar de nuit car ces endroits sont insupportables.Je me doute que la dépendance à la nicotine est difficile à surmonter.Pour avoir le respect des non-fumeurs ils faut les respecté aussi. Merci de Publier

  • Nicole, le 02/02/2007 à 16h47

    Bravo cet article est criant de vérité. Effectivement je fais partie des "renégats" de la société à quand mon "signe" distinctif sur mes vêtements ? Même dans le métro les messages sont communiqués .... et l'alcool ? Je ne jamais rencontré de femmes battues et d'enfants maltaités parce que le mari fumait alors que fait-on ... Ou est le bon temps du slogan il est inerdit d'interdir ?

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience