L'ex salle fumeur rebaptisée "espace café" © S.L.Préambule. Je tiens à souligner que j'avais décidé d'arrêter de fumer le 1er février à 00:01. Pas stopper complètement, non, mais sacrément réduire au boulot, oui. Si, c'est vrai. Seulement voilà. La veille du jour J, changement de programme. En conférence de rédaction, on évoque les thèmes d'actu à traiter le lendemain. Il y a Bové et sa pipe et les Français et la cigarette. Ma collègue Sophie lance l'air de rien : "ça serait bien qu'un fumeur nous raconte son premier jour dans une entreprise". Je m'enfonce dans mon siège. Pas de bol, je suis la seule fumeuse ce jour là, sachant que nous ne sommes que deux, de "réguliers". Fidèle à ma réputation, je râle pour la forme : pas ma rubrique, beaucoup de travail... Puis, je saute sur l'occasion décidément trop belle : grâce à ce papier, je vais pouvoir continuer à fumer sans avoir mauvaise conscience, et pour cause c'est pour le boulot.
Les fumeurs témoignent : "mais comment faisait-on avant ?"
VOS TEMOIGNAGES - Si la loi interdisant de fumer dans les lieux publics fermés ne leur a pas toujours fait arrêter la cigarette, elle a eu l'avantage de permettre à tout le monde de mieux respirer, reconnaissent les fumeurs.
Publié le 31/01/2012
"La cigarette est un buvard à émotion"
Au 1er janvier 2010, la résolution de Christophe Cedat était d'allumer sa première cigarette. Quelques miliers de mégots plus tard, il livre son expérience sur demainjecommence.com
Publié le 30/12/2010
Jeudi 1er février, 9 heures. J'arrive détendue au travail où il n'y a plus de salle fumeur comme dans toutes les boîtes de France. Il faut dire que je m'en suis grillé une avec un petit noir au café, près de LCI, avant d'arriver. Je jette un coup d'œil sur mon paquet de cigarettes, mince il est à moitié vide. Une parenthèse sur le pessimisme latent du fumeur qui pense toujours qu'il n'aura pas assez de clopes dans la journée. Un rapide bonjour aux collègues et j'allume la "bête", le surnom de mon ordinateur. Rien ne se passe, il plante et replante. Que c'est agaçant ! A ma droite, mon collègue Fabrice arbore son petit sourire en coin, l'air de dire, ça y est, "elle va déjà craquer et fumer".
9h14 : Au compte-goutte, mes collègues arrivent et, avec eux, des questions du type "alors c'est le grand jour ?", "Ca y est t'as arrêté ?", "Ca va, c'est pas trop dur ?"... Fabrice qui dit que je vais encore plus râler, mon chef qui me parle de hot-dog... Je ne comprends rien. Mais qu'ont-ils tous à être désagréables ?
10 heures. J'ai envie d'un café. La machine se trouve dans feue la salle fumeur tristement rebaptisée "espace café". Une pancarte sur la porte prévient l'accro rebelle que fumer malgré l'interdiction lui coûtera une amende de 68 euros. Bigre. Pendant deux secondes, je me dis que je peux essayer d'en allumer une malgré tout, l'éventuelle prune pouvant peut être passer en notes de frais. Idée absurde, j'en conviens. Je rentre dans la pièce. Pas une cigarette qui grille au bec de quelqu'un, je suis seule. Autrefois, aux heures de pointes -10h24-, l'endroit était plein à craquer. Ca discutait, ça lisait les journaux, ça se marrait. Là, le silence est tel qu'on entendrait une allumette craquer. Même la clim s'est arrêtée. Il règne une odeur de vieux cendrier. Déprimant. Où sont les gens ? Je récupère mon café.
10 h 04. Je propose à un collègue d'aller fumer une cigarette. Mon red'chef adjoint se propose de nous accompagner pour mettre à profit ce temps là pour parler boulot. Je ne sais pas si c'est de l'humour, il est belge. Première étape, repérer les deux endroits "ouverts" aux fumeurs, ce sont des terrasses. Mettre le manteau. Trois couloirs plus loin et un étage plus haut, on arrive. On culpabilise un peu de perdre autant de temps, on la fume à la va-vite, sans vraiment l'apprécier. Sourires complices et un peu gênés aux autres accros autour de nous. Il fait froid, le silence est lugubre, l'impression qu'on nous observe derrière les vitres teintées. La nicotine dans les veines, on revient. "Alors, c'était comment ?", lance un collègue tout sourire... Décevant et culpabilisant.

Un fumeur sur la terrasse déclarée "espace fumeur". A.Ga.
Midi. Tout va bien merci. Un paquet de chips aidant, je n'ai pas eu envie de fumer. Je commence à comprendre la référence au hot-dog faite par mon chef. Il faut se trouver des dérivatifs et "bouffer".
12h10 : Je soupçonne mon collègue Fabrice de faire exprès de tenir son stylo comme une cigarette pour m'agacer. Ne devenons pas parano. Après le déjeuner, je fais deux fois le tour du bloc pour en griller une. Je reviens à mon bureau, ragaillardie par cette bouffée d'oxygène et de monoxyde de carbone.
15 h 58 : J'ai troqué les chips contre une grande bouteille d'eau. Tout va pour le mieux dans un étage sans effluves de nicotine.
17 h : Parce que j'ai besoin d'étoffer cette journée de fumeuse, je me dois de retourner dans l'espace dédié. Je mégote deux collègues,... pardon, je dégote deux personnes pour m'accompagner. Une dizaine de personnes sont sur la terrasse. Quatre minutes après, on repart, en silence, un peu piteux, comme des enfants déçus par une nouvelle attraction. La journée n'est pas finie mais je n'ai plus envie de fumer. Rapide bilan de cette "journée historique" : on clope moins, c'est sûr ; surtout on n'a pas les habits qui empestent le tabac. Enfin, pas autant qu'avant. "On sent moins mais c'est surtout triste, on a perdu un lieu de vie avec la disparition de la salle fumeur", constate Christophe, l'autre fumeur de la rédac après avoir lu mon papier. "Oui mais on vit plus longtemps", relève l'air de rien mon autre collègue, celui qui est belge et non-fumeur. Et là, ce n'est pas de l'humour je crois.
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