Des employés fument au bas d'une tour de La Défense, le 1er février 2007 © LCI.fr/N.C.Le 31 janvier à 17h, c'était plié. Condamnés, cadenassés, les fumoirs ont trépassé. Sans tambours ni trompettes, avec juste un petit mail. Ce matin du 1er février, les fumeurs de cette grande tour de La Défense se sont retrouvés à la porte, manteaux sur le dos et grimace aux lèvres. "On avait des petites salles à chaque étage, on ne dérangeait personne", soupire Jasmine. "Je suis ici depuis 2004, je n'ai jamais entendu aucun collègue non-fumeur se plaindre de l'odeur de la cigarette." Mais les fumoirs n'étaient, semble-t-il, pas aux normes. Et les fumeurs pestent désormais au dehors. "On oblige les gens à descendre, c'est une mesure un peu trop radicale", poursuit Jasmine.
"On est passé d'une loi qui protégeait les non-fumeurs à un système qui met au ban les fumeurs", renchérit son collègue Axel. "On veut fumer!", s'exclame-t-il sur un ton révolutionnaire. Jocelyne aussi est "très en colère" contre ce qu'elle estime être une privation de liberté. "Je fume depuis 25 ans et je n'ai aucune envie d'arrêter", dit cette quadragénaire, qui note que l'entreprise n'a rien prévu pour accompagner les gros fumeurs désireux de décrocher. Mais pour Laurent, chef de projet dans la même entreprise, cette date du 1er février pourra servir de "déclencheur", "comme les hausses des prix des cigarettes". Parce que 18 étages à se coltiner et le vent à affronter, ça peut rapidement décourager.
"On ne pourrait pas aller au tribunal?"
Au pied de la tour voisine, c'est l'heure de la clope de 11h. "Je ne pensais qu'à ça ce matin", souffle Sandrine. "En théorie, l'immeuble était déjà non fumeur, raconte Sophie, sa copine de cigarette. Je fumais encore dans mon bureau - où j'étais seule - et mes collègues venaient fumer avec moi." La belle vie, c'est fini. Et les non-fumeurs ne se gênent pas pour remuer le couteau. "Depuis quelque temps déjà, ils passent la tête en disant : 'Profitez-en, J-10, J-1,...' Vous voyez l'ambiance!", s'amuse Sophie.
C'est du temps
"On n'a plus le droit de rien. A quand tous en uniforme col mao au bureau?, ironise Liliane. Le problème, c'est que les cigarettes sont toujours en vente. D'un côté, on nous interdit de fumer, et de l'autre, on peut toujours acheter des paquets. Est-ce qu'on ne pourrait pas aller au tribunal?", se demande-t-elle, mi-moqueuse, mi-sérieuse.
de travail en moins
par rapport
aux collègues
non-fumeurs
Eric et Fabrice, commerciaux chez BNP Paribas, estiment qu'il est "normal" que les entreprises interdisent le tabac dans leurs locaux. Dans leur société, comme dans bon nombre de tours de la Défense, c'est déjà le cas depuis plusieurs années. Sandrine et Isabelle, employées de Vedior Bis, sont aussi habituées à sortir. Ça leur fait une pause, c'est sûr, et du temps de travail en moins par rapport à leurs collègues non-fumeurs. Mais "rien ne les empêche d'aller prendre l'air!", se justifient-elles.
"Je n'irai plus au restaurant"
Valérie et Caroline travaillent dans une agence bancaire. Petite structure, petits moyens. Autant dire que leur employeur ne pourra pas équiper leur fumoir des fameux "extracteurs" indispensables avec la nouvelle réglementation et qu'il ne leur restera plus que le trottoir. Mais peu importe pour Caroline : la jeune femme a fait du 1er février le 1er jour de sa nouvelle vie de non-fumeuse et elle profitera des 50 euros offerts par son entreprise pour s'équiper. "Ce soir, je rentre et je me patche", annonce-t-elle fièrement.
"Boire un verre
Sa collègue est plus remontée. Elle dénonce "l'intolérance vis-à-vis des fumeurs", la "répression" qui la "révolte" et se sent déjà "perturbée" par la prochaine échéance législative : dans onze mois, le 1er janvier 2008, l'interdiction s'appliquera aux cafés, restaurants, casinos et discothèques. "Je n'irai plus au restaurant", prévient-elle déjà. "Boire un verre ou un café en fumant une cigarette, c'est essentiel. D'ailleurs, les fumeurs sont souvent les plus gros consommateurs."
en fumant
une cigarette,
c'est essentiel"Valérie, salariée d'une banque
Au centre commercial des Quatre Temps, on le sait bien et on s'attend à perdre des clients très rapidement. Pour le moment, paradoxe législatif, les fumeurs peuvent en griller une à l'intérieur des cafés, mais pas sur les "terrasses" intérieures. "Les gens nous demandent souvent des cendriers", raconte Joël, cafetier. "Quand on leur dit que c'est non fumeur, ils se lèvent et partent." Sera-t-il plus attentif maintenant que la loi est plus répressive? "On peut toujours leur dire d'éteindre leur cigarette. Mais on n'est pas de la police", soupire-t-il en allumant son briquet.
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