Airbus : les politiques disent-ils n'importe quoi ?

Par , le 01 mars 2007 à 16h36 , mis à jour le 01 mars 2007 à 18h22

Alors que le débat sur le redressement d'Airbus a glissé sur le terrain politique, les candidats à la présidentielle y sont tous allés de leur ordonnance. Argument démagogique ou véritable remède ? Le point avec un expert aéronautique.

Le site d'assemblage d'Airbus à Saint-NazaireLe site d'assemblage d'Airbus à Saint-Nazaire © TF1/LCI

1. Un moratoire

Ils ont dit : Les emplois doivent "être préservés", "ce plan de restructuration n'était pas une fatalité", Ségolène Royal. La candidate PS demandera un "moratoire" si elle est élue.

Pierre Condom, directeur de la rédaction de "Air et Cosmos", spécialiste du secteur aéronautique : C'est toujours possible mais ça ne me semble pas vraisemblable. Techniquement, l'Etat français ne détenant que 15% du capital, Mme Royal n'aurait pas les moyens d'imposer un moratoire. Mais ne soyons pas naïfs, les Etats soutiennent l'activité aéronautique et ont leur mot à dire. Elle pourrait imposer un délai de réflexion mais pas annuler le plan social. Ce sont des propos électoralistes.

2. L'Etat français démissionnaire

Ils ont dit : "Le gouvernement (...) porte une lourde responsabilité dans la situation d'Airbus du fait de sa désinvolture et de son incompétence", Jean-Claude Mailly, secrétaire général FO. "Ni le Gouvernement, ni M. Barroso ne peuvent rester silencieux. (...) S'ils ne réagissent pas immédiatement, Power8, rectifié ou non, risque de n'être que l'amorce d'une phase plus dure encore qui se traduira par une vague de délocalisation dramatique pour Midi-Pyrénées", Martin Malvy président PS de la région Midi-Pyrénées.

Pierre Condom : Tous ces gens sont contradictoires. Le succès d'Airbus est lié à la globalisation du marché et ils voudraient isoler leur marché du travail du reste du monde. Le marché est unique et la monnaie de référence le dollar. Si l'on veut limiter l'impact des variations monétaires, il faut donc accepter de délocaliser une partie de l'activité en zone dollar, c'est-à-dire en Chine, en Inde et sans doute aux Etats-Unis.

3. Nationaliser Airbus

Ils ont dit : Il faut "renationaliser l'entreprise sous le contrôle des salariés, sans indemnisation pour les gros actionnaires, et relancer la coopération entre plusieurs pays dans la perspective d'un service public européen de la construction aéronautique", Olivier Besancenot.

Pierre Condom : C'est ridicule. A moins qu'Olivier Besancenot trouve plusieurs dizaines de milliards de dollars dans les caisses de l'Etat pour racheter Airbus et de toutes façons, le capital n'est pas à vendre. En revanche, ce qui est possible c'est qu'EADS (maison-mère d'Airbus) aie besoin de capitaux frais pour produire l'A380 puis le nouvel A320 et procède à une augmentation de capital. Dans ce cas, l'Etat français pourrait monter au capital d'EADS mais pas autrement.

4. Un problème de gouvernance entre la France et l'Allemagne

Ils ont dit : Il faut à tout prix "sauver l'entreprise" en réfléchissant à la "structure de son actionnariat et faire de son actionnariat un actionnariat industriel", Nicolas Sarkozy. "Il faut mettre un terme au dogme du 50-50 franco-allemand". Airbus "devait rester à majorité française", puisque la "binationalité ne fonctionne pas", Philippe de Villiers.

Pierre Condom : Ces propos sont plus sérieux mais il faut réaliser que l'on peut se dire exactement la même chose en Allemagne. Airbus a été fondamentalement créé sur la base d'un partenariat franco-allemand et sur un principe d'égalité des pouvoirs. Aujourd'hui, le capital est détenu à 30% par des Français (Etat, groupe Lagardère et Caisse des dépôts et consignation), environ à 30% par des Allemands (Etat, Daimler Chrysler, Lands allemands) et les 40% restants sont du flottant. Une évolution de l'actionnariat est donc possible, sans doute souhaitable et de toutes façons inéluctable. Lagardère et Daimler Chrysler (médias et automobile) n'ont pas vocation à rester dans l'aéronautique et ont déjà commencé à se désengager.

La bicéphalie ne marche pas. Donc les propos sur la gouvernance, qu'ils soient de Sarkozy ou de Bayrou, sont justes. Forgeard et Enders (co-présidents d'EADS) ne se sont jamais entendus, le couple Gallois-Enders ne fonctionne pas mieux. D'un côté un homme à quelques années de la retraite, qui n'a plus grand-chose à prouver et peut se concentrer sur l'intérêt de l'entreprise, de l'autre un jeune patron plein d'avenir, Thomas Enders.

5. Un pansement sur une jambe de bois

Certains analystes ont jugé que Power 8 n'allait pas assez loin et ne résoudrait pas tous les problèmes

Pierre Condom : Le plan de redressement a au moins trois mérites : celui de s'attaquer à la réduction des coûts. Il faut savoir que jusqu'à présent, il n'existe aucun comparatif pour juger de l'efficacité d'une usine Airbus par rapport à une autre.

Deuxième mérite, celui de recentrer Airbus sur son cœur de métier et de sous-traiter le reste. Il faut être honnête, quand Louis Gallois annonce l'externalisation de 50% de la production du futur A350, cela ne se fera pas en Europe.

Enfin, il pose la question de la gouvernance au sein de l'entité Airbus. Le reste, et notamment au niveau d'EADS, devrait suivre.

Par Sophie Lutrand le 01 mars 2007 à 16:36
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42 Commentaires

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  • Goalexandre, le 04/03/2007 à 16h40

    Bonjour je ne sais pas qui est ce pierre comdom mais on voit tout de suite le liberal derriere ces propos ; besabcenot et segolene ont raison les presidents stars et individualistes cela suffit ; L'humain doit etre consideré avant l'economique .s'il faut licencier licencions les mauvais getionnaires avant qu'il ne soit trop tard , mettons les citoyens les syndicats dans les CA des entreprises et comme c'est leur gagne pain vous verrez qu'ils sauront etre plus vigilants que ces stars sauveurs d'entreprises a coups de licenciements des trvaailleurs ras le bol de ces gens

  • Gilbert, le 04/03/2007 à 08h58

    Lors de la prise de pouvoir par la gauche de la plupart des région françaises, les présidents, madame ROYAL en tête, se sont plaints de leur manque de moyens financiers! Alors ou vont-ils maintenant rechercher les fonds nécessaires pour investir dans EADS, même si cela était possible? Démagogie!!!

  • J.-J.R., le 03/03/2007 à 10h44

    Lamentables interventions de nos politiques incompétents. Gestion déplorable de E.A.D.S. depuis l/origine:direction et personnel en sur-nombre,pas de rendement correct ni des uns,ni des autres.Les nombres pourraient,utilement,être comparés a ceux de Boeing.Il en est de même du nombre des fonctionnaires chez nous par rapport aux autres pays d/Europe.

  • Pierre, le 02/03/2007 à 21h44

    M.CONDOM avec tout le respect que je lui dois en tant que journaliste, puisque directeur de la REDACTION du magazine "Air et Cosmos" pourrait-il être un "expert" des problèmes industriels ? Il semble ne pas connaître la répartition du capital français entre l'Etat, Lagardère et la Caisse des Dépôts ???

  • Albert, le 02/03/2007 à 17h04

    En fait il faut comprendre qu'airbus peut vivre mais sans la main d'oeuvre européenne ni la monnaie européenne donc LEPEN à raison,on s'est foutu de notre gueule de A à Z avec l'europe.

  • Plisson, le 02/03/2007 à 15h15

    Nos politiques de droite et de gauche sont nuls. c'est une honte airbus et ce n'est pas la gauche qui va sauver airbus c'est bien beau de polémiquer encore faut t il poposé des solutions.

  • Pierson, le 02/03/2007 à 15h12

    La posture du PS et de Segolène dans cette affaire est une escroquerie. Il faut se rappeler que c'est Jospin et Strauss Khaan qui ont méné la privatisation D'aerospatiale. une fois les bandits de Lagardère au pouvoir ils ont fait la fusion avec DASA pour créer EADs en minimisant la valeur de la part francaise. C'est Strauss Kahn qui a signé le pacte d'actionnaire. Ce montre congenitale comme la justement nommé jean Pierson, ce quasimodo industriel n'est pas viable. Alors renationnaliser avec les régions me parait pas non plus pouvoir régler le problème de gouvernance; Les postures de Ségolène c'est prendre les gens pour des imbéciles a moins que comme pour les sous marins nucléaires c'est de l'incompétence plus que du cynisme

  • Laurent, le 02/03/2007 à 13h35

    Cet article démontre que les politiques sont irréalistes : les conséquences sont néfastes car une partie de la population peut croire ce qui est dit par la classe dirigeante, c'est de l'idéologie insoufflée par propagande

  • Gerald, le 02/03/2007 à 12h13

    Monsieur Condom sait de quoi il parle et le fait avec modération. Tant mieux. Comme le dit une lectrice, ceci montre toute la démagogie de Mme Royal. En revanche, je ne suis pas certain qu'on ne pourrait garder des sites en Europe à condition qu'ils soient hors zone Euro. C'est bien l'euro qui nous plombe, mais avec du zloty, du forint ou de la couronne slovaque, on pourrait retrouver de fortes marges de compétitivité tout en renforçant nos voisins de l'Est de l'Europe.

  • Denis L, le 02/03/2007 à 11h26

    OUI, les politiques disent n'importe quoi. OUI AUSSI, l'expert dit n'importe quoi: => Lagardère Sté de medias: et Matra alors? => Le saccage de l'industrie aéronautique Française par l'exportation de la sous-traitance n'est pas fatal, et va aggraver l'absurdité d'un process industriel fondé sur des producteurs incompatibles et rendre plus aléatoire la sûreté du résultat. => Réductions des coûts! Au début, il s'agissait de remédier aux problèmes de délais de production d'une entreprise aux carnets de commandes pleins. Cette réduction des coûts, devrait porter sur une concentration du process de production, une unicité des outils, un monocéphalisme de la direction. CONCLUSION : * Si le carnet de commande de Airbus est plein, quel est le problème de coûts? Le coût est-il le seul critère pour des avions gros porteurs? Et la sécurité alors? * Une manoeuvre de désossage prélude à un rachat du type Arcelor est en cours, et il apparait que les "retards" étaient prémidités. Pour qui? Nous le verrons bientôt. Etant donné que l'Etat FR a un représentant DE POIDS chez Airbus, le gouvernement se fout de nous!!! * Les élus locaux, au lieu de proposer l'entrée de leur régions dans le capital dans des buts clientèlistes, ou un moratoire électoraliste, devraient exiger une enquête parlementaire IMMEDIATE ET COURTE! Les Peuples européens ont le droit de savoir la vérité!!!!! * Si Airbus a vraiment besoin d'une recapitalisation, celle-ci doit être réservée en totalité aux employés de AirBus et aux peuples européens, non cessible sur 5 ans et éxonération des + values!!

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