Le site d'assemblage d'Airbus à Saint-Nazaire © TF1/LCI1. Un moratoire
Ils ont dit : Les emplois doivent "être préservés", "ce plan de restructuration n'était pas une fatalité", Ségolène Royal. La candidate PS demandera un "moratoire" si elle est élue.
Pierre Condom, directeur de la rédaction de "Air et Cosmos", spécialiste du secteur aéronautique : C'est toujours possible mais ça ne me semble pas vraisemblable. Techniquement, l'Etat français ne détenant que 15% du capital, Mme Royal n'aurait pas les moyens d'imposer un moratoire. Mais ne soyons pas naïfs, les Etats soutiennent l'activité aéronautique et ont leur mot à dire. Elle pourrait imposer un délai de réflexion mais pas annuler le plan social. Ce sont des propos électoralistes.
2. L'Etat français démissionnaire
Ils ont dit : "Le gouvernement (...) porte une lourde responsabilité dans la situation d'Airbus du fait de sa désinvolture et de son incompétence", Jean-Claude Mailly, secrétaire général FO. "Ni le Gouvernement, ni M. Barroso ne peuvent rester silencieux. (...) S'ils ne réagissent pas immédiatement, Power8, rectifié ou non, risque de n'être que l'amorce d'une phase plus dure encore qui se traduira par une vague de délocalisation dramatique pour Midi-Pyrénées", Martin Malvy président PS de la région Midi-Pyrénées.
Pierre Condom : Tous ces gens sont contradictoires. Le succès d'Airbus est lié à la globalisation du marché et ils voudraient isoler leur marché du travail du reste du monde. Le marché est unique et la monnaie de référence le dollar. Si l'on veut limiter l'impact des variations monétaires, il faut donc accepter de délocaliser une partie de l'activité en zone dollar, c'est-à-dire en Chine, en Inde et sans doute aux Etats-Unis.
3. Nationaliser Airbus
Ils ont dit : Il faut "renationaliser l'entreprise sous le contrôle des salariés, sans indemnisation pour les gros actionnaires, et relancer la coopération entre plusieurs pays dans la perspective d'un service public européen de la construction aéronautique", Olivier Besancenot.
Pierre Condom : C'est ridicule. A moins qu'Olivier Besancenot trouve plusieurs dizaines de milliards de dollars dans les caisses de l'Etat pour racheter Airbus et de toutes façons, le capital n'est pas à vendre. En revanche, ce qui est possible c'est qu'EADS (maison-mère d'Airbus) aie besoin de capitaux frais pour produire l'A380 puis le nouvel A320 et procède à une augmentation de capital. Dans ce cas, l'Etat français pourrait monter au capital d'EADS mais pas autrement.
4. Un problème de gouvernance entre la France et l'Allemagne
Ils ont dit : Il faut à tout prix "sauver l'entreprise" en réfléchissant à la "structure de son actionnariat et faire de son actionnariat un actionnariat industriel", Nicolas Sarkozy. "Il faut mettre un terme au dogme du 50-50 franco-allemand". Airbus "devait rester à majorité française", puisque la "binationalité ne fonctionne pas", Philippe de Villiers.
Pierre Condom : Ces propos sont plus sérieux mais il faut réaliser que l'on peut se dire exactement la même chose en Allemagne. Airbus a été fondamentalement créé sur la base d'un partenariat franco-allemand et sur un principe d'égalité des pouvoirs. Aujourd'hui, le capital est détenu à 30% par des Français (Etat, groupe Lagardère et Caisse des dépôts et consignation), environ à 30% par des Allemands (Etat, Daimler Chrysler, Lands allemands) et les 40% restants sont du flottant. Une évolution de l'actionnariat est donc possible, sans doute souhaitable et de toutes façons inéluctable. Lagardère et Daimler Chrysler (médias et automobile) n'ont pas vocation à rester dans l'aéronautique et ont déjà commencé à se désengager.
La bicéphalie ne marche pas. Donc les propos sur la gouvernance, qu'ils soient de Sarkozy ou de Bayrou, sont justes. Forgeard et Enders (co-présidents d'EADS) ne se sont jamais entendus, le couple Gallois-Enders ne fonctionne pas mieux. D'un côté un homme à quelques années de la retraite, qui n'a plus grand-chose à prouver et peut se concentrer sur l'intérêt de l'entreprise, de l'autre un jeune patron plein d'avenir, Thomas Enders.
5. Un pansement sur une jambe de bois
Certains analystes ont jugé que Power 8 n'allait pas assez loin et ne résoudrait pas tous les problèmes
Pierre Condom : Le plan de redressement a au moins trois mérites : celui de s'attaquer à la réduction des coûts. Il faut savoir que jusqu'à présent, il n'existe aucun comparatif pour juger de l'efficacité d'une usine Airbus par rapport à une autre.
Deuxième mérite, celui de recentrer Airbus sur son cœur de métier et de sous-traiter le reste. Il faut être honnête, quand Louis Gallois annonce l'externalisation de 50% de la production du futur A350, cela ne se fera pas en Europe.
Enfin, il pose la question de la gouvernance au sein de l'entité Airbus. Le reste, et notamment au niveau d'EADS, devrait suivre.
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