Les dirigeants d'Eurotunnel présentant les résultats du groupe © TF1/LCICe lundi soir, tout sera joué. Eurotunnel attend avec inquiétude la clôture de son offre publique d'échange : en cas d'échec, c'est toute la restructuration financière du groupe, et donc sa survie, qui serait mise en péril. Le plan de sauvegarde, avalisé par la justice en janvier, ne pourrait pas être mené à bien et, comme la direction le martèle depuis des mois, le groupe courrait à la faillite, incapable de faire face à ses obligations financières... Mais il faudra sans doute patienter quelques jours encore pour avoir les résultats exacts de l'OPE, qui ne devraient pas être connus avant le 4 ou le 5 juin, selon la direction de l'exploitant du tunnel sous la Manche.
Avec cette offre, les actionnaires sont invités à troquer leurs titres de la société actuelle, qui croule sous une dette de plus de 9 milliards d'euros, contre des actions d'un nouveau groupe, restructuré et à la dette réduite de moitié, Groupe Eurotunnel SA. Pour que l'OPE soit considérée comme un succès, il faut que 50% des titres soient apportés, mais ce seuil semble pour le moment bien difficile à atteindre. Pour mettre toutes les chances de son côté, le groupe s'est démené ces derniers jours, à coups de spots de publicité et d'encarts dans les journaux. Eurotunnel a aussi obtenu que l'OPE soit prolongée de près d'une semaine et que le seuil de succès soit abaissé de 60 à 50%. Le concessionnaire du tunnel a aussi mis en avant le "cadeau" fiscal de l'Etat, qui vient de lui accorder près de 900 millions de reports de déficits d'impôts.
Un actionnariat extrêmement morcelé
Depuis l'ouverture de l'offre le 10 avril, plus de 40.000 actionnaires français ont appelé le numéro vert spécialement mis en place pour faire part de problèmes, comme des dossiers bancaires arrivés en retard chez les clients ou des formulaires incompréhensibles. Parmi eux, selon Eurotunnel, plus de 80% déclarent vouloir souscrire à l'offre, et 2% se disent opposés, le reste étant composé d'indécis. Mais difficile de savoir si les personnes qui appellent sont représentatives de l'ensemble de l'actionnariat, extrêmement morcelé.
Alléchés par ce qui était présenté comme un "placement de père de famille" il y a 20 ans, les "petits porteurs" forment le gros des 650.000 actionnaires. Selon la direction, 60% des porteurs d'actions en détiennent moins de 1000. Certains ont même pu hériter des titres de leur famille sans même le savoir : autant d'actions "oubliées" qui pourraient échapper à l'OPE. D'autres, écoeurés par la chute vertigineuse de leur placement en Bourse, pourraient pratiquer la politique de la "terre brûlée". Au final, et quoiqu'il advienne de la société, le tunnel ne serait pas fermé. Mais les actionnaires perdraient tout.
(D'après agence)
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