L'A380 lors de la cérémonie de remise du certificat de navigabilité, le 12 décembre 2006, à Toulouse. © LCI/TF1Alors que l'autorité des marchés financiers a entendu pendant près de neuf heures mardi après-midi Arnaud Lagardère, coprésident français d'EADS, dans le cadre de l'enquête sur de possibles délits d'initiés, La Tribune a publié le matin même une enquête embarrassante pour les dirigeants de la maison mère d'Airbus. Selon le quotidien économique, ils étaient au courant dès le début de mars 2006 des retards du programme A380. Des informations qui auraient pu fortement les inciter à exercer leurs stock-options dès le lendemain. Au cours de son audtion, Arnaud Lagardère a réaffirmé la position qu'il a exprimée à plusieurs reprises, récusant tout délit d'initié de sa part ou de son groupe.
L'enquête de l'AMF concerne les ventes d'actions effectuées par les principaux dirigeants du groupe en mars-avril 2006, alors que l'action était au plus haut, entre 30 et 35 euros, moins de trois mois avant l'annonce des retards du programme A380 qui avait provoqué une dégringolade brutale. Le titre EADS, qui s'était déjà replié sous les 30 euros en avril-mai, perdait plus de 26% en une seule séance, le 14 juin, pour tomber à 18,73 euros. Or, pendant une période autorisée pour la vente d'actions issues de stock-options, entre le 8 et le 28 mars 2006, l'ancien coprésident exécutif d'EADS Noël Forgeard a réalisé une plus-value de 2,5 millions d'euros et des ventes d'actions réalisées par ses enfants ont rapporté un million de plus-value supplémentaire. Jean-Paul Gut a lui réalisé une plus-value de 1,15 million d'euros. Quatre autres salariés membres du comité exécutif d'EADS ont réalisé des plus-values allant de 365.000 à 1,2 million d'euros.
Une deuxième enquête de l'AMF ?
L'AMF soupçonne qu'ils auraient pu bénéficier d'informations privilégiées et a lancé une série d'auditions de dirigeants d'EADS. La Tribune évoque pour sa part ce mardi une révision à la baisse du calendrier des livraisons d'A380 dans un plan interne de production d'Airbus, qui aurait été édité dès le 6 mars 2006. Ce plan, selon le quotidien économique, prévoyait la livraison en 2007 de seulement 24 exemplaires de l'avion géant, au lieu des 29 annoncés initialement. Cette modification du calendrier n'aurait pourtant pas été mentionnée dans le procès verbal du conseil d'administration qui s'était tenu le lendemain à Amsterdam. Et le 7 mars au soir, Noël Forgeard faisait signer par Hans-Peter Ring, directeur financier du groupe, l'autorisation de vendre ses stock-options. Au total, 85% des 800 dirigeants possédant des stocks les auraient alors exercées, note La Tribune.
Dans une conversation téléphonique entre l'homme d'affaires Jean Galli Douani et Alain Garcia, ex-directeur technique d'Airbus, ce dernier aurait affirmé pourtant que lors du conseil d'administration du 7 mars, "de graves problèmes industriels d'Airbus" et des retards "conséquents" auraient été évoqués, selon le quotidien. L'enregistrement de cette conversation a été remis aux autorités judiciaires, toujours selon le journal qui précise qu'EADS a démenti les propos d'Alain Garcia, parti en retraite en avril.
Selon le journal Handelsblatt, la Bafin, l'équivalent allemand de l'AMF, devrait demander l'ouverture d'une enquête pour délit d'initié dans les prochains jours. En France, pour l'heure, assure La Tribune, l'enquête de l'AMF concerne seulement "le marché du titre" et vise à rechercher l'existence d'un délit d'initié - délit souvent difficile à démontrer. C'est dans ce cadre qu'Arnaud Lagardère est entendu ce mardi. Mais, s'il faut en croire le quotidien économique, une nouvelle enquête serait déjà lancée sur l'exactitude et la sincérité des informations portées par EADS à la connaissance du marché.
D'après agence
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