
Les partenaires sociaux ont découvert jeudi au ministère du Travail l'avant-projet de loi-cadre sur un service minimum dans les transports. Ils y ont pris connaissance des détails car Nicolas Sarkozy n'avait pas résisté mercredi soir sur TF1 à l'envie d'en révéler les grands principes qui devraient entrer en vigueur au 1er janvier 2008 :
- Toutes les entreprises de transport seront obligées d'avoir un plan de transport minimum les jours de grève
- Tout salarié gréviste devra le déclarer deux jours avant la grève
- Les salariés non grévistes qui travaillent sur une autre ligne pourront être réaffectés sur la ligne en grève
- Les jours de grève ne seront pas payés
- Au bout de huit jours d'un conflit, un scrutin à bulletins secrets décidera de la poursuite du mouvement
- Les usagers pourront être indemnisés totalement ou partiellement de leur titre de transport non utilisés pour cause de grève
- Les usagers devront être informés "de façon précise et fiable" sur le service assuré au moins 24 heures avant le début du mouvement
Le ministre du Travail Xavier Bertrand s'est déclaré jeudi soir prêt à apporter des "garanties complémentaires" à l'avant-projet de loi sur le service minimum, notamment sur la déclaration des grévistes 48 h avant une grève, et les conditions de la consultation au bout de huit jours. Mais le ministre ne paraît pas prêt à supprimer ces deux points qui, selon les syndicats, mettent à mal le droit de grève: "Ces deux points sont importants" pour "permettre à l'entreprise de s'organiser", pour "permettre d'avoir une vision de l'état d'esprit" de l'ensemble des personnels, a-t-il dit.
Les syndicats inquiets
Le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, a indiqué jeudi que la loi-cadre permettra "d'ouvrir des discussions dans les entreprises", précisant cependant que "le gouvernement imposera un service minimum de manière autoritaire s'il n'y a pas de négociation, au 1er janvier prochain".
La CGPME a plaidé pour une extension du système à La Poste, ce à quoi le ministre serait ouvert. Laurence Parisot, présidente du Medef, s'est dite "très satisfaite" d'un texte "respectant à la fois les droits des salariés et des usagers" et permettant que l'économie "ne soit pas bloquée" en cas de conflit.
La FGAAC, deuxième syndicat chez les conducteurs de la SNCF, s'est inquiétée de la sécurité des passagers en cas d'utilisation de personnel non gréviste "sur des lignes ou des locomotives qu'ils ne connaissent pas".
Une atteinte au droit de grève
Avant la rencontre avec Xavier Bertrand, le secrétaire général de la CGT des Cheminots avait déploré jeudi "une mesure d'intimidation", "inutile et contre-productive". "Les usagers ne vont pas s'y retrouver car ce qu'ils attendent est une amélioration de la qualité du service au quotidien", avait-il encore déclaré sur France Info.
Force Ouvrière s'est pour sa part opposée à "toute remise en cause du droit de grève" que représenterait la "réquisition" ou le "maintien dans l'emploi" de grévistes. Pour le syndicat, le projet de loi doit se borner à encourager la négociation sur la prévention des conflits et pousser collectivités territoriales et entreprises à mieux organiser le trafic en cas de grève.
Des salariés stigmatisés
Dans un communiqué, Sud RATP a dénoncé la "démagogie" du président Sarkozy qui a laissé entendre mercredi que les salariés des transports étaient payés quand ils faisaient grève. Selon le syndicat, certaines propositions "révèlent soit une méconnaissance des règles en vigueur, soit une volonté de stigmatiser les salariés des transports publics aux yeux du reste de la population".
La CFDT se félicite que le gouvernement ne prévoit pas "de réquisition" des grévistes, mais juge l'obligation de se déclarer gréviste deux jours avant et le vote à bulletins secrets au bout de huit jours de grève "problématiques".
Hollande pour une concertation
Mais pour François Hollande, le candidat Sarkozy s'était engagé à "une concertation". Or "on a plutôt la loi avant la concertation", a-t-il dit sur France Inter jeudi matin, affirmant que le projet du gouvernement était "extrêmement précis, comme si c'était à la loi, décidée par Nicolas Sarkozy, de définir dans le détail l'exercice du droit de grève".
Le projet de loi devait être transmis jeudi soir au Conseil d'Etat, avait précisé Bernard Van Craeynest (CFE-CGC) jeudi, espérant "qu'il y a une marge de négociation" pour les partenaires sociaux et les parlementaires.
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