© AFP"Sidérés, atterrés", voilà les premiers mots de la porte-parole de Cofidis après l'annonce mercredi d'un cas de dopage dans son équipe. Le spécialiste du crédit à la consommation avait déjà été dans la tourmente en 2003 et en 2004 avec des contrôles positifs de certains de ses coureurs mais n'avait pas pour autant jeté l'éponge. Mais après 10 ans de présence dans le cyclisme, Cofidis pourrait bien cette fois-ci se ranger des vélos. "Nous ne prendrons pas de décision dans l'immédiat, a déclaré Valérie Alexandre, responsable presse et porte-parole du groupe. Mais c'est sûr que cette nouvelle va être lourde de conséquences, cela veut dire que tout ce que nous avons mis en place depuis des années pour se prémunir du dopage ne sert à rien". Cofidis, qui a investi 10 millions d'euros dans son équipe cycliste en 2007, avait annoncé au début du Tour qu'il prendrait sa décision d'ici la fin de l'année.
Le Tour de France, une galère pour les sponsors ? Pas certain. Car, si 78% des Français doutent de l'honnêteté des victoires, plus de la moitié reste attachés au Tour de France. Et, élément déterminant pour les marques, cet amour est lisible dans les chiffres : 4 millions de téléspectateurs suivent quotidiennement le Tour de France, soit 40% de part de marché. Ils sont entre 13 et 15 millions à se presser le long des routes pour encourager les coureurs. De quoi attirer les sponsors même si le ticket d'entrée pour devenir partenaire est élevé : entre 3,5 et 15 millions d'euros pour avoir une équipe à son nom (T-Mobile, Astana, Cofidis, Rabobank ou encore Discovery Channel), entre 3 et 5 millions d'euros pour faire partie des partenaires privilégiés, "Club Tour de France", (Nestlé Aquarel, Champion, LCL ou Skoda) et 1 à 2 millions d'euros pour être partenaire officiel (Sagem, Orange, AG2R Prévoyance).
"La Ferveur est toujours là"
"En 2006, notre marque a été présente à l'antenne pendant 9500 secondes via des casquettes ou des banderoles. C'est exceptionnel pour nous", Eric Marchyllie, responsable du sponsoring chez Champion. La filiale du groupe Carrefour vient de reconduire son partenariat pour deux ans. Elle aurait pu s'engager pour plus longtemps mais attend de voir l'impact de l'ouverture récente de la publicité à la télévision au secteur de la distribution. Quant aux dommages que pourraient occasionner les affaires de dopage sur l'image des marques, la marque partenaire du maillot à pois avance un sondage réalisé auprès de ses clients en 2006 en pleine affaire Landis : seuls 4% associaient le cyclisme au dopage. "Si l'on punit les tricheurs tant mieux mais la ferveur populaire est toujours là", affirme Eric Marchyllie.
"Certaines marques peuvent d'ailleurs choisir d'être sponsor en communiquant justement sur son action pour la lutte contre le dopage", estime David Rouvière, directeur du département conseil de l'agence Derby, spécialisée dans les partenariats sportifs. "Aujourd'hui, je serais le directeur marketing de Rabobank (le sponsor de l'équipe Rasmussen), je me ferai du souci. Mais quand certains coureurs déclarent dans des interviews que leur sponsor ne leur met pas du tout la pression sur les résultats, la marque en sort grandie".
Des sponsors plus timides
La Française des Jeux, qui sponsorise une équipe, un investissement de 7 millions d'euros en 2007, s'enorgueillit d'être dans ce cas. "Nous avons des coureurs très jeunes dans notre équipe cette année. Ce serait idiot d'attendre d'eux qu'ils arrivent en tête sur les Champs-Elysées", estime Béatrice Mottier, porte-parole de la FDJ. Selon elle d'ailleurs, les Français savent faire la différence entre les équipes saines et les autres : "Nous sommes l'équipe préférée des Français", affirme-t-elle en citant un sondage.
Le dopage sans effet sur les sponsors du Tour de France, alors ? "Pas exactement. Avant, la discipline était incontournable car, avec la voile, c'est le seul sport où les équipes portent le nom du sponsor. Or, aujourd'hui il est rare qu'une entreprise désireuse d'associer son image à un sport nous parle de cyclisme", estime le directeur développement de l'agence de conseil Derby. Injuste, selon les professionnels du cyclisme et les sponsors eux-mêmes car on ne trouve que là où on cherche. Ils aimeraient que chaque discipline, et notamment le foot ou le tennis, fasse le même nettoyage dans leur rang. Du point de vue exclusif de la notoriété des marques, il n'est pas certain qu'une affaire de dopage soit néfaste. "Festina était une marque de montres assez peu connue avant que l'équipe de cyclistes de même nom ne fasse les titres des journaux", observe David Rouvière. En économie, l'estime vaut-elle mieux que la renommée ?
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