
Nicolas Sarkozy a transformé l'essai, bravo", Dominique de Villepin
Des mois de difficiles discussions trouvent leur aboutissement : annoncée en février 2006 par Dominique de Villepin, alors Premier ministre, la fusion Suez-GDF visait à l'origine à empêcher un rachat de Suez par l'italien Enel qui souhaitait en céder le pôle environnement (eau, propreté). Le nouvel accord officialisé lundi a été conclu après d'intenses négociations sous la pression de Nicolas Sarkozy, président de la République, pour résoudre les problèmes de valorisation des deux groupes, principal obstacle au rapprochement. Mais les syndicats de GDF se sont opposés depuis l'origine à ce projet, qui entraîne de facto la privatisation de GDF, et ont obtenu devant la justice le report de plusieurs mois de l'opération.
Ces deux versants opposés de l'opération se retrouvaient lundi dans les premières réactions après l'annonce officielle de l'accord Suez-GDF. François Fillon a évoqué "une très belle opération" qui va "nous permettre de structurer le marché de l'énergie en Europe". Selon lui, "le secteur public aura environ 40% du nouveau groupe : 40% de GDF et Suez, je pense que c'est mieux que 70 ou 80% de GDF tout seul". Soulignant que le gouvernement avait cherché mais "n'avait pas trouvé" de meilleure solution pour GDF, le Premier ministre s'est félicité de cette fusion qui dote la France "d'un deuxième géant de l'énergie" après EDF, qui sera "le troisième ou quatrième mondial". Le secrétaire général délégué de l'UMP, Patrick Devedjian, a salué pour sa part la "conclusion heureuse" de l'accord de fusion.
"On est en train d'abandonner l'environnement de Suez"
Autre son de cloche pour le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, qui a estimé lundi que la fusion entre Suez et Gaz de France via le "démantèlement" de Suez constituait "une grosse erreur" envers laquelle son syndicat est en "désaccord total". Et de rappeler au micro de RTL : "La CFDT a toujours dit que cette fusion de Suez et Gaz de France avait du sens au niveau industriel, à une condition qu'on ne démantèle pas Suez. L'engagement qui avait été fait vis-à-vis des 60.000 salariés de Suez, c'était qu'on ne couperait pas leur entreprise en morceaux, or c'est ce qu'on fait. On est en train d'abandonner l'environnement de Suez - c'est l'eau, les déchets, c'est un enjeu énorme au niveau environnemental - et on va mettre ça à la bourse, aux prédateurs financiers".
Pour le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, "c'est un mauvais coup pour les salariés et les usagers et cela correspond à une conception privatisée de la politique industrielle". Selon FO, "cette fusion va mettre face à face un groupe privé et une entreprise publique EDF. Qu'adviendra-t-il dans ces conditions des 50.000 salariés communs dans les distributions entre GDF et EDF dans la distribution?" Le président de la CFTC, Jacques Voisin, déplore que la fusion mette les salariés devant "le fait accompli". Les syndicats ont d'ores et déjà prévu de se revoir la semaine prochaine, pour "décider des mesures à prendre" et, certainement, "faire des actions".
Pour Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée, "tout le monde va être perdant : le pays tout entier qui voit gravement entamer son indépendance énergétique. Les Français et leurs entreprises qui vont subir la flambée des tarifs. Les salariés de Suez et de GDF qui voient leur emploi et leur statut précarisés". Il estime aussi que Nicolas Sarkozy a "renié sa parole de ne jamais privatiser GDF" et que "le reniement présidentiel va coûter très cher aux Français". Quant au député gaulliste et souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, il regrette que Nicolas Sarkozy ait "plié devant la pensée unique bruxelloise" en mariant Suez et GDF, plutôt qu'en constituant un grand groupe public associant EDF et GDF.
D'après agence
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