Microsoft face à l'EuropePas touche à Microsoft. Voilà en substance le message des Etats-Unis à l'Europe qui a osé s'attaquer au fleuron des entreprises américaines en confirmant la condamnation du groupe pour abus de position dominante sur le sol européen. Le gouvernement américain, des associations d'industriels et de particuliers ont en tout cas vivement critiqué la décision de la Cour européenne de Justice.
Côté gouvernement américain, c'est le ministère de la Justice qui a planté la première banderille. Il dit craindre "que les critères (en matière de concurrence) appliqués par la Cour, plutôt que d'aider le consommateur, aient la malheureuse conséquence de lui nuire en décourageant l'innovation et la concurrence". Une manière de dire que Bruxelles ne comprend rien à son sujet.
Politique anti-monopole solide
La sentence s'accompagne d'une leçon de concurrence en bonne et due forme. "Aux Etats-Unis, les lois antitrust sont appliquées pour protéger le consommateur en protégeant la concurrence, non les concurrents. En l'absence de dommage prouvé, toutes les entreprises, y compris les firmes dominantes, sont encouragées à mener une concurrence dynamique. Les tribunaux américains reconnaissent les bénéfices potentiels pour le consommateur quand une entreprise, y compris dominante, prend des décisions individuelles, par exemple d'ajouter des fonctions à ses produits". Dont acte.
Pour ne pas rester fâchés, le tout se conclut par une main tendue. Le ministère ajoute qu'il souhaite une meilleure coopération avec l'UE pour "créer une politique anti-monopole solide qui profitera aux consommateurs des deux côtés de l'Atlantique". Pour faire bonne figure, il rappelle même voir porté plainte contre Microsoft en 1998 pour abus de position dominante. Au final, le groupe s'est vu imposer des corrections techniques qui ont, selon lui, protégé la concurrence et les consommateurs.
Les soutiens à Microsoft sont venus de tout part. La Chambre de commerce américaine, qui dit représenter trois millions d'entreprises, a notammentt regretté les "divergences" entre Europe et Etats-Unis en matière de droit de la concurrence.
"Apple, Google, ou Intel traînés devant la Commission?"
L'Association pour les technologies concurrentielles (ACT), un groupement d'entreprises du secteur high-tech, s'est elle inquiétée à haute voix : "Neelie Kroes (la Commissaire européenne à la Concurrence) mènera-t-elle une croisade pour empoisonner les entreprises qui réussissent ?" a lancé l'association. "Apple, Google, Intel ou Adobe seront-ils les prochains groupes traînés devant la Commission?"
Dans la plus pure tradition libérale américaine, deux autres groupements d'intérêts américains qui militent contre l'intervention des gouvernements, "Citizens Against Government Waste" et "TaxPayers' Alliance" ont eux estimé que la décision européenne nuira à l'innovation dans le monde. Si Microsoft avait dans l'idée de compter ses amis, le groupe peut être satisfait de cette première salve. Son action n'a d'ailleurs perdu hier qu'un peu plus de 1%. Une broutille, qui prouve que la Bourse ne s'inquiète pas outre mesure pour l'avenir du géant fondé par Bill Gates.
Avec agences
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