Affaire EADS, affaire d'Etat ?

le 04 octobre 2007 à 08h38 , mis à jour le 04 octobre 2007 à 15h53

L'Etat se retrouve désormais en ligne de mire dans l'affaire de délits d'initiés présumés au sein d'EADS, pour n'avoir pas joué son rôle d'alerte.

Noël Forgeard, ancien vice-président d'EADSNoël Forgeard, ancien vice-président d'EADS

Pour Thierry Breton, "l'Etat a eu un comportement irréprochable". Sur la même ligne, François Fillon a renchéri ce jeudi au Sénat : l'Etat "ne s'est prêté à aucune manoeuvre". Mais la tempête EADS monte et au-delà des actionnaires soupçonnés d'un délit d'initiés "massif", selon le terme brutal de l'AMF, l'Etat n'est pas épargné. L'affaire fait désormais la Une des quotidiens économiques. Pascal Aubert estime dans La Tribune que "tous les ingrédients pour devenir une affaire d'Etat" sont réunis. Et rappelle que "ce groupe aéronautique est avant tout une construction politique et que rien de ce qui s'y passe et s'y décide ne se fait à l'insu des autorités françaises et allemandes".

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Dans Les Echos, Patrick Lamm souligne que "l'Etat français se retrouve, lui aussi, dans le collimateur". Pour lui, bien que n'ayant pas vendu d'actions, l'Etat "n'est pas au-dessus de tout soupçon" car "informé des difficultés d'Airbus, il n'a pas joué le rôle d'alerte que ses responsabilités d'actionnaire auraient dû lui faire jouer". Il juge que l'affaire alimente "la colère des salariés d'Airbus" qui constatent qu'ils ont "un état-major qui restructure à coup de milliers de suppressions d'emplois" et qui "s'octroie en catimini de confortables plus-values." Et Gaëtan de Capèle dans Le Figaro présage que "l'exemple d'EADS ne contribuera sûrement pas à rehausser l'image de l'entreprise".

"L'Etat doit faire toute la transparence"

Pour François Hollande, interviewé ce jeudi dans Le Parisien, "l'Etat doit faire toute la transparence". Il réclame que soient rendus publics tous les documents adressés par l'agence de participation de l'Etat à Bercy à propos de la situation d'EADS. "Si l'Etat savait et a laissé faire, s'il a laissé vendre les uns et acheter les autres, alors nous sommes en présence d'une affaire d'Etat", estime le premier secrétaire du Parti socialiste. Il demande également que la Caisse des dépôts et des consignations dise si elle avait été informée par l'Etat de la situation d'EADS au moment où elle a racheté les titres vendus par certains de ses hauts dirigeants.

Du côté des communistes, après la demande de création d'une commission d'enquête parlementaire déposée par les députés, le groupe PC au Sénat a réclamé l'audition par la commission des Finances des "plus hauts dirigeants" d'EADS. Faisant valoir dans une lettre au président de la Commission Jean Arthuis que l'Etat est "encore aujourd'hui détenteur d'une part significative du capital" d'EADS, le groupe juge "tout à fait naturel" que ses dirigeants puissent être entendus à ce sujet par les sénateurs.

Forgeard, en pleine tourmente, reçu à Matignon

La présidente de l'Association des actionnaires minoritaires (Adam), Colette Neuville, s'interroge pour sa part sur RTL : "Pourquoi les informations disponibles en interne à un grand nombre de personnes n'ont-elles pas été diffusées plus tôt ? C'est un vrai problème d'information des marchés. Il fallait s'interroger au sein de la société sur le moment à partir duquel il était important de prévenir le public, et en attendant tous ceux qui ont vendu leurs actions auraient dû s'abstenir de le faire". Quant aux petits porteurs de l'Appac, ils réclament l'annulation du pacte d'actionnaires liant l'Etat à Lagardère et Daimler.

En pleine tourmente, l'ex-vice-président d'EADS, Noël Forgeard, s'insurge contre toute accusation de délit d'initiés au détriment du groupe industriel, et se dit "le bouc émissaire de service". Il avait déjà dû quitter la coprésidence d'EADS le 2 juillet 2006. Mercredi, il a été reçu brièvement à Matignon. "Un rendez-vous prévu de longue date avec un conseiller" de François Fillon, ont souligné les services du Premier ministre.

D'après agence

le 04 octobre 2007 à 08:38
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