Thierry Breton © LCIIl l'a déjà affirmé dans les colonnes du Monde, l'a redit devant le Sénat : "L'Etat a eu un comportement irréprochable" dans l'affaire EADS. L'ancien ministre de l'Economie Thierry Breton s'exprimait ce vendredi devant la commission des Finances du Sénat, réunie en urgence après les informations publiées mercredi sur des soupçons de délit d'initiés massif au sein du groupe EADS fin 2005-début 2006. "Je mesure parfaitement l'émotion immense que provoque cette affaire dans l'opinion publique, et je la comprends", a-t-il dit. "On a pu dire que l'Etat avait joué un rôle néfaste, mauvais, ceci m'a choqué".
L'ancien ministre a notamment affirmé qu'il avait fait part de sa "très grande réserve" quand, en novembre 2005, les coprésidents des deux actionnaires privés, Manfred Bischoff (DaimlerChrysler) et Arnaud Lagardère (groupe Lagardère), lui avaient annoncé leur "intention éventuelle de céder conjointement une partie de leur participation" dans EADS. Il a estimé que cette entreprise "stratégique" engagée "dans des programmes de très long terme" devait bénéficier d'un actionnariat stable. L'ancien ministre a aussi affirmé n'avoir été prévenu d'un nouveau retard dans la livraison de l'A380 que "la veille" de l'annonce officielle par les dirigeants d'EADS, le 13 juin 2006. Le lendemain, le titre EADS avait chuté de 26,32%.
Breton "pas prévenu" des achats de la Caisse des dépôts
De son côté, l'Agence des participations de l'Etat, chargée de gérer les participations dans les entreprises publiques, a récusé les accusations d'avoir recommandé une cession de titres EADS appartenant à l'Etat en ayant connaissance des retards de l'Airbus A380. "Ecrire que l'APE aurait recommandé une cession sur la base d'informations non révélées au marché est non seulement totalement mensongère mais grave et diffamatoire", a déclaré son directeur général Bruno Bézard, devant la commission des Finances du Sénat.
Thierry Breton a ajouté qu'il avait été "vraiment mécontent" que la Caisse des dépôts et consignations se soit portée acheteuse de 2,25% des actions cédées par Lagardère, dans le cadre de la cession annoncée le 4 avril par le groupe de 7,5% du groupe d'aéronautique et de défense. "Cela pouvait donner le sentiment à la partie allemande que nous voulions contourner l'esprit du pacte interdisant à la France de monter au-dessus de sa participation indirecte de 15% dans le capital", a déclaré l'ancien ministre. En vertu de ce pacte, les intérêts français sont gérés par le groupe privé Lagardère, au sein de la holding Sogeade. Assurant que la Caisse était "indépendante" de l'Etat, Thierry Breton a affirmé qu'elle ne l'avait "pas prévenu" et qu'il avait appris cet achat par la presse. Il a souligné qu'il n'avait "pas donné la moindre consigne" à la Caisse, en insistant sur le fait qu'elle rend compte au Parlement et non au ministère de l'Economie.
"J'ai trouvé M. Breton transparent, honnête autant qu'il est possible mais, je le regrette, pas convaincant sur la gouvernance de l'Etat, la question des relations entre l'Etat et la Caisse des dépôts et consignations", a déclaré le rapporteur UMP de la commission des Finances du Sénat, Philippe Marini, à l'issue de cette audition de deux heures. Le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon a pour sa part mis en garde contre une éventuelle "manoeuvre de diversion" qui verrait le seul Etat au banc des accusés.
D'après agence
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