Thierry Breton © LCI"Je le répète, lorsque j'ai appris en avril 2006 que la Caisse des dépôts avait repris 2,25% des titres Lagardère, j'ai été très mécontent car cela nous mettait en porte à faux vis-à-vis de la partie allemande. D'ailleurs, le Financial Times du lendemain n'a pas manqué d'écrire que l'Etat français revenait sur sa parole." Depuis son audition devant le Sénat, Thierry Breton multiplie les mises au point. La dernière en date étant publiée dans les colonnes du Journal du Dimanche. Non, affirme l'ex-ministre de l'Economie, il n'était pas au courant des intentions de la Caisse des dépôts concernant le rachat de titres d'EADS. Pas davantage l'Etat n'a donné son aval à l'opération. "S'agissant du procès-verbal daté du 12 juillet 2006, affirme-t-il dans le JDD, c'est moi qui l'ai porté à la connaissance de la Commission en relevant qu'il contenait une ambigüité. Je suis satisfait que la CDC vienne de la lever en confirmant dans un nouveau communiqué ce que j'ai toujours dit".
Mais cette explication de texte sur le fameux procès-verbal peine à convaincre. Pour Jean Arthuis, président UDF de la commission des Finances du Sénat, "cette note accrédite l'idée que l'Etat était au courant puisque au fond, le pacte d'actionnaires obligeait l'ensemble des actionnaires ayant l'intention de se dessaisir d'une partie des actions d'en faire part aux autres actionnaires afin qu'ils puissent exercer un droit de veto". Pour Philippe Marini, rapporteur UMP de la commission des Finances du Sénat, "Thierry Breton nous a dit qu'il avait appris l'acquisition par la Caisse des dépôts dans la presse, je n'ai aujourd'hui pas de raison particulière de mettre en doute son propos. Mais j'ai quand même beaucoup de peine à croire que le directeur général de la Caisse des dépôts de l'époque, Francis Mayer, ait pris complètement sous son bonnet cette opération".
Louis Gallois écrit aux dirigeants du groupe
Même son de cloche pour Colette Neuville, présidente de l'Association des actionnaires minoritaires (ADAM), interrogée dimanche sur France Info : "M. Breton dit que lui n'a jamais donné d'instructions, tout le problème est de savoir si la chose ne s'est pas faite autrement que par des instructions formelles. (...) Il paraît invraisemblable que la Caisse des dépôts ait fait un aussi gros investissement sans avoir le feu vert de l'Etat". Quant à l'impact de l'affaire : "Je pense que plus aucun actionnaire n'aura envie d'être actionnaire dans une société où se trouve aussi l'Etat, compte tenu du rôle ambigu que l'Etat semble avoir joué dans cette affaire".
Faut-il voir dans toute l'affaire un effet pervers du pacte d'actionnaires noué en 1999 ? Sur ce point, c'est Lionel Jospin qui monte au créneau, de manière logique puisqu'il s'agissait d'une décision prise par son gouvernement de gauche plurielle. Le pacte "dont tout le monde s'était félicité au moment où il avait été signé avec l'accord du président de la République" de l'époque, à savoir Jacques Chirac, n'est, jure-t-il, en aucun cas responsable de la crise. "Bien évidemment l'Etat pouvait intervenir", a martelé l'ex-Premier ministre dimanche sur Canal +. "L'a-t-il fait ou pas fait, ce n'est pas à moi d'en juger mais on ne peut pas accuser le pacte d'actionnaires de 1999".
Au beau milieu de cette tourmente médiatique, le PDG d'EADS, Louis Gallois, tient à exprimer sa confiance aux dirigeants du groupe, soupçonnés de délits d'initié. "Je vous assure qu'en dépit des attaques personnelles qu'ils subissent, nos cadres dirigeants demeurent totalement concentrés sur la réalisation de nos objectifs industriels et commerciaux. Je veux leur exprimer ma confiance", dit-il dans une lettre adressée jeudi à l'ensemble des salariés d'EADS et rendue publique dimanche. Louis Gallois est un des rares membres de l'actuelle équipe de direction d'EADS à ne pas être cité dans le rapport de l'Autorité des marchés financiers qui fait état de ventes suspectes de la part de dirigeants et d'actionnaires d'EADS entre novembre 2005 et avril 2006.
François Hollande demande la suppression des stock-options |
Le numéro un socialiste François Hollande a exprimé dimanche sa "réaction d'indignation par rapport à des comportements privés", lors du Grand Rendez-Vous Europe1/TV5/Le Parisien Aujourd'hui en France. Il a dénoncé la vente d'actions par des dirigeants d'EADS qui ont rapporté "des plus-values qui vont jusqu'à trois, quatre millions d'euros en un seul jour". Le Premier secrétaire du PS a également dénoncé comme un "deuxième scandale" : le fait que l'Etat "a laissé le groupe Lagardère vendre une partie de sa participation", estimant que le pacte d'actionnaires conclu en 1999 quand Lionel Jospin était premier ministre ne justifiait pas l'inaction des autorités. "Pourquoi l'Etat a-t-il laissé la Caisse des dépôts racheter les titres de Lagardère, 2,25% du capital, alors même que l'Etat disposait depuis le mois de janvier d'une information selon laquelle les titres allaient baisser ?", a-t-il demandé. "Il y a une conclusion à tirer: supprimer purement et simplement les stock-options", a-t-il dit. |
D'après agences
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