"La guerre de la TVA ne s'est jamais arrêtée"

Par , le 14 octobre 2007 à 13h19 , mis à jour le 09 janvier 2010 à 18h51

Interview - André Daguin, président de la principale organisation patronale des hôtels-restaurants, réagit à la proposition d'une TVA unifiée à 12,5%.

TF1-LCI, Daguin en interview sur LCI le 18/10/06Daguin en interview sur LCI le 18/10/06 © LCI

LCI.fr : Que pensez-vous de la proposition du député UMP du Val d'Oise, Jérôme Chartier, d'un taux unique de TVA à 12,5% pour tous les métiers de la restauration ?
 
André Daguin (1) : En premier lieu, nous hôteliers, cafetiers, restaurateurs, affirmons que la TVA est une bonne taxe, une taxe de progrès qui peut contribuer à faire tourner l'économie. Mais le taux qui s'applique aux produits que l'on achète doit être le même que celui que paie le client à la revente. Or, quand on est restaurateur, on récupère 5,5% sur les achats, mais on se retrouve avec une taxe de 19,6%  à la vente (2) ! Vous imaginez les dégâts sur les prix, et par rapport à une concurrence qui, elle, bénéficie d'un taux de TVA à 5,5% (3) ! Pour l'alcool par exemple, pas de problème : on est taxé à 19,6%  à l'achat, et la TVA est de 19,6%  à la vente. Mais pour la nourriture, c'est autre chose... Devant un tel problème, cet amendement part d'un bon sentiment, mais il ne résoudra pas le problème. Evidemment, 12,5%, c'est mieux  que 19,6%. Mais on falsifie toujours le principe de la TVA.
 
Après une telle proposition, qu'auriez-vous à dire aux politiques ? 

La TVA est
intimement
liée au
problème
social

 

A l'auteur de cet amendement, je dirais : c'est gentil de penser à nous, mais je ne voudrais avoir l'air ni naïf, ni retors. Ni naïf en me contentant de remercier, ni retors en rappelant que ce n'est pas ce que nous voulons... Ce que nous voulons, c'est un taux de TVA réduit, à 5,5%, le même qui s'applique aux produits que nous achetons. Je dirais par ailleurs qu'il y a des promesses qui ont été faites, et qui ont été entendues. Le président de la République l'avait dit en public à Marseille, devant des milliers de personnes : "le taux de TVA à 5,5%, je vous l'aurai". Il l'a répété cet été. En attendant, nous avons des primes à l'emploi pour nous permettre d'attendre...
 
Craignez-vous une remise en cause de ce compromis ?
 
En toute honnêteté, je dois reconnaître - chose que nombre de restaurateurs ne diront pas forcément - qu'en attendant un taux réduit, la prime de 180 euros par contrat et par salarié, ce n'est pas si mal. Elle a permis de signer des accords avec les syndicats de salariés, que nous n'aurions jamais pu signer dans d'autres conditions. Mais si demain, les restaurateurs se retrouvaient sans TVA à taux réduit, et avec une remise en cause de ces primes à l'emploi qui ont justement permis le dialogue avec les salariés, ce serait l'explosion. Car la TVA est intimement liée au problème social... Et justement, nous devons retrouver les syndicats pour des négociations dans les prochains jours. Si on devait changer les règles du jeu entre-temps, et si on touchait à ces primes à l'emploi, je ne sais même pas si on irait négocier...
 
L'UMIH pourrait-elle relancer la bataille de la TVA ?
 
La guerre de la TVA ne s'est jamais arrêtée, et la pression sur les députés est maintenue. Si moi, restaurateur, j'annonce que tel jour, à telle heure, je servirai un menu à tel prix, et que les clients qui arrivent découvrent un prix différent, je suis passible d'une contravention. Je voudrai que le gouvernement soit dans le même état d'esprit que nous. En matière de TVA, comme pour les prix affichés par un restaurant, ce qui est dit est dit.
 
 
(1) André Daguin est le Président Confédéral de l' Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH), et a contribué à sa création.
(2) Les assujettis à la TVA ont la possibilité de déduire la TVA qu'ils ont payée sur leurs achats de biens nécessaires à leurs activités. Un mécanisme dont le but est que la TVA reste neutre pour les entreprises, et qui vise à ne pas leur imposer une charge fiscale supplémentaire. Dans le cas des restaurateurs, ils peuvent déduire 5,5% sur les achats de produits alimentaires, mais reversent 19,6% de ce que paient les clients des restaurants.
(3) En matière d'alimentation, tout comme en matière de livres, de transports publics ou de travaux immobiliers, le taux de TVA applicable est de 5,5%. Pour les métiers de la restauration, ce taux évolue entre 5,5% (pour les ventes à emporter) et 19,6% (pour les cafés, hôtels et restaurants).

Par Franck Lefebvre-Billiez le 14 octobre 2007 à 13:19
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8 Commentaires

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  • BEVAUX, le 14/10/2007 à 20h00

    Même la T V A à 5% nous payerons toujours le même prix, les 14.6% iront encore dans leurs poches et cela ne changera rien ,donc TVA a 16.6% cela fait des sous a l'État

  • Une idée, le 14/10/2007 à 18h23

    Le plus simple c'est la TVA à 5,5% DANS TOUS LES DOMAINES. Cela éviterait de compliquer tout le système.

  • Nossim, le 14/10/2007 à 18h03

    Je pleure toutes les larmes de mon corps c'est vraiment des gens qui souffrent énormément. Quand je vois mon voisin handicapé qui rampe dans l'escalier pour aller chercher son courrier je n'arrête pas de lui dire arrête de te plaindre mets toi un peu à la place des restaurateurs qui doivent truander le fisc et sous payer leurs salariés pour pouvoir remplir le réservoir de leur 4X4

  • GDC, le 14/10/2007 à 17h31

    Les boulangers et pâtissiers achètent la matière première à 5,5% et ils revendent à 5,5%. Le boucher, le poissonier, etc... les pizzas livrées également. Et pourtant, il y a du travail de préparation, de la livraison : c'est du service vendu à 5,5% avec une part importante de frais à 19,6% ! Alors pourquoi, les restaurateurs n'auraient pas une TVA à 5,5% sur la transformation de la matière première ? Si ce n'est pas possible, 19,6 % pour tout le monde y compris pour la restauration sociale puisqu'il ne peut y avoir 2 taux de TVA pour une même activité. ça c'est l'égalité !

  • Stephane, le 14/10/2007 à 17h25

    La TVA est un détail pour paraphraser notre cher premier ministre, quand les restaurateurs auront compris qu'il vaut mieux remplir leurs restaurants de clients que de fumée, cela ira beaucoup mieux pour eux. Ma femme, ma fille et moi avons été trop souvent refusés de restaurants sous pretexte que nous étions non-fumeurs et peu enclins à se faire enfumer, pour cautionner une baisse de la TVA. Contre les enfumeurs : http://agir.dnf.asso.fr

  • Alain, le 14/10/2007 à 17h19

    1 La tva à 5,5% est appliqué dans le batiment. 2 la restauration dite a emporter pas trés loin puisque dans des centres commerciaux, vous pouvez vous assoir dans des lieux prévues a cet effet et manger (sic)un truc pour grossir dans des assiettes en carton des gobelet du méme métal et éventuellement des couverts en plastique que vous jetez vous méme Le plateau n'est pas a emporter.Par contre, si vous étes servi a la place, dans des conditions digne de la tradition française, la tva est a 19,6% Dans le 1° cas vous utilisez peu de personnel sous payé sans le service, dans l'autre, vous devez payer le service et la plonge.On pénalise donc le travail et l'embauche. D'autre part, la modification de la tva est refusée par bruxelle alors qu'en 2003 il était de 16 en allemagne, 12,5 en irlande .......et 3 au Luxembourg.De qui se moque t'on.De plus ils ont eu le culot de lançer une enquete pour savoir une si cette diminution allait avoir pour conséquence des embauches en france Vive la commision

  • Jules, le 14/10/2007 à 16h49

    Daguin a déjà annoncé que la réduction de TVA ne se retrouvera pas sur la note client, mais pour engager du personnel (au noir?) complementaire

  • Thomas, le 14/10/2007 à 15h53

    Commentaires : 1/Mr Daguin peut-il m'expliquer en quoi les retaurateurs doivent-ils bénéficier d'un tarif préférentiel par rapport aux autres artisans et commerçants ? 2/ Il me semble qu'un rapport de la Direction des Fraudes a récemment épinglé les cafetiers parisiens en particulier, indiquant que 50% des établissements visités étaient en infraction (article publié sur tf1.fr il y a 2 ou 3 mois) 3/ Mr Daguin peut-il guarantir que le client bénéficiera de cette baisse des prix ? Depuis l'euro, je constate que même en province, on doit payer au moins 35? par personne pour un repas très médiocre, avec des restaurateurs qui se prennent pour Bocuse, mais qui s'approvisionnent en'tout-prêt'chez Métro (les connaisseurs savent de quoi je parle...). Merci d'avance.

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