
"Le Premier ministre Dominique de Villepin était-il au courant de l'opération ?" A cette question, le patron du groupe Lagardère répond sans hésitation : "oui, bien sûr". En pleine tourmente EADS, Arnaud Lagardère contre-attaque dans une interview au Journal du Dimanche. Et il affirme que les services du Premier ministre ont été informés à l'avance de l'intention du groupe Lagardère de vendre des actions EADS à la banque IXIS CIB en 2006 et de la possibilité qu'une partie de ces actions soit rachetée par la Caisse des dépôts.
Mercredi dernier, Dominique de Villepin assurait n'avoir "jamais été saisi" du rachat de titres EADS par la CDC. Dans le JDD, Arnaud Lagardère donne donc une version apparemment divergente et confirme qu'une note a été transmise à Matignon début 2006, au sujet de la vente d'une partie des actions EADS détenues par Lagardère, en avril 2006. "Cette note était un descriptif de l'opération, que nous avons envoyée aux services du Premier ministre, parce qu'ils nous l'avaient demandé. Elle contenait une liste d'investisseurs susceptibles d'être intéressés à long terme, dont, parmi d'autres, la CDC", explique Arnaud Lagardère. Une discordance sur laquelle Dominique de Villepin ne devrait pas manquer de revenir dimanche soir lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, dont il est l'invité.
"Matignon a suivi l'opération depuis le début"
"Concernant nos relations avec l'Etat, je voudrais que les choses soient claires. Dès janvier 2006, mes collaborateurs ont eu des réunions répétées et à haut niveau concernant l'opération avec les services du Premier ministre. Elles portaient sur le schéma envisagé, le calendrier, etc. Matignon a suivi l'opération depuis le début", ajoute le patron du groupe de défense et de médias. Il précise toutefois que l'achat d'actions EADS par la Caisse des dépôts n'a pas été organisé par Lagardère et l'Etat : "Thierry Breton l'a dit, l'Etat n'a rien à voir là-dedans. C'est une grande banque, IXIS CIB, qui en a été chargée".
Quant aux soupçons de délit d'initié, Arnaud Lagardère nie, et affirme qu'il n'a appris qu'en juin 2006 les retards de livraison de l'A380, soit deux mois après avoir vendu sa participation. "J'irai partout où c'est nécessaire pour démontrer que le groupe Lagardère n'a pas commis de délit d'initié", déclare-t-il, précisant qu'il ne détenait personnellement "aucune stock option d'EADS". Selon lui, cette décision de vendre sa participation a été dictée non pas par l'objectif de réaliser une forte plus-value avant que le titre EADS ne chute mais par une stratégie générale. "Depuis 1999, j'ai toujours dit, j'ai répété publiquement que mon groupe avait vocation à se recentrer sur les médias", dit-il. D'où son désengagement d'EADS.
Le président du groupe Lagardère estime par ailleurs que la publication dans le journal Le Figaro d'un rapport d'étape de l'Autorité des marchés financiers signalant le caractère suspect des ventes de titres résulte de "fuites à l'évidence volontaires", destinées à lui nuire. Arnaud Lagardère aura en tout cas l'occasion de s'expliquer plus longuement dès ce lundi devant les journalistes, à l'occasion de la livraison du premier A380 à la compagnie Singapore Airlines ; puis, le 25 octobre devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale, qui l'entendra dans le cadre de cette affaire.
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(D'après agence)
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