
Pour le gouvernement, ça ne fait pas un pli : "la mesure sur les heures supplémentaires fonctionne très bien". La ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde se félicite des premiers chiffres transmis par ses services sur cette mesure intégrée à la loi Travail, emploi, pouvoir d'achat (TEPA, adoptée l'été dernier) censée alléger un peu plus les 35 heures.
Plus de 40% des entreprises de plus de dix salariés l'auraient utilisée dès le mois d'octobre. L'avenir serait même plus radieux. "On sait d'ores et déjà que plus de 70% des entreprises vont utiliser les heures supplémentaires défiscalisées et sans charges sociales", se réjouit-elle.
Il est pourtant impossible de savoir si les entreprises auraient utilisé de toute façon ces heures supplémentaires ou si la nouvelle loi les y a incité. Sur le terrain, certains chefs d'entreprise se réjouissent de pouvoir rémunérer davantage leurs employés mais la mesure reste encore très obscure pour d'autres, qui ont renoncé à la mettre en œuvre.
"Quand mes salariés sont contents, je suis content"
A la charcuterie Joly de Vincennes, qui emploie 23 personnes, la nouvelle loi a été bien accueillie. Le patron Pascal Joly, meilleur ouvrier de France, verse aujourd'hui l'équivalent d'un 13ème mois en heures supplémentaires à ses employés. "Pour eux, c'est du pouvoir d'achat direct", explique-t-il à LCI.fr. Toute l'entreprise travaille 41h30 par mois, soit le maximum d'heures supplémentaires autorisé. Des heures qui auraient de toute façon été travaillées mais qui sont rémunérées avec un bonus de 25%, après 35 heures, contre 10% avant la nouvelle loi.
"Quand mes salariés sont contents, je suis content", ajoute Pascal Joly qui estime que la loi n'a eu qu'un effet négligeable sur les comptes de son affaire. "Mais heureusement que j'ai un expert comptable qui s'est formé spécialement car elle a apparemment été très compliquée à mettre en oeuvre".
Un texte trop complexe
Chez Thierry Soulas qui dirige l'entreprise d'électricité du même nom, à Royan, la mesure a pour l'instant eu le contraire de l'effet espéré. "On ne sait pas trop comment cela se passe", se désole celui qui emploie deux salariés à plein temps. Thierry Soulas a donc choisi de se passer d'heures supplémentaires depuis la nouvelle loi, quitte à avoir recours à un intérimaire en cas de surcroît d'activité. Cette entreprise familiale n'a pas pour autant renoncé définitivement aux heures sup'. "Je ferai le point en mai-juin quand j'y verrai plus clair", explique Thierry Soulas, "comme ils veulent aussi apparemment supprimer les 35 heures..."
La CGPME, le syndicat des petites et moyennes entreprises attirait d'ailleurs l'attention ce matin sur France Info sur des "difficultés de mise en application réelles" à cause d'exigences "trop compliquées pour le chef d'entreprise lambda". Pour ces employeurs, l'URSSAF a pourtant mis en place un numéro vert chargé de répondre à leurs questions. Un coup de pouce encore insuffisant. Prochaine étape : le déplafonnement des heures supplémentaires promis par Nicolas Sarkozy.
Et vous, patron, salarié, la nouvellle mesure sur les heures supplémentaires a-t-elle changé votre rémunération? Vos comptes? Témoignez en cliquant ci-dessous sur "réagir à cette article".
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