Société Générale| Voir notre infographie sur les dérapages de courtier |
Un seul homme derrière une perte de 4,9 milliards d'euros : l'information paraît incroyable. C'est pourtant la thèse de la Société Générale, LCI.fr l'a confrontée à l'analysé d'un trader qui travaille à Londres pour une grande banque. Souhaitant témoigner anonymement, il affirme qu'une telle fraude "est difficile, mais bien sûr possible".
Ses explications? "Il devait d'abord être un génie informatique qui connaissait tous les systèmes de contrôle". S'agissant de ses positions, c'est-à-dire des risques qu'il avait pris en Bourse : "A mon avis, il devait être gamma moins. C'est-à-dire que plus le marché baisse plus les positions deviennent lourdes financièrement. C'est une spirale".
Les systèmes informatiques de la banques auraient-ils du l'en empêcher? Théoriquement, oui mais les risques sur certains produits sont très difficiles à estimer, ce qui a pu permettre un dérapage. "Plus les positions sont complexes. Plus c'est difficile de calculer le mark to market, c'est à dire le risque potentiel. Il est calculé selon des modèles qui auraient pu dans ce cas être manipulés".
"Quatre ou cinq fois par an"
La fraude dénoncée par la Société Générale ne surprend pas ce trader. Son ampleur, davantage. "Des types qui cachent leurs positions, cela arrive quatre ou cinq fois par an. C'est arrivé récemment chez Calyon, mais jamais avec une telle ampleur. Pourtant, je ne crois pas à un mensonge de la Société Générale. Il a pu dissimuler ses positions même aux autres membres de son desk. En tout cas, s'ils ont menti, ils sont morts."
Elie Cohen, professeur d'économie à Science Po, doute davantage. Selon lui, "cela semble un peu gros que pendant toute une année on puisse dissimuler" une telle perte. "La défense de la Société Générale, c'est que le trader connaissait tellement bien les opérations de contrôle interne" qu'il a réussi à dissimuler ses pertes, ajoute-t-il.
"Problème de contrôile des risques"
D'après Marc Touati, économiste chez Global Equities, "tous les gens qui travaillent dans les banques savent que, quand les pertes atteignent un certain niveau, on coupe les positions. Des pertes peuvent atteindre 100-200 millions d'euros, mais 5 milliards, c'est impossible".
"Soit ce que la banque dit est vrai. Dans ce cas, il y a un problème de contrôle des risques et cela peut jeter le discrédit sur la Société Générale, d'autant que son avantage comparatif, c'est d'être championne des activités de marché. Soit on ne sait pas tout", argumente-t-il.
"Charger un pauvre bougre"
"Ce n'est pas une personne qui touchait peu pour le secteur, même pas 100.000 euros, à qui on va confier des portefeuilles extrêmement importants", abonde Elie Cohen jugeant que la Société Générale est peut-être en train de "charger un pauvre bougre pour faire passer des pertes qui se sont accumulées" au cours de la crise des "subprimes".
Selon notre trader, toute cette affaire pourrait pourtant trouver sa source dans la pression que vivent ses confrères au quotidien. "Des traders sont tentés de prendre des positions inconsidérées : Il y a huit mois, j'ai un ami d'une grande banque française qui s'est suicidé après avoir essuyé trop de pertes".
"Une interview? Pour combien?" |
LCI.fr a cherché à contacter Nick Leeson, le trader connu pour avoir fait couler la vénérable banque Barings dont la reine d'Angleterre était cliente. En dissimulant t ses pertes. Récit du coup de téléphone avec l'agence qui le représente :
Après avoir passé six ans en prison, Nick Leeson dirige désormais le club de football de Galway United dans l'ouest de l'Irlande. Il a indiqué jeudi qu'il n'était guère surpris de l'affaire de la Société Générale. Pour le reste, il fallait payer... |
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