Une fraude difficile mais théoriquement possible

Par , le 24 janvier 2008 à 19h01 , mis à jour le 24 janvier 2008 à 20h16

Selon un trader de la City, les accusations de la Société Générale contre un seul de ses traders sont "crédibles".

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Un seul homme derrière une perte de 4,9 milliards d'euros : l'information paraît incroyable. C'est pourtant la thèse de la Société Générale, LCI.fr l'a confrontée à l'analysé d'un trader qui travaille à Londres pour une grande banque. Souhaitant témoigner anonymement, il affirme qu'une telle fraude "est difficile, mais bien sûr possible".
 
Ses explications? "Il devait d'abord être un génie informatique qui connaissait tous les systèmes de contrôle". S'agissant de ses positions, c'est-à-dire des risques qu'il avait pris en Bourse : "A mon avis, il devait être gamma moins. C'est-à-dire que plus le marché baisse plus les positions deviennent lourdes financièrement. C'est une spirale".
 
Les systèmes informatiques de la banques auraient-ils du l'en empêcher? Théoriquement, oui mais les risques sur certains produits sont très difficiles à estimer, ce qui a pu permettre un dérapage. "Plus les positions sont complexes. Plus c'est difficile de calculer le mark to market, c'est à dire le risque potentiel. Il est calculé selon des modèles qui auraient pu dans ce cas être manipulés".
 
"Quatre ou cinq fois par an"
 
La fraude dénoncée par la Société Générale ne surprend pas ce trader. Son ampleur, davantage. "Des types qui cachent leurs positions, cela arrive quatre ou cinq fois par an. C'est arrivé récemment chez Calyon, mais jamais avec une telle ampleur. Pourtant, je ne crois pas à un mensonge de la Société Générale. Il a pu dissimuler ses positions même aux autres membres de son desk. En tout cas, s'ils ont menti, ils sont morts."

Elie Cohen, professeur d'économie à Science Po, doute davantage. Selon lui, "cela semble un peu gros que pendant toute une année on puisse dissimuler" une telle perte. "La défense de la Société Générale, c'est que le trader connaissait tellement bien les opérations de contrôle interne" qu'il a réussi à dissimuler ses pertes, ajoute-t-il.

"Problème de contrôile des risques"

D'après Marc Touati, économiste chez Global Equities, "tous les gens qui travaillent dans les banques savent que, quand les pertes atteignent un certain niveau, on coupe les positions. Des pertes peuvent atteindre 100-200 millions d'euros, mais 5 milliards, c'est impossible".

"Soit ce que la banque dit est vrai. Dans ce cas, il y a un problème de contrôle des risques et cela peut jeter le discrédit sur la Société Générale, d'autant que son avantage comparatif, c'est d'être championne des activités de marché. Soit on ne sait pas tout", argumente-t-il.

"Charger un pauvre bougre"

"Ce n'est pas une personne qui touchait peu pour le secteur, même pas 100.000 euros, à qui on va confier des portefeuilles extrêmement importants", abonde Elie Cohen jugeant que la Société Générale est peut-être en train de "charger un pauvre bougre pour faire passer des pertes qui se sont accumulées" au cours de la crise des "subprimes".
 
Selon notre trader, toute cette affaire pourrait pourtant trouver sa source dans la pression que vivent ses confrères au quotidien. "Des traders sont tentés de prendre des positions inconsidérées : Il y a huit mois, j'ai un ami d'une grande banque française qui s'est suicidé après avoir essuyé trop de pertes".

"Une interview? Pour combien?"

LCI.fr a cherché à contacter Nick Leeson, le trader connu pour avoir fait couler la vénérable banque Barings dont la reine d'Angleterre était cliente. En dissimulant t ses pertes. Récit du coup de téléphone avec l'agence qui le représente :

  • Bonjour, vous êtes bien chargé des relations presse de Nick Leeson?
  • Oui, tout a fait.
  • Je travaille pour LCI.fr. Je vous appelle car je souhaiterais faire avec lui une courte interview par téléphone
  • Oui, bien sûr. Pour combien?
  • Ca prendra cinq minutes.
  • Non, combien êtes vous prêt à payer? Nous avons déjà l'agence AP et Skynews sur les rangs pour une exclusivité.
  • Non, ce serait pour une interview gratuite. Je ne tiens pas à payer pour le "scoop". Peut-être demain?
  • Dans ce cas il faudra dédommager Monsieur Leeson car il part en vacances demain.
  • Ça ne va pas être possible. Merci à vous.
  • Au revoir.

Après avoir passé six ans en prison, Nick Leeson dirige désormais le club de football de Galway United dans l'ouest de l'Irlande. Il a indiqué jeudi qu'il n'était guère surpris de l'affaire de la Société Générale. Pour le reste, il fallait payer...

 

Par Olivier Levard le 24 janvier 2008 à 19:01
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15 Commentaires

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  • Yann, le 25/01/2008 à 11h25

    Fraude ? Uù voyez vous une fraude ? Le trader s'est il enrichi à cette occasion ? Non, Enorme erreur de la SG, Vice dans ses procéduresde controle et surtout laissez aller ou pire incompétence des responsables hierarchique du jeune trader. Il pourra se faire embaucher à prix d'or dans une société se Sécurité Informatique, il a un bon CV !

  • Jonathan, le 25/01/2008 à 11h00

    L'encadré du bas est mensonger, la réponse de l'attachée de presse n'a pas pu être telle que vous la décrivez. "Pour combien" (de temps) se dit en anglais "For how long", et ne peut-être confondu avec "For how much". Merci de ne pas enjoliver ce qui n'a, par ailleurs, pas besoin de l'être

  • Aigle, le 25/01/2008 à 10h17

    Ah bon, si c'est possible ce n'est donc pas grave. Et on compte nous faire avaler longtemps de telles couleuvres ? De toute façon le trou sera vite comblé, avec la hausse des frais bancaires injustifiée qui nous attend, en retour.

  • Alain, le 25/01/2008 à 09h54

    Quand on joue avec les allumettes, faut pas s'étonner que de temps en temps une maison brule. Les financiers adorent vivrent dangeureusement : junk bonds, subprimes, warrants, produits dérivés hypersophistiquées avec des effets de levier énormes avec lesquels on peut gagner très gros. Z'ont juste oublié une règle de base : Plus l'espérance de gains est importante, plus le risque est gros !

  • Tschumperlé, le 25/01/2008 à 07h58

    Il est abusif d'affirmer que ce personnage a outrepassé ses droits. Ceux-ci sont limités par les procédures de sécurité que toute banque met en place sur instructions de son Président. S'il y a une truffe dans le système, Monsieur Bouton va connaître une période très difficile.

  • Michel.D, le 25/01/2008 à 06h49

    Le PDG de la société générale, et son adjoint direct doit etre REMERCIE c'est la moindre des choses, et dire qu'en 2007 elle a été élue banque de l'année quelle dérision!!!!!

  • BIRAUD, le 25/01/2008 à 01h24

    Rien ne m'étonne et les banques devraient suivre de près tous les autres génies qui continuent en ce moment à traquer les bonnes affaires. Il faut que les pdg et tous les cadres sup et autres prestigieux polytechniciens comprennent qu'ils ne sont pas entourés d'abrutis et aujourd'hui c'est wargames en vrai !!! moi je me marre de voir la tête de tous ceux qui se prennent pour des têtes pensantes !!! un jour c'est la femme de ménage qui saura les bluffer et en fin la boucle sera bouclée. dans l'ère numérique il n'y a pas de plus fort et pas de sécurité....quand on sait tous ce qu'ils se mettent dans les poches y'a de quoi vouloir bugger le système !!!!enfin voilà mais bon c'est même pas sûr que ce ne soit pas un coup monté exprès et le gars il va peut être aller vivre une paisible retraite dans les ïles...qui sait ??? pas la France d'en bas en tout cas qui se demande comment payer ses charges tous les mois et 8 milliards d'euros çà arrangerait un paquet de monde alors que la SG elle arrive à s'en remettre !!!! on nous prend pour des ignares.............

  • Champaloux, le 25/01/2008 à 00h56

    "génie" ou pas , coupable ou pas , une chose est certaine : devant de tels montants , la société générale ne pourra pas longtemps se dérober à ses responsabilités car il y a un grave problème de controle de l'activité de ce trader ; et comme le sous-entend très bien votre spécialiste , "les tetes vont tomber" car les dirigeants devront justifier leur cécité ! on peut aussi s'interroger sur ce montant faramineux : à un tel stade , cà n'a plus de sens , meme un cambrioleur n'emporterait pas la joconde ..cette affaire est plus que louche...

  • Dany, le 24/01/2008 à 21h54

    Il ne faut pas s'en faire pour la société générale; elle va bien trouver le moyen de regonfler ses bénéfices ( sur le dos de ses clients bien entendu).

  • dominique, le 24/01/2008 à 21h24

    La societe generale ment c trop gros comme fraude

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